Muse – Origin of Symmetry

Genre: Muse                                 ®2001

Fort d’un premier album qui a chamboulé tous les principes de la musique, le trio anglais décide d’enfoncer le clou avec Origin of Symmetry deux ans plus tard. Conscient de son potentiel hors-du-commun, Matthew Bellamy pousse encore plus loin le concept de symétrie entre l’émotion et la prouesse technique, d’où l’intitulé de l’engin. Le son est plus puissant et moins « amateur », l’ambiance est particulièrement psychédélique et chaque musicien a élargit son panel d’utilisation de son instrument pour proposer quelque chose de plus personnel et de ce fait, innovant. Enregistré live (prise de son générale), Origin Of Symmetry fait appel à tous nos démons intérieurs, ceux qui influent sur notre bien-être et qui partie intégrante de notre quotidien.

Les deux termes principaux pour évoquer OOS sont distorsion et claviers. Toujours inspiré par Rage Against The Machine avec ce son claquant, Muse déferle des suites de notes aussi enivrantes que le timbre de Matthew qui s’est également maturé. Les deux premiers titres, surement les plus accessibles de l’album, se partagent la douceur du piano/synthé avec la joie du rythme entêtant, nerveux pour « New Born » et plus aérien sur « Bliss ». Démontrant un grain de folie, les titres « Hyper Music » (à la ligne de basse du refrain rappelant « Snakecharmer » de RATM) et « Plug In Baby » offre un peps non négligeable avec des riffs qui resteront à jamais gravé dans notre mémoire. Côté intensité démesurée, « Space Dementia » avec son clavier Rachmaninov et la lourdeur de la sept cordes de « Citizen Erased » sont sur le podium. Pas très loin derrière se situe une « Micro Cuts » à pleurer tant Matthew fait preuve de sensibilité, avec un final explosif qui casse la baraque.

Bien plus qu’un groupe de prog-rock alternatif (au diable, ces étiquettes…), Muse s’inspire aussi de tout ce qui attrait à la beauté mélancolique: influences latines sur « Darkshines », des airs de bossa nova sur « Screenager » et bien entendu, du jazz avec la fameuse reprise du « Feeling Good » de Nina Simone un peu en dessous du niveau des autres compositions de l’album. Ce dernier s’achève sur « Megalomania » qui laisse l’auditeur sans voix avec un orgue des plus majestueux.

Sans conteste le plus réussi de tous au niveau de la transmission des émotions, Muse n’a cependant pas dit son dernier mot. Toujours dans l’innovation, la bête tapera à chaque fois là où tous les autres n’ont jamais osé mettre les pieds. Un véritable monument sonore intemporel pas très loin de la perfection.

Laurent.

Muse – Showbiz

Genre: Muse                                   ®1999

Qui aurait pu prédire qu’un tel bouleversement se produise au sein de la musique contemporaine? Nous sommes à la fin des 90’s: le grunge est déjà presque mort, le nü-métal peine à convaincre la totalité du public et le rock a développé la quasi-intégralité de ses capacités. Fort heureusement, un sacre nommé Radiohead sort un album en 1997, Ok Computer, qui outrepasse les frontières de la musique en général avec une expérimentation inspirée par nul autre que le génie créatif des oxfordiens. Cet événement provoque quelques temps après le déclic chez un trio qui se cherche encore, Muse.

Alors que Radiohead éprouve une certaine rage sans jamais entrer dans la musique nerveuse, les jeunes Matthew Bellamy (chant/guitare/claviers), Chris Wolstenholme (basse, choeurs) et Dominic Howard (batterie), déjà influencés par les Smashing Pumkins et Rage Against the Machine, ont fabriqués un cocktail qui a permis au rock de revivre. Le phénomène Muse est né. Rapidement, le monde adolescent se reconnaît en ce groupe qui innove et qui fait passer les émotions mieux que personne, tandis que les journalistes les qualifie -un peu bêtement- de «relève de la Britpop». Passionné de musique classique et inspiré par le rock progressif, Matthew démontre un profil virtuose autant à la guitare qu’aux claviers, de même que son chant peut-être encore trop emprunt à Thom Yorke colle parfaitement à l’ensemble.

