Nickelback – No Fixed Address

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genre: « rock »                  ©2014

L’appât du gain, ce n’est pas compliqué. Nous savons tous que « l’envie de tester de nouvelles choses » n’est plus un argument crédible chez les grands groupes de rock. Maroon 5, Muse, Nickelback, chacun nous aura gratifié au cours des cinq dernières années d’un ou plusieurs albums de mauvais goût, avec des expériences disco calibrées pour Nrj qui n’auront fait que les aider à creuser leur propre tombe. Peu importe le public qui apprécie désormais ces nouvelles sonorités, mais les fans des premières heures ne sont plus du tout en phase, et ce n’est pas faute pourtant d’avoir essayé.

Déjà que la réputation de la bande de Chad Kroeger pâlissait depuis la sortie de All The Right Reasons (2005), le premier album à comporter autant de ballades (dont la mielleuse « Photograph ») que de morceaux punchy, les gus n’ont pas réussi au fil du temps à retrouver la fougue des trois premières pépites, et ce malgré un Dark Horse (2008) de bonne facture, leur dernière oeuvre honorable. Here and Now (2011) marque le début du virage ultra-pop à dormir debout, mais la sortie de route ne va vraiment s’effectuer qu’avec ce No Fixed Address qui signe le testament de la créativité de Nickelback. Si l’album commence par un faux-semblant de rock couillu avec « Million Miles An Hour » et « Edge Of A Revolution », loin d’être jubilatoires mais pas méprisable pour autant, la nausée commence à se faire sentir dès les premières notes de « What Are You Waiting For », véritable insulte au rock et surtout loin d’être digne d’un groupe de cette envergure. Puisqu’un problème arrive très rarement seul, le groupe n’a rien trouvé de mieux que de placer le pire titre de sa carrière juste après, le tsunami de défections « She Keeps Me Up » avec un rythme qui tente de faire honneur à Stevie Wonder, non mais sans déconner, arrêtez tout, stop. On comprend pourquoi les autorités australiennes ont autant pris le groupe en grippe, allant jusqu’à placarder des affiches « Avertissement urgent de la police: les hommes qui correspondent à cette description s’apprêtent à commettre un crime musical de soir ». Hilarant. Mais ne nous laissons pas aveugler par quelques morceaux insupportables, et essayons tout-de-même de sauver ce disque coûte que coûte. « Make Me Believe Again », assez fidèle au passé de la bande, sera le seul rescapé de ce fiasco de onze titres. Un petit hit entêtant, pas du niveau de « How You Remind Me » mais qui montre bien que les canadiens sont encore capables de faire des morceaux accrocheurs, alors pourquoi faire n’importe quoi pour le reste? « The Hammer’s Coming Down » sonne comme un pseudo-morceau de metal pop symphonique à la Within Temptation, « Get ‘Em Up », malgré un gros son, nous fait sentir que Kroeger n’a plus envie de se fouler à balancer du riff inventif qui tâche, tandis que « Satellite » et « Miss You » auraient pu être composée par One Direction. Et « Got Me Runnin’ Round »… du Sugar Ray raté, avec un Flo Rida qui n’a aucune prestance, vraiment une blague.

C’est délicat de rester humble quand il s’agit de Nickelback, ou de n’importe quel groupe qui nous a vendu du rêve à ses débuts pour ensuite finir dans le caniveau et emporter notre âme d’enfant avec lui, parce qu’un ras-le-bol se fait sentir à l’heure où le rock doit se mélanger à l’électrodance music pour être diffusé à large échelle. Quelle tristesse… une tragédie qui dépasse toute ouverture esprit, c’est plutôt une question de lucidité sur les messages qui revendiquent ces groupes. C’est tout pour moi, il était vraiment temps de passer à autre chose car une chronique passe toujours par des écoutes successives de l’album en question alors je ne vous raconte pas le calvaire… m’enfin vous aurez compris à travers l’article.

