Sixx:AM – This Is Gonna Hurt

Genre: Hard rock moderne     ®2011

La véritable classe du hard rock est de privilégier la simplicité et l’émotion à toute trace d’aggressivité, que seule une inspiration débordante est en mesure de tirer vers le haut. Nikki Sixx, célèbre bassiste d’un des plus grands groupes de l’histoire du rock, Mötley Crüe, décide en 2006 à l’instar des autres membres de son groupe originel de monter un projet parallèle qui fait sensation dès son premier opus The Heroin Diaries, rempli de riffs entêtants et porté par la voix suave de James Michael.

C’est donc quatre longues années qu’il fallut attendre avant l’apparition de This is Gonna Hurt, qui démontre de son accessibilité déconcertante que le groupe n’a pas du tout chômé. Dans la continuité du premier, nous avons encore le droit à un paquet de tubes radiophoniques qui devrait ravir tous les publics (celui de Justin Bieber en l’occurence, c’est tout le mal qu’on souhaite à la formation).

Le premier point positif de This is Gonna Hurt est la diversité qui s’en dégage. Incroyable, ce flux d’inspiration qui traverse chaque titre de cet album! Et avant de présenter la qualité musicale, c’est tout d’abord le livret que nous allons mettre en relief: couverture attirante, suivie de nombreuses photos prises par l’ami Nikki qui dévoilent différents aspects de l’être humain comme les sans-abris , les handicapés -physiques et mentaux- ou notre faible capacité à être en accord avec nous-même, soit des thèmes assez touchants qui se reflètent dans la musique de Sixx:AM.

Résolument moderne, le son de la formation représente le rock à sa plus juste valeur: on patauge dans l’industriel avec un premier titre, «This is Gonna Hurt», qui annonce rapidement la couleur.

Le rock alternatif répond aussi à l’appel avec «Lies of The Beautiful People», véritable tube qui sent bon les séquoias de la Californie, épaulé par «Deadlihood», plus classique dans la forme mais tout aussi efficace dans le fond.

Mais Sixx AM ne se cantonne pas qu’à sa terre natale puisque les influences britanniques sont également très perceptibles: pourquoi faire mine de ne pas penser à Muse (époque Absolution) en écoutant «Live Forever» et surtout «Goodbye My Friends», bien que l’électricité ait une place prépondérante ici. Et puis «Sure Feels Fight» rappelle tellement les ballades de Stereophonics… même façon de chanter que Kelly Jones, même utilisation des cordes en arrière-plan, mais pourtant il n’est nullement question de plagiat puisque les idées sont là pour confirmer que Sixx AM incarne tout ce qui se fait de mieux dans le rock contemporain.

Une petite douceur avec «Smile» qui écrase n’importe quel Elton John et autre James Blunt, et ce grâce encore au talent de James Michael qui excelle en tant que lover. Confirmation de se penchant sur le final «Skin» avec un duo piano/Michael tellement cliché qu’on se prend à l’adorer puisqu’au final, l’émotion est le maître mot de cette formation qui semble avoir tout préparé à la lettre pour plaire à l’audimat.

Bluffant? Le mot est juste, car pour ce qui est de plaire avec un minimum de détails, Nikki & Cie frappe un grand coup. On en demande bien plus des comme ça, ras-le-bol des prod’ molles du genou, mais en attendant, This is Gonna Hurt tourne en boucle et tournera jusqu’à ce que la concurrence daigne proposer quelque chose au moins d’aussi délicieux, parce qu’en attendant, on dirait que pour Nikki, l’art sonne…

Laurent.

Styx – Paradise Theatre

Genre: hard rock progressif         ®1981

Y a-t-il tant d’albums que ça qui vous prennent aux tripes dès la première seconde? Nan parce que lorsqu’on y réfléchit, une bonne oeuvre est censée se composer de la même manière qu’un article qui lui est dédié par exemple: une accroche, une consistance telle qu’il ne faut pas dérouter le public en y incorporant des éléments originaux mais qui doivent bien entendu tenir la route, de l’émotion et un final qui répond au point de vue initial.

Si la tendance actuelle est d’essayer d’innover en négligeant l’émotion ou de plagier un groupe pionnier d’un genre avec un son le plus bidouillé possible, on ne peut pas en dire autant de la bonne vieille école, celle qui pondait des hymnes intemporels à chaque sortie d’album. Mais ce qui nous intéresse vraiment ici est un bijou du rock tout genre confondu, une galette qui s’avère être toujours aussi parfaite trente ans après sa parution, voici donc le monument Paradise Theatre des illinoisans de Styx, premier gros succès de ces derniers.

