Filter – The Sun Comes Out Tonight

Filter-album-covergenre: metal alternatif   ©2013

Il y a des événements qui nous poussent parfois à devenir croyant. Quand il ne s’agit pas d’avoir enfin trouvé l’âme soeur, c’est lorsqu’un groupe qui ne nous a pas vendu du rêve depuis plus de dix ans refait surface avec une bombe atomique, un album qui relance la magie et nous enferme avec lui pour des écoutes successives pendant une durée indéterminée. The Sun Comes Out Tonight est clairement l’album que tout le monde attendait depuis Title Of Record en 1999, à savoir un retour au mélange de metal/rock alternatif et de sonorités indus qui manquaient cruellement à partir de The Amalgamut (2002), dernier album acceptable, même très bon par moments avant une descente aux oubliettes avec deux albums assez fades malgré quelques bonnes intentions. Bref, le passé appartenant au passé, Richard Patrick, du haut de ses 45 ans, n’aura jamais aussi bien chanté que sur cette galette et a donné beaucoup de lui-même pour parvenir à se résultat.

Inutile de se leurrer, Filter est un groupe à tubes. Le reste ne nous intéresse que très peu. La seule recette qui marche, ce sont ces morceaux comme « Hey Man Nice Shot », l’album Title Of Record dans son intégralité ou « Where Do We Go From Here » sur The Amalgamut, radiophoniques à mort mais sans jamais tomber dans la soupe. L’institution Filter ne tarde pas à nous faire remuer du popotin avec d’emblée un titre dansant à faire vibrer les dancefloors, « We Have It When You Get What You Get », et autant dire tout de suite que cette énergie fulgurante perdure pendant pratiquement toute la durée de l’album, en témoigne « Watch The Sun Come Out Tonight » et ce chant auto-tuné surprenant mais loin d’être dégueulasse, la carte de la tendance joue ici en la faveur du groupe ce qui est bien rare, les presque nickelbackiennes « It’s Got To Be Right Now » et « This Finger For You ». L’esprit des premiers amours de Patrick se ressent grandement sur « What Do You Say? » et « Self-Inflicted » avec ce duo basse-chant sur les couplets et un refrain explosif qui font partie du pourquoi on peut adorer Filter. Reste ensuite les ballades dont aucune n’aura le charme de « Take A Picture » mais dont on peut déjà en tirer de la bonne humeur (« Surprise », « First You Break It ») ou de la mélancolie (« It’s My Time », « It’s Just You » pour les fans de groupes cul-cul à la Keane mais en mieux parce que…c’est Filter) malgré cette erreur rémanente chez le combo de coller deux ballades pour clôturer un skeud. Pas que c’est chiant mais bon…

Un rêve inespéré devenu réalité en cette belle année 2013, sans parler de la météo, bien entendu. Filter est bien de retour avec un The Sun Comes Out Tonight qui nous fait vite oublier ces dix dernières années vraiment pas terribles pour Richard Patrick & cie. Une petite perle qui ne plaira peut-être pas aux réfractaires du rock américain un peu mainstream, en revanche ceux qui aiment la bonne musique tout court, laissez-vous porter par ce metal doux et idéal pour accompagner vos soirées entre amis. Et oui, les miracles existent!

Laurent.

Nickelback – Silver Side Up

Genre: métal alternatif                ®2001

 N’ayons pas peur d’en parler: alors que les premières années du XXIè siècle annoncent l’arrivée d’une multitude de groupes issus de la scène néo-métal, l’écurie Roadrunner met en avant un groupe canadien ayant déjà deux albums a son actif au succès plus ou moins notable. Si les débuts sont très inspirés par Nirvana, Silver Side Up dévoile une facette plus hard rock et encore plus accessible.

Une chose est sûre: on se souvient tous de ce matraquage médiatique qui a subsisté pendant tant d’années, celui qui nous a un temps écoeuré des canadiens, mais dont la longévité sur les ondes a finit par en faire un classique du rock ricain, la pseudo-ballade « How You Remind Me » et son clip à l’eau de rose. Mais avec du recul et un peu plus de sagesse, on se rend bien compte que Silver Side Up n’est pas l’album d’un tube qu’on osera volontiers zapper histoire d’oublier un peu la rude sentence qui nous a été infligée ces dix derniers printemps.

Si nous parlions de hard rock un peu plus haut, c’est parce que contrairement à ce que l’on pourrait croire, le gros son, la sature et le chant nerveux ne manquent pas à l’appel. Sans grosses prétentions, ni trop d’artifices, les neuf titres sont tous plus entraînant les uns que les autres, notamment redevables au talent incroyable de Chad Kroeger pour ce qui est de pondre des mélodies qui s’incrustent dans la cervelle. En témoigne « Too Bad », deuxième single un peu plus digeste grâce à son solo sympatoche, au refrain pas trop difficile à retenir plus de ça, mais des titres comme « Money Bought », « Never Again » et « Just For » font la véritable force de cet opus qui est à mille lieux de quelconque prise de tête. Et puis il y a ces quelques approches stoner qui plaisent tant aux aficionados de guitares sous-accordées: « Hollywood » et son rythme répétitif auquel vient s’accrocher plusieurs éléments comme une voix trafiquée et un solo crade et dissonant façon Kyuss ou « Where Do I Hide » qui montre que le combo a réussi son permis poids lourd, qu’il n’utilisera pourtant qu’à l’occasion.

