Defeat The Earth – Beyond Creation

defeat-the-earth-beyond-creationgenre: brutal death                 ©2014

Dans la vie, il n’est pas toujours bon de péter plus haut que son derrière, et les Defeat The Earth l’ont bien compris. Modestes, les cinq nivernais ne se contentent pas de reproduire les mimiques de ce qui fonctionne le plus en ce moment et préfèrent mettre tout leur coeur dans une mixture réunissant différents genres de metal extreme à savoir le black, le grind, le brutal death et le death tout court dans un premier album Beyond Creation qui, à défaut de surprendre, parvient à tenir ses promesses: délivrer un message sincère sur le comportement humain -désolé pour toi, ô admirateur de Satan- tout en écrasant l’auditeur sous une pluie de riffs lourds, de double-pédale et de growls bien crasseux.

Contrairement à la plupart des groupes de death actuels, Defeat The Earth se prend au sérieux, pas trop non plus mais suffisamment pour que sa musique soit plus agréable que marrante à écouter. Si les breakdowns au sein de morceaux extrêmes sont de moins en moins excitants, ceux de Beyond Creation s’intègrent comme papa dans maman à des morceaux qu’on se plait à foutre au volume maximum (« Day To Day », « Sexual headcase ») et ne font guère pâle figure à côté de titres plus orientés death classique (« Nocturnal Revenge », « Utopist », « Defeat The Earth ») sonnant telle une jolie partouze entre Behemoth, Entombed, Deicide et Morbid Angel, franchement, qu’est-ce que demande le peuple? Le mixage n’est pas des plus propres mais apporte plus de charmes qu’il transforme un album fini en brouillon, les riffs ont le dessus sur les powerchords de mauvais goût -même les breakdowns ont ici des notes, c’est ce qui fait la différence- et la prestance de Gaët est telle qu’on a envie de retourner sa piaule à la moindre de ses interventions.

Issus de différentes formations, il n’y a pas besoin d’avoir été en fac de philo pour comprendre que les cinq musiciens se sont enfin trouvés et que ce savoureux premier rejet n’est qu’un prélude des raz-de-marée sonores qui vont nous arriver dans la tronche. Faîtes fi des préjugés, libérez votre esprit et vous parviendrez sans trop de problèmes à appréhender le brutal death(core) sincère de Defeat The Earth.

Laurent.

Line-up: Gaët (chant), Rémi (chant/gratte), Élise (gratte), Louise (basse) et Alexander (batterie)

 

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Anata – The Conductor’s Departure

Genre: death technique                ©2006

Requiem pour un groupe dont on a plus de nouvelles depuis 2006. Anata, groupe de death technique suédois, a tout de l’OVNI que l’on admire pour sa conception personnelle de la musique. Quatre albums frôlant chacun la perfection, sur lesquels on croise aussi bien du Morbid Angel que du Cynic soit une mixture qui ne le rapproche ni du death suédois comme Grave ou Unleashed, ni du supratechnique à la Origin ou Necrophagist. Alors qu’on imaginait le quatuor avoir atteint un point de non-retour avec Under A Stone With No Inscription (2004), voilà que débarque The Conductor’s Departure avec une ferme intention de faire clouer le bec aux flambeurs. Jusqu’ici, on a pu aimer le groupe pour sa schizophrénie, mais désormais, l’extrême classe de cette musique réglée au millimètre pousse à la fascination.

Sérieux, mais pas trop, c’est ce qu’il faut retenir. Car bien que tout semble beau, propre et presque pas sincère, les gars d’Anata savent de quoi ils parlent. Le rythme est moins dévastateur pour mieux laisser les guitares s’exprimer. Beaucoup moins de notes à la seconde afin de donner plus de sens à ce qu’on appelle un « riff ».  Pour la première fois de l’histoire d’Anata, il m’est possible de retenir au moins un morceau et de le fredonner sous la douche et ce grâce à l’utilisation inédite des guitares, beaucoup plus portées sur des riffs soutenus et mélodiques. Et pourtant malgré ça, la musique du groupe reste sombre et violente mais ces petits changements vont faire la différence avec le passé du groupe qui paraît presque loin derrière.

