AqME – Sombres Efforts

8-70-largegenre: metal alternatif                 ©2002

Quatuor parisien composé aujourd’hui d’Etienne (batterie), de Charlotte (basse), de Julien (guitare) et de Vincent (chant), AqME est salué un peu plus par la critique à chaque sortie d’album. Assez peu pris au sérieux à ses débuts en raison du chant approximatif de l’ex-frontman Thomas et de son affiliation au collectif Team Nowhere en compagnie de Pleymo, Wünjo et Enhancer, parfois qualifié de « Kyo avec un son dans l’ère du temps », le groupe a sorti un premier album confident, beaucoup moins fun que Medecine Cake (Pleymo) ou Et le monde sera meilleur… (Enhancer), en clair pas de rap-metal mais une musique fortement influencée par KoRn, Nirvana et Indochine. Il sera par ailleurs un des seuls à chanter exclusivement dans la langue de Molière (hors reprises).

Enregistré en Suède avec Daniel Bergstrand (Mesghuggah, Strapping Young Lad), sans label avant que le groupe ne signe chez At(h)ome, Sombres Efforts s’identifie grâce au riffing de Ben (ex-guitariste) bien lourd et aux paroles de Thomas destinées aux âmes perdues, brisées par la solitude et les chagrins d’amour. Après les deux premiers titres assez orientés « grand public » (surtout « Si N’existe Pas »), le ciel s’assombrit à partir de « Le Rouge et Le Noir », récit troublant sur le désespoir surenchérit par « Tout A Un Détail Près », témoignage douloureux d’une rupture avec l’être aimé. Un peu plus loin se trouve la plus belle composition du groupe, « Je Suis » et son refrain inoubliable doublé d’une sincérité à dresser le poil des moins avertis.

Décortiquer chaque titre demande une certaine remise dans le bain, ce qui n’est pas souhaitable à l’heure actuelle, car le premier album d’AqME cible les personnes en souffrance, se sentant incomprises par leur entourage. Énième niaiserie française pour beaucoup, petit bijou de confessions intimes pour les quelques autres (dont moi-même), Sombres Efforts n’a peut-être pas le panache sonore des derniers albums mais avait au moins le mérite de se démarquer des autres productions françaises. Un album culte sous-estimé.

Laurent.

Deftones – White Pony

DEFTONES-White.Ponygenre: metal alternatif                 ©2000

Annonçons la couleur d’entrée de jeu: White Pony fut, est et restera à jamais le chef-d’oeuvre ultime de Deftones. Si son impact sur la scène néo-metal -sujet toujours chiant à aborder mais hélas nécessaire- a été moindre que ses deux prédécesseurs, il est revanche celui que personne n’attendait et qui a servi d’exemple en terme d’ovni musical, surpassant de loin tous les petits clones prêts à amasser des milliers de dollars avec des tubes pompeux. Chino Moreno (chant, guitare, arrangements) et sa clique -Stephen Carpenter (guitare), Abe Cunningham (batterie), Frank Delgado (samples) et le regretté Chi Cheng (basse)- ont préféré jouer la carte de l’intimité et du mystère, d’où cette difficulté à pénétrer complètement dans l’univers de ce troisième album lors des premières écoutes à l’époque, surtout que « My Own Summer (Shove It) » venait tout juste de se faire connaître du grand public grâce à une place de choix dans la B.O mythique de Matrix.

Around The Fur (1997) témoignait déjà d’une certaine tristesse (rappelez vous l’étrange « Mascara ») mais se contentait surtout d’envoyer un gros son dans notre face, novateur et plus simpliste. Désireux d’évoluer sous des traits plus adultes, les cinq de Sacramento accouchent sous la tutelle du célèbre producteur Terry Date (Soundgarden, Pantera) d’un troisième opus qui aura suscité de longs débats entre Chino et Stephen, le premier souhaitant mettre en avant son amour pour la new wave tandis que le second estime que Deftones est un groupe de metal avant tout, et de ce compromis sont nées les onze pépites de White Pony. « Feiticeira » inaugure l’odyssée avec un son de guitare tout neuf, un jeu de batterie plus léger et un Chino à la voix posée, une entrée en matière qui prépare sobrement aux perles suivantes, à commencer par « Digital Bath » aux envolées puissantes puis « Elite », un des titres les plus violents -et excitants- enregistrés par le quintet. À vrai dire, chaque seconde passée de White Pony attise un peu plus le feu de l’admiration, aussi bien avec « Teenager » initiant la nature des futurs projets du frontman (Team Sleep, Palms, †††) qu’avec la formidable « Passenger » en compagnie de Maynard James Keenan (Tool, A Perfect Circle, Puscifer) qui figure parmi les plus belles pièces de toute la discographie du groupe. Pour beaucoup, White Pony se résume à « Change » ou a « Back To School (Mini Maggit) » sur la réédition (d’ailleurs regretté par Chino qui réfuta l’opération commerciale de Warner Bros.), deux très bons titres pour ne pas les qualifier à tort de « tubes » puisqu’ils sont clairement les plus abordables, ce qui est à la fois compréhensible et fort dommage.

