Korn – Korn

Genre: nü-métal                ®1994

Trois ans après que le riff de «Smells Like Teen Spirit» ait changé la face du rock, c’est autour d’un «Arrrre You Reaaaaady?!» de poser les bases d’un nouveau genre de métal, où le hip-hop côtoie une lourdeur proche du death alors en plein essor. Les responsables de ce carnage sont cinq branleurs à dreadlocks issus de la banlieue de Barkesfield, en Californie, qui n’avaient initialement que l’ambition de faire du heavy sans aucune arrière-pensée «business» ou révolution.

Sauf que voilà, sous la houlette de Ross Robinson, le créateur de ce son de cinquante tonnes, les Californiens ont débarqués tel un boulet de démolition dans nos oreilles: jamais une basse n’avait autant claquée dans un disque de métal, jamais une guitare n’avait été aussi sous-accordée, jamais une batterie n’avait autant résonné, et jamais un frontman n’avait montré autant de souffrance tout en officiant dans un phrasé-rappé poignant. Une petite fille sur une balançoire et une ombre qui laisse présager le pire cachent un talent de composition ni confirmé ni totalement absent. La scissure entre les couplets et les refrains est encore anarchique, et c’est bien là qu’est tout le charme de ce premier effort.

Contrastant avec la rapidité du thrash, du black et avec la technicité du death et plus globalement avec les clichés standard du métal, l’album éponyme regorge de pépites qui paraissent encore venus d’une autre planète plus de quinze ans après sa parution. «Blind» reste le morceau ultime aux yeux des fans notamment à cause de son riff hyper simple mais si efficace mais l’album ne s’en tient guère qu’à ce titre. «Ball Tongue» et «Predictable» représentent au mieux la puissance des guitares Ibanez 7 cordes, «Shoots & Ladders» reprend une berceuse pour enfant sur fond de cornemuse qui est également une marque de fabrique du combo et d’autres morceaux comme «Lies» ou «Daddy» sont aussi violents que dérangeants.

Très peu technique mais extrêmement chargé en émotion forte, ce premier méfait est tout simplement le coup de pied dans la fourmilière attendu par les nouvelles générations (et lourdement inattendu par les anciens). Incompris par une majorité du public les premiers mois, l’effet Korn se répand comme une pandémie parmi une jeunesse déjà lassée des frontières entre les différents styles de musique. Le compromis parfait est arrivé et ne demande qu’à être peaufiné, cependant c’est en leader que Korn s’impose et engendre une multitude de clones qui voient en ce qu’on appelle le nü-métal le meilleur moyen de faire parler d’eux.

Le groupe évolue de la bonne manière par la suite, mais jamais l’innocence et la spontanéité ne marquera autant que sur cet éponyme. Culte.

Laurent.

Coal Chamber – Coal Chamber

Genre: Nü-métal             ®1997

On a souvent entendu parler de «suiveurs», de «clones» des mythiques Korn qui ont lancé en 1994, contre leur insu, un mouvement qualifié de nü-métal. Tout ceci est à pouffer de rire, mais n’importe qui est tout de même en droit de se demander qui furent les premiers à suivre les sentiers battus des leaders? Le recensement est tel que ce fût Coal Chamber qui porta le maillot emblématique à la sortie de l’album éponyme en 1997.

Composé des cinglés que sont le guitariste Meegs Racson, la bassiste Rayna Foss, le batteur Mike Cox et surtout le frontman qui joue aujourd’hui les deathsters au sein de Devildriver, Dez Fafara. Vite repérés par Dino Cazares et Ross Robinson, dont on comprend vite que le bonhomme est à l’origine de ce gros son encore innovant pour l’époque, le vidéo-clip de «Loco» ne tarde pas fin 1996 à passer en boucle sur toutes les chaînes musicales avant la sortie officielle le 11 février de l’année suivante. Ce titre reste à ce jour le plus connu du groupe grâce à son refrain efficace et son esprit torturé, le tout sur un rythme ultra-simpliste et un son encore plus énorme que celui du premier Korn et plus propre que celui de Roots.

Niveau composition, l’ensemble est très homogène, peu diversifié, mais le simple fait d’entendre cette basse cinglante empruntée à un certain Fieldy apporte son petit lot de nostalgie. Rascon assène des rythmiques en béton quand il ne frotte pas ses cordes comme le faisaient si bien la paire Head/Munky, par contre Dez a su créer son propre univers vocal avec ce chant reconnaissable entre mille ce qui permet malgré tout au groupe d’imposer sa marque dans le vaste registre du métal.

