Prong – Ruining Lives

Prong-Ruining-Livesgenre: Prong…                           ©2014

Prong fait partie de cette poignée de groupes qui ont toujours un train d’avance sur les autres, jouissant aussi bien d’une certaine liberté artistique que d’un sens de la composition les rendant tous authentiques. Vingt-quatre ans après le classique Beg To Differ, Tommy Victor (chant, guitare), Tony Campos (basse) et Alexei Rodriguez (batterie) continuent de nous distribuer des tatanes avec ce mélange de thrash, de punk hardcore et d’indus. Ainsi Ruining Lives poursuit la voie entreprise avec l’excellent Carved Into Stone (2012) qui dévoilait un degré d’agressivité encore jamais atteint par le trio, redonnant par la même occasion tout son sens au riffing de Tommy après un Scorpio Rising (2003) bien chelou et un Power Of The Damager (2007) reprenant les choses là où Cleansing (1994) les avaient laissées avec du très bon et du passable.

Produit par T.Victor, assisté de Steve Evetts, Ruining Lives est l’album le plus efficace du groupe depuis Cleansing (ou Rude Awakening (1996), comme vous voulez), une réunion de hits metal en puissance où Tommy s’en donne à coeur-joie aussi bien dans les mélodies que dans les riffs avec la seule ambition de marquer les esprits pour nous donner envie de replonger chaque jour dans ce qu’on peut appeler une tuerie. Mieux mixé que jamais, le son profite à Rodriguez qui s’est lâché complètement sur cet opus, offrant aux morceaux une session rythmique puissante avec Campos qui, s’il continue de nous faire regretter un peu le groove de Paul Raven, se veut mieux intégré. Ce Prong qui va droit au but nous coiffe au poteau avec des titres nerveux aux refrains mélodiques comme « Turnover », « Windows Shut », »Remove, Seperate Self » et « Absence Of Light » avec un style reconnaissable entre mille qui se moque complètement des effets de mode. Le trio fait même mouche dans un registre thrash plus classique (« Ruining Lives », « The Book Of Change ») qui côtoie d’autres morceaux aux accents crossover (« The Barriers », « Self Will Run Riot », « Chamber Of Thought ») ou Power thrash (« Come To Realize »), toujours avec cette touche personnelle. Cette diversité marque des points d’avance sur un Carved Into Stone un peu linéaire malgré l’irrésistible « Revenge…Best Served Cold ». En effet, ce neuvième album ne nous lâche pas du début à « Limitations And Validations » qui mêle tous les éléments des onze titres précédents pour un final dévastateur.

Carrément à la hauteur de nos attentes, Ruining Lives s’inscrit déjà comme un album majeur dans la discographie de Prong grâce à son rythme effréné en matière de morceaux qui déchirent leur race. Rien à mettre de côté, pas d’énormes prises de risques, pas de repos sur les lauriers non plus, juste quarante minutes de plaisir pur et dur qui en font l’une des meilleures sorties métalliques de ce premier semestre 2014. Vivement une tournée en France pour profiter encore plus de cette pépite.

Laurent.

Machine Head – The Blackening

 

machinehead-theblackeninggenre: Power Thrash            ©2007

Quatre longues années séparent la sortie de Through The Ashes Of Empires à celle de The Blackening. Pour la plupart de la fanbase qui s’est solidifiée grâce à l’excellence du cinquième opus, ce dernier est considéré comme étant le meilleur album depuis Burn My Eyes (1994) en raison de sa haute technicité et de sa pureté métallique. Toujours sous le contrôle de Robb Flynn et de Colin Richardson au mixage, le « son MH » gagne en précision tout en perdant un peu de gras. Les maîtres de la lourdeur sont de retour pour donner une grosse baffe à l’auditeur, enfin c’est ce que j’ai cru avant de bâiller en plein milieu du skeud…

« Mais… qu’est-ce qu’il raconte, lui? » Et oui. Quitte à me faire détester, je ne considère pas The Blackening comme étant le meilleur album depuis le premier, tout simplement parce que sa brutalité ne suffit pas à en faire le plus intéressant. Il le sera très certainement pour le puriste qui ne veut pas entendre parler de « mélange des genres », mais pour le fan du Machine Head qui prend des risques, il n’est pas si différent des productions de son époque, à mi-chemin entre groove metal et metalcore dont Devildriver, Throwdown, Chimaira ou God Forbid sont les principaux représentants. En clair, The Blackening est excellent par principe, est attirant parce qu’il se contente de balancer un metal d’une qualité irréprochable tout en préservant quelques racines du passé mais se révèle assez peu surprenant dans son intégralité, en dehors des deux tueries « Aesthetics Of Hate » et « Halo » qui sont les seules m’ayant marqué l’esprit avec leur riff respectif.