Indépassable, le Poney Blanc galope sans s’arrêter sur la prairie sans fin de l’Élégance, traçant depuis maintenant quatorze ans le chemin des cinq cowboys responsables de sa lancée. Sans réitérer un tel coup de génie, ces derniers parviendront tout de même à tenir leur promesse avec une discographie variée et jamais à côté de la plaque. Du grand art.

Laurent.

Filter – The Sun Comes Out Tonight

Filter-album-covergenre: metal alternatif   ©2013

Il y a des événements qui nous poussent parfois à devenir croyant. Quand il ne s’agit pas d’avoir enfin trouvé l’âme soeur, c’est lorsqu’un groupe qui ne nous a pas vendu du rêve depuis plus de dix ans refait surface avec une bombe atomique, un album qui relance la magie et nous enferme avec lui pour des écoutes successives pendant une durée indéterminée. The Sun Comes Out Tonight est clairement l’album que tout le monde attendait depuis Title Of Record en 1999, à savoir un retour au mélange de metal/rock alternatif et de sonorités indus qui manquaient cruellement à partir de The Amalgamut (2002), dernier album acceptable, même très bon par moments avant une descente aux oubliettes avec deux albums assez fades malgré quelques bonnes intentions. Bref, le passé appartenant au passé, Richard Patrick, du haut de ses 45 ans, n’aura jamais aussi bien chanté que sur cette galette et a donné beaucoup de lui-même pour parvenir à se résultat.

Inutile de se leurrer, Filter est un groupe à tubes. Le reste ne nous intéresse que très peu. La seule recette qui marche, ce sont ces morceaux comme « Hey Man Nice Shot », l’album Title Of Record dans son intégralité ou « Where Do We Go From Here » sur The Amalgamut, radiophoniques à mort mais sans jamais tomber dans la soupe. L’institution Filter ne tarde pas à nous faire remuer du popotin avec d’emblée un titre dansant à faire vibrer les dancefloors, « We Have It When You Get What You Get », et autant dire tout de suite que cette énergie fulgurante perdure pendant pratiquement toute la durée de l’album, en témoigne « Watch The Sun Come Out Tonight » et ce chant auto-tuné surprenant mais loin d’être dégueulasse, la carte de la tendance joue ici en la faveur du groupe ce qui est bien rare, les presque nickelbackiennes « It’s Got To Be Right Now » et « This Finger For You ». L’esprit des premiers amours de Patrick se ressent grandement sur « What Do You Say? » et « Self-Inflicted » avec ce duo basse-chant sur les couplets et un refrain explosif qui font partie du pourquoi on peut adorer Filter. Reste ensuite les ballades dont aucune n’aura le charme de « Take A Picture » mais dont on peut déjà en tirer de la bonne humeur (« Surprise », « First You Break It ») ou de la mélancolie (« It’s My Time », « It’s Just You » pour les fans de groupes cul-cul à la Keane mais en mieux parce que…c’est Filter) malgré cette erreur rémanente chez le combo de coller deux ballades pour clôturer un skeud. Pas que c’est chiant mais bon…

Un rêve inespéré devenu réalité en cette belle année 2013, sans parler de la météo, bien entendu. Filter est bien de retour avec un The Sun Comes Out Tonight qui nous fait vite oublier ces dix dernières années vraiment pas terribles pour Richard Patrick & cie. Une petite perle qui ne plaira peut-être pas aux réfractaires du rock américain un peu mainstream, en revanche ceux qui aiment la bonne musique tout court, laissez-vous porter par ce metal doux et idéal pour accompagner vos soirées entre amis. Et oui, les miracles existent!

Laurent.