Fall In Archaea – Gatherings

Genre: Mathcore                   ® 2011

Djent? Deathcore? Metalcore progressif? A l’heure actuelle, on se demande encore de quel  parfum s’est embaumé le combo canadien avec son premier Ep anciennement disponible sur son MySpace. Loin d’être mauvaise, la musique de FIA peut être imagée comme Meshuggah faisant des toutous sous la douche à Lamb of God. Si l’énergie et la volonté de faire sauter les caissons était de mise sur leur premier mini-effort, on ne peut en revanche affirmer que les musiciens n’avaient plus rien à apprendre de ces ainés: le screamo d’Alex Lidstone se voulait déstabilisant, ainsi que les nombreux plans manquant cruellement d’une marque de fabrique de leur part.

L’annonce d’un second Ep est annoncée courant décembre, nouvelle qui d’un côté enchante car on savait déjà que le groupe allait placer la barre très haut cette fois, mais qui d’un autre profil laisse pantois quand on se demande ce qu’attendent les canadiens pour nous pondre un LP d’au moins dix titres. Bref, il faut faire avec, on se contentera des six titres que propose Gatherings.

Et comme prévu, il y a une évolution notable entre ces deux opus. Alors ça y’est, le groupe révolutionne le métal? Pas vraiment, c’est juste que pour commencer le frontman, toujours adepte du screamo, s’est sévèrement amélioré, puisqu’il a enfin daigné se mettre au growl, que l’on sent encore poussé mais cela reste une démarche tout à fait honnête. Les thèmes abordés tournent autour d’une possible harmonie entre l’Homme et la machine, une sorte de contre-indication d’une certaine trilogie de James Cameron. Et niveau instrumental, ça envoie le pâté avec un étalage tout en finesse sur la tartine: la batterie est précise et moins bordélique, et même si la basse est un peu étouffée par un son de guitare de quinze tonnes, le dosage entre chaque instrument y compris la voix est le fruit d’un travail minutieux, sachant que c’est le groupe qui s’est occupé aussi bien de la prod’ que du mix.

On pense beaucoup au math métal de Periphery (« The Messenger » et sa puissance mélodique, « High Tides » et ses solis qui vont et viennent) sans la voix agaçante de Spencer Sotelo et sans aucune trace de chant clair d’ailleurs. Blast beats avec « Machines » et côté hardcore prononcé sur « Blasphemy », voilà qui comblera amplement notre faim, parce que sans mentir, un album d’un minimum de dix titres aurait peut-être fini par agacer l’auditeur qui au final en aurait eu marre d’entendre des plans réutilisés ici et là (« Anxiety » n’a rien de transcendant à proposer), et c’est bien le souci des guitares 8 cordes qui à part apporter un son certes énorme et extrêmement froid ne permettent pas plus aux gratteux qu’à des six-cordistes d’exploiter des riffs encore inédits. Certains diront que l’apport mélodique n’est qu’une démarche de facilité, et d’autres flancheront vers une conception nouvelle du métal, plutôt agréable qui permet de souffler un peu afin d’éviter le surmenage sonore.

Avec un tel pas en avant et un artwork aussi futuriste que mystérieux, il est clair que les Fall in Archaea ne vont pas en rester là, ou du moins ne devraient pas, il ne leur reste plus qu’à orienter leur arythmie vers quelque chose de moins meshuggesque, et la partie s’annoncera rude pour l’adversaire. Et surtout, évitez d’être trop modeste sur le volume histoire de montrer à votre entourage que les ouragans et tsunamis ne sont pas seulement des évènements climatiques.

Laurent.

Escape The Fate – Escape The Fate

Genre: Post-hardcore                 ®2010

Il arrive un moment dans notre vie où cataloguer un groupe n’a plus vraiment de sens. Parce qu’on se revendique deathster ou thrasher, tout ce qui n’appartient pas à nos attentes est inintéressant… et si, messieurs-dames, il vous arrivait d’écouter un artiste au lieu de l’entendre?

Bien avant que les termes « core » et surtout « émo » ne deviennent des injures, des groupes comme Fugazi, Thursday e At the Drive-In menaient le pas en mêlant technicité et sens de la mélodie irréprochable. Peu de groupes peuvent en 2010 se vanter d’être de la même trempe, si ce n’est Alexisonfire, Underoath et Escape the Fate.

Issus de Las Vegas, les quatre n’ont pas abusés de la roulette russe pour savoir si l’album éponyme plaira, car le post-hardcore qu’ils nous proposent est loin d’être ridicule. Car outre une production tape-à-l’oeil signée Don Gilmore (Linkin Park, Lacuna Coil), le chant de Mabbit est juste et la structure des morceaux se veut ni trop complexe, ni « je-te-balance-un-morceau-et-tu-te-démerdes », donc réfléchie.