Injustement mis de côté pour des raisons qui m’échappent encore, Anata aurait mérité autant de reconnaissance si ce n’est plus que tous ces mecs cherchant à battre des records de vitesse. Pour avoir été un des seuls groupes à avoir su mêler avec brio technicité et ambiances sombres, je pleurerais presque cette inactivité longue de six années Mais après réflexion, que pourrait faire Anata pour arriver à un stade supérieur? Tout vient à point à qui sait attendre, on le saura peut-être dans les jours à venir, qui sait? En attendant, The Conductor’s Departure n’a toujours pas fini de me foutre la trique.

Laurent.

Pestilence – Doctrine

Genre: death metal                       ®2010

Soyons direct: le dernier véritable sacre de Pestilence remonte à 1991 avec son terrible Testimony of the Ancients, album des retrouvailles avec le hurleur d’origine Patrick Mameli qui posait les bases d’ une réorientation du death déjà si particulier du combo néerlandais. Suite à cette pépite, le groupe va se perdre dans des expérimentations un peu trop déroutantes et ce dès Spheres (1993) dont l’avant-gardisme n’égale pas celui d’un certain Focus (1993 aussi) des américains de Cynic qui lui en revanche parvient contre toute attente à poser les bases d’un death nouveau contrastant avec l’aspect brut de décoffrage de Suffocation ou minimaliste d’Obituary.

Alors que le succès du nouveau groupe de Van Drunen, Asphyx, se voit de plus en plus grandissant en dépit de quelques albums en demi-teinte sur la deuxième moitié des 90’s, Pestilence se sépare pour ne reprendre les rênes que quinze années plus tard. Plus téméraire que jamais, Mameli n’hésite pas à annoncer que Resurrection Macabre (2009) est l’album le plus violent et le plus technique jamais composé pour le groupe, seulement sans contredire le frontman, ceci n’excuse en rien un manque profond d’inspiration doublé d’une personnalité encore moins marquée qu’auparavant, malgré une production de qualité. Ce retour est loin d’être celui espéré, alors que reste-t-il comme solution à ces hollandais pour tenter de convaincre? Se renouveler? Remettre un pied dans l’expérimental? Et bien en effet, Pestilence s’y replonge mais pas comme on pourrait l’entendre: les plans hyper techniques ne fusent pas sur Doctrine, mais l’apparition de guitares huit cordes donne une couleur inédite à l’ambiance sombre de la formation.

Et c’est bien là que ça fait mal… Ce nouveau son fait de Pestilence un groupe de la même trempe que des «tendances» du moment comme Meshuggah ou Mnemic, ou encore pire, au risque d’en faire râler plus d’un, le rapproche de ce qu’on appelle le deathcore. Alors bien sûr, le chant de Mameli n’est pas vraiment hardcore, pas plus que les riffs, mais franchement cette volonté de sonner moderne est désolant. Etait-ce nécessaire? A priori non, mais peut-être qu’il s’agissait du dernier recours à une panne sèche de créativité. En gros, c’est du très lourd, il y a un ou deux titres comme «Absolution» ou «Deception » qui attirent l’attention grâce à la prestation des musiciens au doigté toujours aussi emblématique et à un Mameli un peu plus convaincant que sur Resurrection Macabre (et encore…), mais l’ensemble est foncièrement plat et à des années lumières de ce qu’a pu nous proposer Pestilence sur ses trois premières tueries.

Il semblerait que Doctrine signe définitivement le déclin d’un groupe qui fut grand, dont les prises de risques auront eu raison de toute trace d’intérêt. Un album qui plaira peut-être à ceux qui connaissent la formation depuis peu, en revanche il est certain que tous les autres s’empresseront de se jeter sur ce bon vieux Consuming Impulse (1989) pour essayer d’oublier le plus vite possible l’aspect acerbe de Doctrine.

Laurent.