Orgy – Punk Statik Paranoia

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genre: nü-metal industriel                ©2004

Il y a des années de ça, bien avant de sombrer dans la facilité déconcertante du dubstep, Orgy était un des meilleurs représentants du néo-metal industriel aux côtés de Filter, Powerman 5000, Spineshank ou Static-X, et un des derniers survivants d’un genre en total déclin. Des tubes à tour de bras, pas forcément connus sur le territoire français puisque leurs albums n’étaient disponibles qu’en import et leurs clips rarement diffusés sur MTV® France. Vapor Transmission (2000) est à ce jour l’album que j’ai le plus écouté de toute ma misérable vie d’éternel fan de néo, suivi de peu par l’ultime révérence de la bande de Jay Gordon, le non moins excellent Punk Statik Paranoia, moins tubesque mais plus mature, plus sombre et complètement hors du temps.

Plus sobre que son prédécesseur, ce troisième bijou se veut plus posé, moins porté sur le chant aigu et casse-tête (mais tellement séduisant) habituel de Gordon. Le son des grattes est également moins criard, mieux mixé par nos amis themselves, et le tout sonne globalement moins robotique sans pour autant dénaturer la patte des Californiens. On retrouve la lourdeur de KoRn dès le premier titre « Beautiful Disgrace » avant d’enchaîner sur des sonorités plus proches de Sevendust ou Fuel sur « Vague », « Ashamed » et « Inside My Head », les deux morceaux les plus catchy du skeud.  Très varié, ce dernier laisse place à des morceaux également mid-tempo comme « Make Up Your Mind » ou « Pure » que n’aurait pas renié un groupe comme Staind, sans toutefois aller jusqu’à une telle hauteur émotionnelle. Rien de particulier à ajouter sur les autres titres qui sont tous aussi bons, et possèdent chacun un détail qui fait la différence.

Sans aucune prétention, Orgy a accouché en cette année 2004 d’un album à la fois puissant et sobre, beaucoup plus orienté metal alternatif avec toutefois des synthés bien présents en arrière-plan. Généralement l’album le plus apprécié du groupe pour sa maturité et c’est tout à fait compréhensible, ce n’est que pour une raison tout à fait personnel et idiote (que vous ne connaîtrez jamais) que Vapor Transmission préserve la première place. Les fans de Rob Zombie, Manson, Stabbing Westward, Powerman 5000 et de néo-metal indus tout simplement trouveront parfaitement leur compte avec ce groupe qui fut exceptionnel. J’insiste bien sur le « fut ».

Laurent.

Line-up: Jay Gordon (chant), Ryan Shuck (guitare lead), Amir Derakh (guitare-synthé), Paige Haley (basse), Bobby Hewitt (batterie)

Slayer – Divine Intervention

Divine Intervention

genre: thrash metal            ©1994

Le cap de 1990 a été franchi pour les Californiens de Slayer, développant leur popularité là où beaucoup d’autres groupes de thrash se cassent la gueule ou prennent des directions complètement différentes histoire d’assurer leur pérennité au beau milieu de l’explosion du metal alternatif. Le death metal se développe sous plusieurs formes, le black metal symphonique débarque pour écraser la concurrence extreme, en gros le seul moyen pour Slayer de faire parler lui serait de faire autre chose que du thrash démoniaque. Que nenni. Le départ de Lombardo ne change pas la donne, le groupe ayant choisi le frappeur Paul Bostaph de Forbidden en remplacement, il n’est pas question de vendre son âme à Dieu pour avoir une chance de finir sa carrière au Paradis à faire slamer les petits anges. Toujours en partenariat avec le maître Rick Rubin, Slayer résiste bel et bien à l’envahisseur alternatif en ne modernisant que très peu son thrash metal, les techniques d’enregistrements ont certes évolué depuis la sortie de Seasons In The Abyss (1990) mais le quatuor reste égal à lui-même avec une ambiance toujours aussi sombre et ce don pour casser les tympans des petits novices.

Toujours aussi infernale, la musique de Divine Intervention renoue avec la spontanéité de Reign In Blood (1986) et s’avère beaucoup plus violente qu’on ne peut se l’imaginer. L’album défile à une vitesse incroyable sur ses courtes trente-six minutes, Paul Bostaph est un batteur hors-pair tout comme son prédécesseur, Hanneman et King s’en donnent à coeur-joie au niveau des riffs et des soli et les tripes d’Araya ont préservé leur force. En revanche, si on décide de garder tout de même un pied sur Terre, il faut reconnaître que pour la première fois, la production ne valorise pas assez efficacement le travail de Slayer. Hormis le mixage parfait de la batterie, les guitares ne sont pas assez mises en avant et la basse quasi-inexistante ce qui n’insuffle pas l’énergie habituelle qui prend aux tripes. Cependant, un morceau comme le terrassant « Dittohead » passe outre cette tare légère mais ce n’est malheureusement pas suffisant pour porter l’album sur un piédestal.

Gâché par une production à la ramasse, Divine Intervention n’en reste pas moins un bon album de Slayer au niveau de l’inspiration et de l’exécution. L’album parvient tout de même à faire parler de lui malgré la popularité croissante de formations comme Sepultura ou Pantera qui revisitent le thrash metal en y incorporant du groove. Un ultime succès avant le début des controverses, qu’est-ce qu’ils nous emmerdent ces « trve » metalheads, hein, tout est de leur faute. Ou presque. La suite au prochain épisode.

Laurent.

Line-up: Tom Araya (chant/basse), Kerry King (guitare), Jeff Hanneman (guitare) et Paul Bostaph (batterie)