Helmet – Meantime

Genre: Métal alternatif             ® 1992

Alors qu’en 1992, le thrash est en pleine recrudescence en raison des secondes vagues black et death qui se veulent plus intéressantes et de l’apparition de la fusion qui modernise le tout, quatre jeunes issus de la banlieue de New-York  vont de manière totalement inattendue bouleverser les codes habituels du courant métal. Exit les cheveux longs,  les blousons cuirs et la musique rapide, place aux coupes en brosse, à la dégaine jean/basket et à des riffs minimalistes.

Sans vraiment en avoir l’intention, Helmet invente à la sortie de son premier album Strap It On (1990) le métal alternatif, mélange de grunge (Soundgarden pour le plus évident), de hardcore et de ce qu’il reste de thrash à la fin des 80’s, mais c’est avec Meantime que le groupe va imposer son style.

Considéré comme un des guitaristes les plus talentueux de sa génération par quelques journalistes, le géant Page Hamilton, âme pensante du quatuor, n’a pourtant rien d’un Joe Satriani ou d’un Kerry King. Mais le fait est qu’il est l’artiste qui a su s’adapter le mieux à l’air de son temps en proposant une sauce qui plaira autant aux grands chevelus qu’aux ados boutonneux. Beaucoup d’artistes issus de la vague alternative, notamment Korn et Deftones, avoueront plus tard que Meantime a été une influence majeure dans leur orientation musicale.

Gros carton dans son pays d’origine mais un peu plus boudé en Europe en raison d’une diffusion tardive sur les chaînes musicales, ce premier véritable album entièrement autoproduit, bien qu’il ait marqué l’histoire du métal, n’est pourtant pas extraordinaire du début à la fin. Si le chant clair de Hamilton contraste agréablement avec l’ambiance sombre de la musique, les riffs sont bien trop répétitifs à la longue, donnant l’impression d’écouter dix fois le même morceau.
Parce qu’une fois les quatre premiers titres passés (les plus marquants, « Unsung » en tête), l’affaire se veut de moins en moins digeste… Surdosage de la clé mineure en Ré pour des passages mélodiques parfois très mal exploités (« Better »). « FBLA II » tente de réhausser la qualité créative du groupe en incorporant un brin de folie, mais rien ne suffit vraiment à effacer une lassitude installée depuis « Turned Out ».

Enorme révolution à l’époque, aujourd’hui l’engin se révèle presque obsolète. On l’écoutera évidemment par nostalgie, mais avec un hic quand on le compare à des monuments comme Urban Disciple de Biohazard sorti la même année et qui aura également marqué les générations alternatives à venir. Mais il est évident qu’on remerciera les New-Yorkais d’avoir mis tout le monde d’accord et d’avoir resserré les liens entre le rock et le métal. Disque d’or en 1994 mine de rien, c’était quand même bien mérité, aucune raison valable de tourner la Page…!

Laurent.

Deerhunter – Halcyon Digest

Genre: Dream-pop                             ® 2010

Quatrième album pour le quintet américain, premier qui parvient à mes oreilles. Sans complexe ni hésitation, je vous confie qu’il s’agit d’une révélation, peut-être LA révélation pop de l’année.

Il y’a quelques jours, par le plus grand des hasards, je découvris « Helicopter » via son vidéo-clip, qui m’a littéralement scotché à mon fauteuil par sa sublime mélodie emmené par un Bradford Cox d’une classe démesurée. Il fût temps de bondir sur l’album, et voici donc ce que je peux appeler la rencontre de l’année. A la croisée de l’expérimental, du shoegaze, du psychédélique, de l’ambient et d’une pop raffinée, ce Halcyon Digest est, à mes yeux, quasi-parfait.

