Kinetik Control – Only Truth Remains

Genre: métal alternatif             ® 2010

Kinetik Control fait partie de ces groupes qui engendrent un surplus de questions sans réponses de la part de l’auditeur: quelles sont les ambitions du groupe? Où se situe-t-il musicalement parlant? Qu’apporte-t-il de plus au métal?

Parce dans un premier temps, bien qu’il ait été qualifié d’expérimental, le rock du combo finlandais est clairement très proche de ce qui se fait actuellement en matière de pop. Avec ces six lurons, bienvenue dans le pays de la mélodie facile, celle qui essaye de charmer les petits cœurs fragiles découvrant les louanges de la musique. Une belle farce pensera-t-on à la fin d’une première écoute avec un petit sourire du coin des lèvres, et c’est à ce moment qu’on se demande ce qui a poussé l’écoute aussi loin. Criblé d’une incompréhension soudaine, il devient impératif de relancer la machine…

Et c’est peut-être là que le terme « expérimental » prend toute son ampleur: Kinetik Control maîtrise la mélodie facile de sorte que tous les publics soient conviés à l’expérience, en particulier les réticents de ce genre de musique. Tweak, chanteur de la formation, à tendance à l’ouvrir souvent pour ne laisser que de piètres parties instrumentales, mais rien à faire, le bougre paraît avoir autant sa place qu’une guitare lead, même quand il s’éclate avec un harmonica sur « Chinese Medecne » et « Falling Star Of Orion ». Et puis le punk-rock alternatif de « All Fours », sur lequel il est difficile de ne pas éprouver une petite nostalgie des 90’s, montre un groupe plus que jamais déterminé a exploser les records de passages radiophoniques. A vrai dire, il en est de même pour une majeure partie de l’album, et le plus drôle dans tout ça, c’est qu’on ne se confronte à aucune linéarité, si ce n’est quand Tweak persévère dans la dialectique harmonique.

Heavy rock et post-grunge sur la fin de l’album avec « Silver Metaphora » et « Strangled In Stereo » au solo assez gratifiable, finalement Only Truth Remains ne subira pas la partie de frisbee initialement prévue, ceci dit il ne faut pas avoir d’étoiles dans les yeux (et les oreilles) car l’auditeur n’est pas dupe, les Kinetik Control ont le chic pour transformer une bouse bien puante en muffin moelleux parfumé à la vanille. Démarche honnête ou piège à fric, on ne saura jamais, mais tout ce qui importe c’est de savoir que l’album a fait mouche pour faire passer le temps, n’y a-t-il pas ici une raison valable de sacrifier sa tirelire? Encore une question sans réponses… Ils sont forts, très forts!

Laurent.

Helmet – Meantime

Genre: Métal alternatif             ® 1992

Alors qu’en 1992, le thrash est en pleine recrudescence en raison des secondes vagues black et death qui se veulent plus intéressantes et de l’apparition de la fusion qui modernise le tout, quatre jeunes issus de la banlieue de New-York  vont de manière totalement inattendue bouleverser les codes habituels du courant métal. Exit les cheveux longs,  les blousons cuirs et la musique rapide, place aux coupes en brosse, à la dégaine jean/basket et à des riffs minimalistes.

Sans vraiment en avoir l’intention, Helmet invente à la sortie de son premier album Strap It On (1990) le métal alternatif, mélange de grunge (Soundgarden pour le plus évident), de hardcore et de ce qu’il reste de thrash à la fin des 80’s, mais c’est avec Meantime que le groupe va imposer son style.

Considéré comme un des guitaristes les plus talentueux de sa génération par quelques journalistes, le géant Page Hamilton, âme pensante du quatuor, n’a pourtant rien d’un Joe Satriani ou d’un Kerry King. Mais le fait est qu’il est l’artiste qui a su s’adapter le mieux à l’air de son temps en proposant une sauce qui plaira autant aux grands chevelus qu’aux ados boutonneux. Beaucoup d’artistes issus de la vague alternative, notamment Korn et Deftones, avoueront plus tard que Meantime a été une influence majeure dans leur orientation musicale.

Gros carton dans son pays d’origine mais un peu plus boudé en Europe en raison d’une diffusion tardive sur les chaînes musicales, ce premier véritable album entièrement autoproduit, bien qu’il ait marqué l’histoire du métal, n’est pourtant pas extraordinaire du début à la fin. Si le chant clair de Hamilton contraste agréablement avec l’ambiance sombre de la musique, les riffs sont bien trop répétitifs à la longue, donnant l’impression d’écouter dix fois le même morceau.
Parce qu’une fois les quatre premiers titres passés (les plus marquants, « Unsung » en tête), l’affaire se veut de moins en moins digeste… Surdosage de la clé mineure en Ré pour des passages mélodiques parfois très mal exploités (« Better »). « FBLA II » tente de réhausser la qualité créative du groupe en incorporant un brin de folie, mais rien ne suffit vraiment à effacer une lassitude installée depuis « Turned Out ».

Enorme révolution à l’époque, aujourd’hui l’engin se révèle presque obsolète. On l’écoutera évidemment par nostalgie, mais avec un hic quand on le compare à des monuments comme Urban Disciple de Biohazard sorti la même année et qui aura également marqué les générations alternatives à venir. Mais il est évident qu’on remerciera les New-Yorkais d’avoir mis tout le monde d’accord et d’avoir resserré les liens entre le rock et le métal. Disque d’or en 1994 mine de rien, c’était quand même bien mérité, aucune raison valable de tourner la Page…!

Laurent.

City Of Fire – City Of Fire

Genre: métal alternatif             ® 2010

Burton C.Bell n’en finit pas de nous étonner. Après le carton plein du « Mechanize » de Fear Factory sorti au début de l’année, album brut et surement le meilleur depuis « Demanufacture », le chanteur décide de créer à nouveau un side-project (l’autre étant le rock atmosphérique de Ascension of the Watchers) avec cette fois ses amis Byron Stroud (Fear Factory, ex-Strapping Young Lad) à la basse, Bob Wagner derrière les fûts et Terry Murray à la guitare, également producteur du combo.

C’est donc avec hâte que je me lance sur cette galette issue de Vancouver au Canada. Et force est d’admettre que le final est au-delà de mes espérances. Exit les beats ultra-rapides de FF, les compos ont été peaufinées à la note près. Et on a toujours droit à l’alternance chant clair/hurlé de Burton, qui n’est pas pour nous déplaire. Les riffs se veulent généralement assassins et mélodiques à la fois, ce qui renforce l’intensité de l’ensemble. De « Carve Your Name », un des titres les plus violents de l’album au plus calme et sombre « Dark Tides Revisited », on note que chaque morceau à sa fibre, malgré une certaine linéarité notable qui pourrait vite lasser si on ne tend pas à décortiquer la multitude de sonorités présentes sur City of Fire.

Voici donc une oeuvre qui sort un peu du lot, loin des clichés Métalcore qui commencent un tantinet à gonfler, une certaine innovation pourquoi pas en proposant une sauce originale de puissance et mélodies accrocheuses et non-dénuées d’ingéniosité. Bravo messieurs, le monde du Métal n’a pas encore dit son dernier mot grâce à votre formidable travail. Reste à savoir si le groupe a prévu de défendre son album sur scène, a priori non, Fear Factory entamant sa troisième tournée Mechanize à la fin du mois. Sur ce, viva COF!

Laurent.