Monster Magnet – Dopes to Infinity

Genre: stoner                          ®1995

Chaque branche du rock, y compris les sous-branches du hard-rock et du métal, possède son lot d’albums porte-paroles, à la fois cultes pour une génération et classiques pour le genre concerné. Cette règle concerne également l’univers tordu du stoner et son psychédélisme qui le démarque des autres courants. A l’instar de Kyuss avec Welcome to Sky Valley (ou Blues for the Red Sun pour certains), Monster Magnet a atteint l’apogée de sa créativité en 1995 avec Dopes to Infinity.

Si Black Sabbath est l’ancêtre commun du stoner, la tête pensante du Magnet, Dave Wyndorf, en grand admirateur du hard-blues de Grand Funk Railroad, s’est inspiré de ce dernier contrairement à la plupart de ses congénères plus tournés vers le doom de Trouble.

Mais l’élément qui a surement le plus marqué ce courant est la drogue. Oui bien sûr, à votre avis, comment le Magnet aurait-il pu nous pondre des titres aussi hypnotiques sans consommation de trips? Car bien que Wyndorf a failli y laisser la vie, ce type fut doué à une époque pour pondre à la chaîne des hymnes qui ont marqués à jamais l’histoire du rock. Ultra-saturation, chant toujours en symbiose avec le style, inspirations diverses, Dopes to Infinity possède tout ce qu’on attend d’un album de stoner.

Le rock boursoufflé de «Negasonic Teenage Warhead» offre le premier résultat époustouflant de ce voyage au coeur de la vie en rose, que «Look To Your Orb For The Warning» agrémente au centuple de son riff de guitare inoubliable. Un zeste d’influences orientales avec «All Friends and Kingdom Comes», guitare sèche sur «Blow ‘Em Off» et tambours sur «Dead Christmas» qui renvoient directement aux années hippies, chaque titre à sa particularité pour un rendu qui a toujours autant de classe presque vingt ans plus tard.

Délires, esprit de débauche, Monster Magnet aura incarné pratiquement tous les vices de l’être humain avec trois premiers albums monstrueux. Mais le groupe franchit les limites qu’il s’était lui-même imposé avec Dopes to Infinity en proposant des arrangements à couper le sifflet que n’importe quel autre groupe n’aura jamais eu l’idée de proposer. Le succès ne répondra pas vraiment à l’appel, camouflé par un Queen of the Stone Age au premier plan qui fera pour le coup ressurgir l’ancien groupe de Josh Homme de son désert natal, de plus que la nouvelle orientation moins spectaculaire que prend la bande de Wyndorf à partir de Powertrip ne permet pas au public de se faire une idée concise de ce que cachait l’indétrônable Dopes to Infinity à l’époque. Cependant, bon nombre de formations vont s’en inspirer plus tard dans les années 2000, notamment les excellents Spiritual Beggars qui se sont frayer un joli chemin vers la notoriété.

Bref, un groupe culte pour un album qui l’est tout autant.

Laurent.

Blue Gillespie – Synesthesia

Genre: Stoner/doom            ® 2010

Nous avons tous essayé un jour d’imaginer quel genre de mixture pourrait résulter de la rencontre entre la profondeur de Tool et la hargne de Down. Ceux qui se posent encore la question aujourd’hui sont forcément passés à côté du phénomène Blue Gillepsie, quatre gallois dont le premier effort Synesthesia succède à deux EPs remarqués dans toute l’Europe.

Derrière cette pochette psychédélique mais pas trop fournie en détails attrayants se cache une recette qui peut laisser sceptique aux premiers abords: le jeu de batterie est complexe mais les riffs sont agressifs, souvent épiques, et le chant, dont le timbre virevolte entre Phil Anselmo et Chad Grey (Mudvayne), est très blues, dans la pure tradition du stoner. On est même pas loin du sludge avec un titre comme « Beat Oven » qui de son titre répétitif rappelle High on Fire ou même Down pour la lourdeur et ce chant très inspiré de Sir Anselmo, et d’autres tels « Superglass » et « Making Sound » sont aussi bien construits que les bombes que pond Mastodon.