Présenté par une très jolie pochette, Showbiz regorge de titres sincères et touchants, aussi bien dans le registre énervé avec «Filip», «Cave» ou «Sober» que dans les ballades larmoyantes («Falling Down», «Unintended»). Et puis surtout, il y a les morceaux entre-deux, ceux qui alternent entre couplets calmes et refrains explosifs, surement les plus appréciés par les fans du groupe, à savoir la magnifique ouverture «Sunburn» portée par son mémorable jeu de piano, la mythique «Muscle Museum» et son riff toujours aussi mystérieux, «Uno», «Overdue» et le final renversant, «Hate This & I’ll Love You». Le groupe a produit lui-même cet effort, d’où une qualité de son encore loin d’être vraiment exhaustive, cependant le mix du duo basse/batterie apporte un son imposant sans oublier que Chris et Dominic sont respectivement dotés d’un doigté hors du commun et d’une force de frappe impressionnante.

C’est un fait, le trio anglais casse la baraque avec un premier album sans réel faux-pas si ce n’est le parallèle avec l’ambiance aérienne de Radiohead, et encore, l’inspiration est telle qu’on a presque l’impression que Muse aurait pu exister sans la bande à Thom Yorke. Trêve de comparaisons aberrantes, bien que le meilleur soit à venir, Showbiz est une entité unique et intemporelle qu’on ne se lassera jamais d’écouter. Plus qu’un banal groupe de rock, Muse est un ovni, et pourquoi pas même, une bénédiction.

Laurent.

Shakra – Back on Track

Genre: heavy rock                      ®2011

Un groupe est en train de frapper de plus en plus fort depuis une bonne dizaine d’années: Shakra. Tout porte à croire que cet habile mélange de hard rock et métal alternatif provient d’Outre-Atlantique, mais en vérité ces types sont originaires d’un pays indépendant, la Suisse, terre prodigue en matière d’originalité et d’innovation.

Sans jamais avoir réellement changés de formule, les Shakra, toujours armés d’une production surpuissante, ont cependant le don de créer des titres efficaces et mémorables à la pelle. On se souvient des tueries Infected et Everest en présence du charismatique et talentueux vocaliste Mark Fox, remplacé suite à son départ par John Prakesh. Malgré une discographie appétissante, le groupe reste encré dans un anonymat mystérieux, ce qui ne semble pourtant pas le freiner dans son élan.

Nous parlions d’originalité plus haut: si celle-ci est applicable pour les sept autres albums, elle se veut en revanche moins évidente avec Back on Track. Mince, alors… Que s’est-il passé? La réponse n’est pas compliquée: l’arrivée de Prakesh, fortement inspiré par le défunt Steve Lee, a fait de Shakra une sorte de tribute band à Gotthard. Bon, fort heureusement, le nouveau frontman a du talent, n’essayant pas d’imiter à la lettre son maître, et il y a en ce Back on Track quelques titres intéressants comme la puissante ouverture «B True B You» et la fermeture «Stronger Than Ever», ou les tubes potentiels «Back on Track» et «Crazy» qui font honneur à la discographie de Shakra, et on pense un peu à Tesla avec le heavy mélodique de «Yesterday’s Gone» ce qui permet une écoute assez aérée à défaut d’être transcendante.

Outre la parallèle à Gotthard, c’est surtout un manque d’inspiration notable qui fait défaut à cette nouvelle galette. La plupart des morceaux sentent le remâché en plus de ne posséder aucune mélodie accrocheuse, mais on peut tout de même saluer le travail remarquable du guitariste Thom Blunier à la production qui apporte un son dans l’air de son temps à la formation. Pour ce qui est de Prakesh, il n’a pas la puissance vocale de son prédécesseur, du coup l’intensité des morceaux en est atténuée.

Alors bon, faisons la part des choses: Back on Track est une légère déception en dépit de ce que nous a offert Shakra durant sa discographie, mais les quelques bons points pourront pleinement ravir ceux qui découvriront le groupe avec cet album et/ou aux admirateurs de Gotthard qui verront en ce huitième opus une sorte de «relève» . A ces derniers tout de même, on ne vous conseillera que trop de vous pencher davantage sur les tubes en puissance qui regorgent dans les trois derniers méfaits. Les Suisses sont capables de bien mieux, et l’espoir de les voir à nouveau dans les bacs en 2013 – la coutume étant d’espacer les sorties de deux ans – en pleine forme est désormais de mise. Ca passe ou ça casse, avec Back on Track ça casse mais fort heureusement, rien ne paraît irréparable.

Laurent.