Pari réussi pour le label hollandais qui se frottera les mains avec les plus de quinze millions d’exemplaires écoulés de Silver Side Up, deuxième gros succès de la formation après le pourtant plus hétérogène All the Right Reasons (2005), très porté sur les ballades mielleuses à la limite de l’indigestion sonore. Décidément… Mais en dépit de ces lourds témoignages, le groupe a quelque part contribué à étendre la notoriété de la tendance post-grunge, et rien que pour ça, cette troisième offrande mérite le statut de référence.

Il est si tard… Kroeger, les riffs de la nuit?… bigre!

Laurent.

Sepultura – Roots

Genre: world metal             ®1996

L’histoire qui va suivre est purement fictive. Toute association avec un fait réel est totalement fortuite.

« -Dis tonton Noisy, peux-tu me raconter l’histoire de cet album avec un aborigène sur la pochette?

-Bien sûr. Avec cinq albums ayant chacun marqué l’histoire du métal à sa manière, Sepultura devient une légende vivante en se démarquant définitivement des pionniers du thrash peu après la sortie du aussi respecté que décrié Chaos A.D (1993, ndlr). Le quatuor ne cesse d’évoluer dans l’air du temps avec aisance telle qu’en bon fan transi, il est toujours difficile de se demander si en vérité, l’option « métal moderne » n’est pas qu’une couverture pour cacher une baisse de régime.

-Drôle de réflexion de la part d’un « fan transi! »

-N’est-ce pas… Bref, ce dont on est sûr, c’est que Roots a semé la pagaille parmi les fans, entre ceux qui acclament l’arrivée du néo métal et ceux pour lesquels Sepultura ne doit rimer qu’avec thrash metal.

-Euh, une petite seconde, tonton. As-tu bien évoqué à l’instant le terme « néo »?!

-Absolument, et de manière totalement assumée, car si Roots n’est pas directement lié au genre, les modalités d’enregistrement s’en rapprochent. Devine qui se trouve derrière les manettes à l’Indigo Ranch de Malibu?

-Rick Rubin?

-Haha non. il s’agit de Mr. Ross Robinson, le producteur du premier Korn, qui sans l’approbation totale de Jonathan Davis, offre à Roots un son de guitare similaire à celui des cinq Californiens. De plus, c’en est terminé du thrash tel qu’on en a la conception, car celui-ci a laissé la place à un métal alternatif groovy.

-D’accord et sinon question de la violence, est-elle présente?

-Tu sais, ce n’est pas parce qu’un groupe réduit sa vitesse d’exécution qu’il oublie ce pourquoi il est aimé. La violence sur Roots se trouve essentiellement dans le chant de Max Cavalera et dans la lourdeur des riffs. Je vais te faire écouter « Roots Bloody Roots ».

-Wouaaah, quelle puissance! Ce morceau sonne comme un hymne! Bon, ça sent un peu la surproduction car le son est tellement écrasant qu’il en devient presque brouillon, mais ça donne envie de secouer la tête!

-Ce n’est pas tout, mon petit. Ecoute « Attitude » et « Ratamahatta » qui sont parmi les plus abordables. Le groupe donne l’impression d’avoir enregistré en pleine jungle! Avec également du didgeridoo et diverses percussions un peu partout, il s’est inspiré de tribus des quatre coins du monde.

-J’ai l’impression de connaître ces voix aditionnelles sur « Lookaway »…

-Oui certainement, il ne s’agit ni plus ni moins que de Davis et de Mike Patton qui, il faut avouer, n’apportent pas grand chose à ce titre déjà peu efficace.

-Après « Lookaway », les morceaux m’ennuient à chaque fois. Est-ce une erreur?

-On ne parle jamais d’erreur dans un point de vue subjectif, en revanche je partage ton ressenti car ces morceaux se démarquent assez peu les uns des autres et ne possèdent pas selon moi une carrure suffisante pour marquer les esprits.

-Du coup tonton, tu en penses quoi de ce disque?

-Je ne sais pas trop. Autant j’adore les premiers Soulfly, autant ce Sepultura qui s’en rapproche me laisse un goût amer. Premièrement parce qu’il ne me prend pas autant aux tripes que ses cinq aînés et deuxièmement parce que même pris à part, je me perd sur la seconde moitié et de ce fait, il est l’album de la période avec Max avec lequel j’ai le moins d’affinités. A contrario, c’est toujours un plaisir d’écouter ces rythmes tribaux et ce son à faire passer un troupeau de rhinocéros pour un banc de sardines.

-Haha! Et ils deviennent quoi aujourd’hui?

-Après Roots, Max a démissionné et le groupe a embauché Derrick Green. Tu connais mon ouverture d »esprit mais il m’est encore difficile d’apprécier la tournure 100% groove depuis Against (1998, ndlr). Green n’est pas mauvais mais par amour pour le grain de Max, j’ai préféré suivre Soulfly. Voilà pour la petite histoire, mon garçon.

-D’accord. Mais si ça ne t’embête pas, on va quand même se recasser le cou sur « Roots Bloody Roots! »

Laurent.