Le premier morceau « Massacre » met d’office les points sur les i: ETF n’existe pas pour faire pisser les minettes, mais bel et bien pour donner un nouveau souffle au genre. Pour notre plus grand plaisir, tous les instruments sont perceptibles. Les arrangements dans la voix de Mabbit (quel nom…) ne sont pas de trop, et la présence de cette guitare planante en fond ajoute une couleur à l’ensemble. On appréciera également les passages instrumentaux au clavier, inattendus.

C’est après cinq écoutes consécutives qu’on finit par donner un verdict: un album tout public, accessible mais non-dénué de qualités. Le riff de « Issues » est si excitant qu’on en oublie cette batterie molasse. Le trio « Zombie Dance »-« Georgous Nightmare »-« City of Sin » fait incroyablement taper du pied par son côté dansant. Ringard? Pas pour un sou, car en prime, il y a de bons petits solos. Elle est pas belle la vie?

C’est vite dit, car elle pourrait même être fastidieuse si la bande nous avait épargnée la présence de « Lost in Darkness » et de « World Around Me ». Si l’une se veut simplement avide de profondeur, l’autre est carrément ancrée dans le trip « chant/clavier » à classer entre le « Reason » de Hoobastank et Pascal Obispo. Oui oui, ça fait mal…

Soufflez, car il y’a de quoi oublier ces deux « erreurs ». Les morceaux lents mais intenses répondent à l’appel, à l’instar de « Prepare Your Weapon » au solo court mais mémorable et de « Liars and Monsters », mais ce sont surtout les morceaux pêchus et lourds (dans le bon sens du terme) comme « Day of Wreckoning » ou « The Afterman » qui attirent l’attention.

Sans pour autant dire qu’il est génial, ETF a suffisamment de talent pour donner envie au métalleux dur d’écouter quelque chose de moins violent qui démontre une pêche juvénile mais maîtrisée. Plus calme mais plus mature, le groupe impose sa marque dans un milieu réservé aux ados boutonneux, et réussi là où d’autres se sont récemment cassés la figure (A Day to Remember). Quand c’est bon, c’est bon, point final!

 

Laurent.

Underoath – Ø (Disambiguation)

Genre: Post-Hardcore                           ® 2010

Depuis quelques années déjà, et surtout en 2010, les termes « émo » et autres « core » (comprenez Deathcore et Métalcore) sont des références en matière d’humilité et de mépris par les puristes du métal. Les groupes représentant ces genres, généralement jeunes, ne correspondent pas vraiment au profil attendu: cheveux courts ou mèche rebelle, hurlements puérils et chant clair qui peine à convaincre tant il est mielleux comme pas possible. Même des groupes de l’envergure de Killswitch Engage, fer de lance du mouvement Metalcore, finissent par lasser faute de renouvellement de la sauce, tombant dans ses propres clichés. Fort heureusement, il y a toujours quelques groupes qui possèdent ce truc en plus qui va rendre le tout saisissant, à l’instar d’AS I LAY DYING et Underoath.

Deux années séparent Ø de son prédécesseur Lost In The Sound Of Separation, passé inaperçu car le passage du Metalcore au post-hardcore paru un peu trop brusque, le groupe ayant semé malgré lui la confusion dans son identité musicale. Nous les excuserons cependant de vouloir prendre des risques, qui démontre quelque part une maturité certaine. Les américains étant arrivés à un point de non-retour, pas question de replonger dans un deathcore des plus classiques: le post-hardcore est le style où il se sent le plus à l’aise, et ce n’est pas Ø qui va nous prouver le contraire. Sans pour autant délaisser ses origines – des hurlements « screamo-death », chant clair, pas de solos- le groupe apporte une petite touche inédite: des sons électroniques par-ci par-là bien appréciables puisqu’ils parviennent à enrichir l’ambiance de l’album. Autre nouveauté, les riffs ne sont pas réutilisés d’un morceau à l’autre, chaque morceau bénéficie donc d’une particularité, avec un  Spencer Chamberlain (chant) également bien adapté à ces variations.

De « In Division » a « In Completion », si on ne compte pas les trois remix, les faux-pas sont quasi-inexistants,  si l’on tolère les deux plages un peu mièvre « Paper Lung » et « Driftwood ». Mais force est d’admettre que les Underorath ont plus d’un tour dans leur sac avec ce Ø pas des plus surprenants, mais qui marque un enthousiasme sûr quant à l’avenir du groupe. Un bon album.

7/10

Laurent.