Parmi les autres titres marquants, on pense à «Sway» qui intègre une partie de l’hymne «The Roof is on Fire» des Rock Master Scott & The Dynamic Three, également reprise par le Bloodhound Gang quelques mois auparavant et la pesante «Unspoiled».

Ironie du sort, ce premier album des Coal Chamber surpasse Life is Peachy (sorti trois mois plus tôt) en terme de ventes aux Etats-Unis et annonce la couleur: cette nouvelle approche du métal va faire un tabac dans le monde entier, donc s’y lance qui veut. Le succès en Europe n’est pas imminent, car le Vieux Continent s’intéresse plus à l’émergence du power mélodique et a encore du mal à se remettre de la baffe donnée par Korn et Machine Head. Un succès éphémère mais loin de s’être fait oublier.

Laurent.

Methods of Mayhem – A Public Disservice Annoucement

Genre: pot-pourri métallique   ® 2010

« Mais d’où sort ce groupe? » Pour commencer, le nom de la formation n’a strictement rien à voir avec les norvégiens barrés de Mayhem, et encore moins sa musique. En 1999, le batteur des glam-métalleux Mötley Crüe, Tommy Lee (celui qui a piqué Pamela Anderson à Kid Rock), décide de monter un side-project « néo-métal » avec ses amis Stephen Perkins et Chris Chaney de Jane’s Addiction. Le premier album sort en 2000, mais sans succès, faute à une démarcation pas évidente. Il aura fallu donc attendre 11 longues années avant de voir ressurgir MoM en pleine forme.

Il faut savoir que le concept de cet album est basé sur la contribution de plusieurs fans anonymes ayant envoyé des pistes instrumentales à Tommy Lee, lequel a surement fait un tri dans tout ce brou-ha-ha.

Dès la fin de la première écoute, je n’ai pas hésité une seconde à rebalancer la sauce. La raison est que contrairement à son prédécesseur, APDA est varié, bourré d’influences et de clins d’oeil à des groupes célèbres. Il suffit juste d’écouter « Drunk Uncle Pete » pour se retrouver face à du Smash Mouth (B.O de Shrek) tout craché, mais accrocheur et doté d’un bon gros son. « Time Bomb » ressemble déjà plus à du rock alternatif ricain genre Semisonic, Third Eye Blind, pour ne citer que les bons. On a même le droit à du bourrin avec « Fight Song » qui rappelle Sevendust ou les premiers Static-X,et à de l’éléctro-pop avec « All I Wanna Do » et « Back to Before » qui pourraient presque cartonner dans les charts si le groupe sortait un peu de son terrier. Puis comme tout groupe de rock ricain qui se respecte, le groupe nous fait subir ici deux ballades vaseuses qui rappellent les derniers « tubes » de Linkin Park, ainsi « Louder » et « Blame » sont plutôt à oublier. Heureusement que des perles comme « 2 Ways » et « Take Me Off The Ledge » réhaussent vite l’estime de cet album, de même que « Only One » sur laquelle on croirait une alliance entre Chino Moreno des Deftones et Soundgarden.

L’album prend un virage électro que l’on ne remarquerait presque pas. « All I Wanna Do » trempe dans une ambiance sexuelle, avec des apparitions féminines au refrain, « Back to Before » sort tout droit d’une compilation electro/dancefloor, mais toujours dans l’univers « Tommy Lee », et « Party Instructions » balance un gros beat d’enfer où vient se coller une voix téléphonique pour un tout des plus funs. Retour au rock avec un « I Really Want You » rappelant vaguement le Kashmir des Led Zeppelin sur les couplets, avec un refrain détonant. APDA se termine avec un Let’s Go tout droit sorti des platines des 2 Many DJ’s et autres Basement Jaxx; dansez donc messieurs-dames, qui a dit que le rock n’était fait que pour les dépressifs, des groupes comme MoM savent apporter la bonne humeur là où elle doit avoir lieu d’être, chez moi en l’occurence.

Tout ça pour dire que Tommy Lee vient de montrer qu’il n’est plus à reconnaître pour son talent à inhaler une certaine substance blanchâtre depuis plus de 20 ans, et que force est d’admettre que le bougre a toujours su rester modeste dans son rock, en témoignent le délicieux Never A Dull Moment (2002), plus encré métal, et bien evidement ce A Public Disservice Annoucement qui, j’espère, va lui permettre enfin de se faire (in)justement reconnaître.

Laurent.