Inutile de s’attarder, The Blackening a été une déception non pas parce qu’il est mauvais, bien au contraire, mais parce que Robb Flynn a composé un album pour plaire à la masse en laissant sa liberté artistique dernière lui. Les deux reprises « Hallowed By Thy Name » (Iron Maiden) et « Battery » (« Metallica »), si elles sont bien exécutées, me confortent dans l’idée que ce sixième opus a pour unique but de satisfaire un public exigeant. Personne ne porte la vérité, tout ceci n’est qu’un constat personnel en espérant tout de même que vous comprendrez la nature de ma frustration, qui sera encore plus prononcée avec le soporifique Unto The Locust. Euh…rangez vos battes please..

Laurent.

Line-up: Robb Flynn (chant, guitare), Adam Duce (basse), Dave McClain (batterie) et Phil Demmel (guitare).

Machine Head – The More Things Change…

Machine_Head_-_The_More_Things_Change...genre: Power Thrash                     ©1997

Trois ans après un premier album du tonnerre qui amorça une nouvelle ère pour le heavy metal, Machine Head rempile avec un nouveau batteur, Dave McClain (ex-Sacred Reich) à la frappe imposante en remplacement de l’excellent Chris Kontos. Il s’en est passé des choses depuis la sortie de Burn My Eyes (1994), entre l’arrivée du metal hybride de KoRn, de la rage adolescente de Deftones et des albums Stomp 442 (1995), Demanufacture (1995) et Roots (1996) respectivement d’Anthrax, Fear Factory et Sepultura. Robb Flynn (chant/guitare) avait tout intérêt à se remuer les méninges pour pondre un opus de la trempe de son prédécesseur sans pour autant lui ressembler trait pour trait. Pari gagné avec l’étrange The More Things Change… sur lequel le groupe offre une musique moins directe mais plus sombre et peaufinée.

Écopant toujours grâce à Colin Richardson d’un son encore plus énorme que celui de Burn My Eyes, cette deuxième galette s’enregistre dans la lignée de la première, n’intégrant pas vraiment d’éléments nouveaux hormis un chant clair plus maîtrisé et un goût prononcé pour les longues plages ambiantes. Démarrant sur des chapeaux de roues avec une triplette mêlant power thrash et refrains mémorables (« Ten Ton Hammer », « Take My Scars » et « Struck A Nerve ») rappelant celle de Burn My Eyes « Davidian »/ »Old »/ »A Thousand Lies », The More Things Change… arpente un chemin plus alambiqué à partir de « Down To None » et son intro très Sabbathienne, titre qui commence en douceur avant de laisser exploser cette rage significative, un schéma qui se reproduit plus loin avec « Violate ». La basse d’Adam Duce se veut plus grondante que jamais, apportant de l’ampleur à des « The Frontlines » et « Spine » partagés entre gros riffs qui tâchent et moments plus calmes. Mais avant de pouffer d’ennui si vous préférez le MH sans concession, « Bay Of Pigs » et « Blistering » vous rappellerons à l’ordre toujours avec ce néo-thrash bien fat.

Ne possédant pas le statut culte de Burn My Eyes, ce deuxième rejeton trop dans l’ombre de son grand frère renferme une musique plus intimiste, plus sombre et mieux produite, technologie oblige. Si les morceaux crescendo en font chier certains, je trouve au contraire qu’ils représentent vraiment l’identité de MH bien qu’on se souvienne davantage des morceaux aux structures plus basiques. Une des meilleures offrandes du groupe avant un tournant qui va radicalement faire jaser pendant des années.

Laurent.

Line-up: Robb Flynn (chant, guitare), Adam Duce (basse), Logan Mader (guitare) et Dave McClain (batterie).