Varié, l’album possède une face plus accessible avec « Skinned », au tempo plus rapide que tout le reste, énergique par ses guitares mélodiques et « Wiff » dont le côté blues est sacrément entraînant dans la pure veine de Down.

Cependant il est difficile de cerner une identité chez Blue Gillepsie, car malgré cette bonne intention de mélanger ces influences grandioses, des titres comme « Growsome », « Fingered » et « The Fergal » sont bien trop énigmatiques, pas aussi représentatifs d’un tel cocktail par rapport aux autres pistes de Synesthesia.

Une chose est sûre, la musique de Blue Gillepsie fait un peu l’effet d’une panne de courant un soir d’hiver: c’est sombre et froid, ça énerve de temps en temps, mais ça permet de se fermer un peu du le monde extérieur. Pour une première galette, les britanniques font un effet boeuf: si l’ensemble est un peu trop hétérogène, la qualité est là; la plupart des morceaux parviennent à accrocher l’auditeur qui dans ce cas ne se pose guère trop de questions, et à la rigueur on aura qu’à dire que les titres moins rétrospectifs ne sont qu’une démonstration des différents points de vue de la bande, qui en se cassant légèrement la tronche avec ces bémols ne pourra que progresser et proposer à l’avenir quelque chose de plus exhaustif, plus droit, plus personnel peut-être aussi vu le potentiel émanant de ces onze morceaux. Un début fort intéressant et prometteur.

Laurent.

Monster Magnet – Mastermind

Genre: Stoner                   ® 2010

L’heure est venue de faire chauffer à nouveau les grosses bécanes type Harley Davidson avec ce retour tant attendu des papys du stoner. Le groupe avait pris un tournant résolument rock’n’roll avec God Says No, délaissant les rythmiques grasses au profit d’une musique plus dansante notamment prononcée sur 4-Way Diablo. Non pas que cette parenthèse soit criblée de gros défauts, mais les fans de la première heure n’auront jamais la satisfaction d’un Dopes to Infinity, considéré comme le meilleur album de stoner de tous les temps par une bonne majorité.

Et voilà que fin 2010, un nouvel album à l’effigie du fameux « Motoreau » pointe son nez. Nouveau label, nouvelle santé pour Dave Wyndorf et retour de Phil Cavaino à la six cordes. Rien que ça… Revenus au top de leur forme, les motards renouent, sur ce dixième opus, les liens avec le psychédélisme de leurs premiers amours tout en conservant la frénésie électrique des années 2000.

Il s’agit bien quelque part d’un récapitulatif de sa discographie, et pour ainsi dire du meilleur de ce qu’il a pu nous servir. La basse de Jim Baglino n’a jamais été si présente, boostée par la compression et la disto, et s’accouple à merveille aux martèlements de Pantella pour une section rythmique écrasante.

Une chose est sûre, dans la famille « pompe à tubes », on pense d’office à Monster Magnet époque Powertrip, et c’est rebelote sur Mastermind avec « Bored With Sorcery », « Dig That Hole », le single « Gods And Punks » ou « 100 Million Miles » entre autres qui, de leur ambiance sombre, nous replongent dans les méandres d’un Superjudge. Fidèle à ses principes, quelques balades et pseudo-interludes telles « The Titan Who Cried Like a Baby », « Time Machine » ou « Ghost Story » entrecoupent agréablement ces assauts motorisés. Même que les Ricains serrent la main à Mötörhead avec « Perish in Fire » pour le plus grand plaisir des fans de hard-rock qui sent bon la bière.

Fini les bêtises avec les substances illicites, Wyndorf a répondu à nouveau présent en réalisant son album le plus intéressant depuis Powertrip. Ceux qui pensaient que le stoner s’était éteint avec la séparation de Kyuss, ne trouvant pas leur compte dans les pourtant excellents albums de Spiritual Beggars et d’Orange Goblin ou dans le stoner californien de Fu Manchu, vont de nouveau être ravis par ce concentré de testostérone.
Diantre, plus de boisson énergisante? Mastermind fera très bien l’affaire, et en plus, ça ne pollue pas l’organisme! A consommer sans modération.

 

Laurent.