« Earthquake » et son arpège scintillant met rapidement l’auditeur dans le contexte. La magie opère très vite, et c’est sans difficulté que l’on déguste ces cinq minutes de rêveries.  Les deux ballades suivantes, « Don’t Cry » et « Revival », ont un ton plus « popisant » mais toujours psyché-noisy dans le fond, on appréciera fortement ce changement de formule. Petite phase mélancolique avec « Sailing », toujours avec un Bradford Cox présent, seul avec sa guitare. « Memory Boy » amène un peu de lumière à l’ensemble, malgré ses deux courtes minutes. « Desire Lines » et son intro  rappelant légèrement les canadiens d’Arcade Fire, baigne l’auditeur dans un monde adolescent que l’on ne renierai pour rien au monde, avec sa mélodie de guitare peu loin de l’excellence. Nouvelle petite ballade avec la fine crème qu’est « Basement Scene », douce et plus qu’agréable, toujours grâce au génie Cox.

« Helicopter », sublime, est surement le meilleur titre de l’album. La mélodie est superbement trouvée, vous l’avez entendue une fois, elle ne quittera plus jamais votre esprit. Il en faudra un certain temps avant que la lassitude n’apparaisse, car les frissons s’intensifient à chaque écoute. Retour à la dream-pop pure avec « Fountain Stars » directement inspirée d’anciens tels Jesus and Mary Chain ou le Velvet Underground, et « Conorado », avec  l’apparition du saxophone, qui ajoute de la folie à cet univers particulier.

Final détonnant avec « He Would Have Laughed », qui resplendit de strates scintillants pendant cinq minutes, avant de se clore sur une session sèche très bien intégrée. Rien à dire, vraiment.

Halcyon Digest est un des albums les plus variés et inspirés qu’il m’ait été donné d’écouter depuis des mois, car s’il exploite maintes styles plus ou moins boudés par le grand public aujourd’hui, on ne peut constater, au risque de me répéter, une justesse incontestable dans son orchestration. Un menu divin qui suscite en moi aussi bien les frissons que l’admiration.

Laurent.

Del Rey – Immemorial

Genre: Post-rock                             ® 2010

Petit groupe issu de Chicago, les Del Rey font partie du label indé Golden Antenna, qui a lancé les phénoménaux Maserati et From Monument To Masses. Premier opus du groupe à atterrir en Europe, Immemorial oeuvre dans un post-rock des plus avantgardistes. Bien plus qu’un simple assemblage de sonorités organiques et noise sur des plages interminables, l’opus regorge de petites mélodies éfficaces, d’envolées instrumentales parfois surprenantes, avec un groove omniprésent qui fait toute la différence.

Même quand les morceaux se veulent mélancoliques, on ne peut s’empêcher d’être sublimé par la technicité et surtout l’inventivité des musiciens. En témoigne le titre d’ouverture, « Return of the Son of Fog Rider », qui, long de ces onze minutes, est mené par une batterie martelante. C’est clair, la production est en béton, soignée au plus possible. « E Pluribus Unicorn », plus électrique, est empli d’inspiration. L’orgue se colle naturellement aux changements de rythmes fréquents, et les guitares sont d’une rare intensité. Petite pause avec « Innumeracy » et ses arpèges hypnotiques, sur fond de cymbales complètements agitées mais toujours discrètes. « Silent Weapons for Quiet Wars » débute par un clavier mis en avant, jusqu’à une montée en puissance soudaine, où les grosses guitares font mouche et la batterie est très inspirée du jazz. Un peu d’ambient avec « Ouisch » et sa cithare lointaine, et voici la dernière « longue » plage de ce Immemorial, « These Children That Come at You With Knives »; toujours en finesse, le jeu de batterie porte à merveilles une basse lancinante sur lesquels planent les guitares tantôt harmoniques, tantôt enragées.

L’album se clôt sur une petite plage, « Ancestral », posée où la reverb est maîtresse.

Dans le sillon de Maserati, Caspian et Pelican, Del Rey est en proie de devenir un groupe incontournable. Même si le groupe ne se veut pas spécialement innovant, la qualité de ses compositions à elle seule en vaut la chandelle, car il n’en fait jamais « trop », chose malheureusement un peu trop fréquente dans le style, ce qui incite les auditeurs à passer leur chemin. Prenez le temps de savourer ces sept morceaux chers lecteurs, avant que d’autres artistes virulemment médiatiques ne viennent s’accrocher à vos oreilles sensibles.

Laurent.