Laurent.

Line-up: Chad Kroeger (chant, guitare), Mike Kroeger (basse), Ryan Peake (guitare), Daniel Adair (batterie)

Smashing Pumpkins – Monuments To An Elegy

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genre: rock                  ©2014

Il plane une aura de mystère autour des Smashing Pumpkins: sans avoir de racines dans la musique country, le groupe est catégorisé en raison du tyrannisme de son frontman de « rock à Billy ». Bon, maintenant que vous êtes plié(e) en quatre sur votre fauteuil -si ce n’est pas le cas, vous pouvez cesser immédiatement la lecture de cet article- et que l’atmosphère est détendue, il est temps d’évoquer des sujets sérieux: Billy Corgan, à défaut d’être un vrai bout-en-train pour rester poli, est un musicien accompli que le temps n’a pas réussi à fatiguer, bien au contraire, car depuis Zeitgeist (2007), le bonhomme a sorti des oeuvres toujours meilleures que les précédentes, revisitant les années 90 avec des éléments contemporains qui font toute l’authenticité du groupe. N’échappant pas à cette règle, Monuments To An Elegy est à mon sens encore plus réussi que son prédécesseur, plus cohérent et bourré de mélodies qui restent en tête, d’autant plus que le maître chauve, toujours épaulé par Jeff Schroeder à la guitare depuis le départ de James Iha, a sollicité la légende Tommy Lee pour le poste de batteur sur les neuf titres.

« Tiberlus » ouvre le bal avec un piano tout en douceur qui annonce la mélodie du morceau s’armant quelques secondes après d’un riff énorme et de cette voix reconnaissable entre mille, l’accroche est immédiate et on se plaît à redécouvrir un univers qu’on adorait il y a vingt ans. Pour ne pas couper l’entrain, « Being Beige » enchaîne sur une petite mélodie douce sur le couplet et un refrain plus intense, un cocktail digne de Mellon Collie… , simple mais ultra-efficace. Pour ne rien vous cacher et éviter d’y aller par plusieurs chemins, aucun morceau de cet album n’attire pas mon attention. Même les morceaux un peu space aux premiers abords que sont « Anaise! », « Run 2 Me » ou « Dorian », reflets de la période expérimentale Adore (1998), deviennent indispensables au fil des écoutes, montrant comme jadis l’exemple du mélange des grosses guitares et de passages pop. Plus inspiré que jamais, Corgan a puisé dans ce qu’il sait faire le mieux sans se disperser pour nous offrir de vrais hymnes rock comme « One and All », « Drum + Fife » et le final « Anti-Hero » avec des mélodies entêtantes qui manquaient cruellement depuis Adore. 

Court de ses trente-deux petites minutes, Monuments To An Elegy privilégie la qualité à la quantité et est de ce fait l’oeuvre la plus courte réalisée par Corgan. Une production irréprochable pour un album également difficile à remontrer en ce qui me concerne. Tout y est, pas besoin d’en demander trop après tant d’années à désespérer de revoir un jour la flamme du Smashing Pumpkins made in 90’s se ranimer. Espérons que Day For Night achève le projet « Teargarden by Kaleidoscope » aussi efficacement que ce très beau neuvième album. Merci Billy!

Laurent.

Line-up: Billy Corgan (chant, guitare, basse, claviers), Jeff Schroeder (guitare) et Tommy Lee (batterie).