A la rigueur, il serait plus judicieux de conseiller au lecteur de l’écouter sans trop se poser de question, parce que tenter une quelconque approche de cet album-concept tient éperdument de l’inconscient. Mais c’est parfois grâce à l’inconscient que l’émotion prend place et offre à l’intéressé une dose de sensations inattendues à la limite du jouissif qui peuvent ainsi lui permettre de s’exprimer. Deux voix sublimes, celle du claviériste-fondateur Dennis DeYoung et celle de Tommy Shaw, un opéra-rock qui n’est pas sans rappeler les meilleures heures de Queen (A Night at the Opera/A Day at the Races) et une qualité technique assez proche de leurs homologues de Kansas, c’est donc ce qui a permis à la bande de réaliser cet exquis Paradise Theatre, l’un des derniers albums marquants du rock progressif avec Moving Pictures de Rush.

Le nom de l’album vient du fait que le groupe souhaitait défendre à l’époque un vieux théâtre qui lui tenait à coeur dans un quartier de Chicago. Et, en ce qui concerne les morceaux, ils sont tous extras, mais ce n’est qu’une mince alternative de ce qui a été avancé plus haut. Puisque nous sommes contraints de présenter quelques titres en guise d’arguments, il en va de citer les plus célèbres: «Rockin The Paradise» , qui est une des rares chansons écrites par les deux guitaristes en plus de DeYoung, la ballade pleine de sensualité «The Best of Times» qui récupère la courte minute du magnifique morceau d’introduction et la popisante «Too much time on my hands», écrite par Tommy Shaw et menée par la basse synthétique de Chuck Panozzo.

Pourquoi résister, pourquoi s’imposer des limites, Paradise Theatre ne fait pas partie de ces albums que l’on peut se permettre de cataloguer, parce que même si dans la forme, l’auditeur à affaire à du prog’, dans le fond il serait odieux d’entendre «ça ne m’intéresse pas, le prog’, c’est pas mon truc». Soyons un peu sérieux, une chose pareille, ça ne se contourne pas, cet album a été imposé à la face du monde afin de prouver (à qui, d’ailleurs…) que l’espèce humaine n’est pas que bonne à faire la guerre, et que la musique peut être la réponse fatidique à la question «Vivra-t-on en harmonie un jour?» tant elle est sujet à l’intérêt collectif. Majestueux.

Laurent.

Shakra – Back on Track

Genre: heavy rock                      ®2011

Un groupe est en train de frapper de plus en plus fort depuis une bonne dizaine d’années: Shakra. Tout porte à croire que cet habile mélange de hard rock et métal alternatif provient d’Outre-Atlantique, mais en vérité ces types sont originaires d’un pays indépendant, la Suisse, terre prodigue en matière d’originalité et d’innovation.

Sans jamais avoir réellement changés de formule, les Shakra, toujours armés d’une production surpuissante, ont cependant le don de créer des titres efficaces et mémorables à la pelle. On se souvient des tueries Infected et Everest en présence du charismatique et talentueux vocaliste Mark Fox, remplacé suite à son départ par John Prakesh. Malgré une discographie appétissante, le groupe reste encré dans un anonymat mystérieux, ce qui ne semble pourtant pas le freiner dans son élan.

Nous parlions d’originalité plus haut: si celle-ci est applicable pour les sept autres albums, elle se veut en revanche moins évidente avec Back on Track. Mince, alors… Que s’est-il passé? La réponse n’est pas compliquée: l’arrivée de Prakesh, fortement inspiré par le défunt Steve Lee, a fait de Shakra une sorte de tribute band à Gotthard. Bon, fort heureusement, le nouveau frontman a du talent, n’essayant pas d’imiter à la lettre son maître, et il y a en ce Back on Track quelques titres intéressants comme la puissante ouverture «B True B You» et la fermeture «Stronger Than Ever», ou les tubes potentiels «Back on Track» et «Crazy» qui font honneur à la discographie de Shakra, et on pense un peu à Tesla avec le heavy mélodique de «Yesterday’s Gone» ce qui permet une écoute assez aérée à défaut d’être transcendante.

Outre la parallèle à Gotthard, c’est surtout un manque d’inspiration notable qui fait défaut à cette nouvelle galette. La plupart des morceaux sentent le remâché en plus de ne posséder aucune mélodie accrocheuse, mais on peut tout de même saluer le travail remarquable du guitariste Thom Blunier à la production qui apporte un son dans l’air de son temps à la formation. Pour ce qui est de Prakesh, il n’a pas la puissance vocale de son prédécesseur, du coup l’intensité des morceaux en est atténuée.

Alors bon, faisons la part des choses: Back on Track est une légère déception en dépit de ce que nous a offert Shakra durant sa discographie, mais les quelques bons points pourront pleinement ravir ceux qui découvriront le groupe avec cet album et/ou aux admirateurs de Gotthard qui verront en ce huitième opus une sorte de «relève» . A ces derniers tout de même, on ne vous conseillera que trop de vous pencher davantage sur les tubes en puissance qui regorgent dans les trois derniers méfaits. Les Suisses sont capables de bien mieux, et l’espoir de les voir à nouveau dans les bacs en 2013 – la coutume étant d’espacer les sorties de deux ans – en pleine forme est désormais de mise. Ca passe ou ça casse, avec Back on Track ça casse mais fort heureusement, rien ne paraît irréparable.

Laurent.