 

Linkin Park – Minutes To Midnight

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genre: rock/metal                   ©2007

Le nü-metal ayant exhalé ses derniers soupirs courant 2004, la question était de savoir ce qu’allaient devenir tous les groupes qui ont forgé son caractère. Tandis que Fear Factory reprend goût à la double-pédale, que Slipknot et Stone Sour ne semblent faire qu’un, que KoRn perd deux de ses membres d’origine, que Deftones s’aventure de plus en plus dans une musique inclassable (mais toujours aussi cool) et que Fred Durst (Limp Bizkit) se tape des délires à la con quitte à perdre la moitié de ses fans, Linkin Park se fait discret depuis Meteora sur ses perspectives musicales. Les nombreuses tournées à succès continuent d’éveiller le mythe mais personne jusqu’en 2007 n’avait la moindre idée de ce qu’allait contenir le prochain album du groupe, annoncé quelques semaines seulement avant sa sortie comme étant « encore plus axé sur les guitares ». Un avant-goût que tout fan a traduit comme « du bon gros metal nerveux avec des refrains qui tuent », idéalisant un rapcore tout beau tout neuf qui relancerait la machine dans lequel les Californiens aurait donné le meilleur d’eux-mêmes…

Tu parles. Je me souviens du choc émotionnel provoqué par la première écoute de Minutes To Midnight, non pas parce qu’il a surpassé ses prédécesseurs mais parce que la déception a été imminente. Pas de pitié, pas de places pour des écoutes successives qui mènent à l’apprivoisement d’un album. Avec LP, ça passe ou ça casse depuis le tout début, les gus n’ont jamais eu l’intention d’y aller par quatre chemins et c’est pourquoi la plupart des morceaux de ce troisième sont difficiles à avaler. Il semble facile de crier au génie pour des raisons de liberté artistique, il est en revanche plus difficile d’admettre que la prise de risque n’excuse pas le mauvais goût. Pourtant l’album commence très fort avec une intro magnifique (« Wake ») et un des morceaux les plus énervés du groupe (« Given Up »), qui laisse entendre une énergie toujours intacte. Produit par le légendaire Rick Rubin, Minutes To Midnight écope d’un son très rock, ce qui n’est pas un problème en soi, mais en revanche, Mr. Hahn et Mike Shinoda se font plus discrets. Ce dernier intervient principalement en solo (« In Between », « Hands Held High »), le jeu de tennis entre Shinoda et Bennington est bel et bien de l’histoire ancienne, ce qui occulte tout ce qui faisait le charme des premiers amours. Si « What I’ve Done » fait figure de single rock de bonne facture, « Bleed It Out », « Valentine’s Day », « In Pieces » et « Shadow Of The Day », titre qu’on croirait écrit par Bono, ne sont clairement pas représentatifs du groupe par leur platitude aberrante. En revanche « Leave Out All The Rest » tire son épingle du jeu avec son lot de petites mélodies accrocheuses (puis c’est aussi la B.O de Twilight, « lol »), remontant le niveau de l’ensemble avec les deux premiers morceaux et « No More Sorrow », le deuxième titre metal de l’album, pas aussi efficace que « Given Up » mais apportant le peps nécessaire pour ne pas finir complètement abasourdi par cette marée de mollesse.

Linkin Park ne fait plus de metal, c’est un fait. Le groupe assume complètement cette nouvelle orientation qui se refuse toute étiquette, ce qui lui permet de conquérir le coeur de millions de nouveaux fans pas forcément adeptes de gros riffs qui tâchent. Évidemment, un Meteora#2 aurait probablement déclenché un scandale pour manque de renouveau mais comme dit plus haut, la liberté artistique n’excuse pas un manque de créativité. Accessible, Minutes To Midnight l’est. Agréable, beaucoup moins. Les six Californiens se sont engagés dans une voie que même mon ouverture d’esprit se refuse à tolérer, et ce ne sont pas les années à venir qui vont aider à renouer les liens. Un groupe de perdu, dix de retrouvés, tant pis comme le dit si bien notre ami Frank Ribéry, la routourne continue de tourner. Passons notre chemin.

Laurent.

Lineup: Chester Bennington (chant)/Mike Shinoda (chant, clavier)/Mr. Hahn (DJ)/Brad Delson (guitare)/Dave Farrell (basse)/Rob Bourdon (batterie)

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