Les temps sont durs pour Pantera. Dix-sept ans de carrière dont dix officiels, un album mythique qui sort tous les deux ans, on s’imagine que l’affaire est solide et qu’elle va nous en mettre plein la vue dans les décennies à venir… mais il n’en est rien. Depuis 1995, Phil Anselmo se laisse complètement aller ce qui nuit au bon déroulement des prestations scéniques. Le bougre n’en fait qu’à sa tête si bien qu’il n’enregistre pas les parties vocales de The Great Southern Trendkill (1996) aux côtés de ses acolytes. Quelques mois plus tard, en juillet, Anselmo tape une overdose après un concert, le groupe découvre alors stupéfait son addiction à l’héroine, ce qui n’arrange en rien la situation. Pendant quatre ans, il faudra se contenter d’un live, l’unique Official Live 101 Proof (1997) jusqu’à ce que paraisse enfin l’ultime album des Maîtres, Reinventing The Steel.
L’intégralité du groupe s’est retrouvée dans leur studio afin de donner vie à ce qui m’a toujours semblé être un très bon disque de métal, cette fois-ci sans l’aide de Terry Date. Décrié par la presse pour son soit-disant manque de nouveautés, Reinventing The Steel est pourtant l’album le plus spontané de Pantera. Pas de ballades soit quarante-quatre minutes d’un métal pur et dur comme on en a besoin en cette période où les riffs primaires du néo monopolisent les médias. Le groove typique des Texans est toujours présent et s’il n’est certes pas toujours évident, l’efficacité de la violence qui se dégage suffit à en faire un grand disque. Ce n’est pas le fan transi qui vous donne son avis mais plutôt un type qui prend la peine d’écouter ses disques pour en tirer le meilleur, s’il y a, et il se trouve que cet ultime album contient des perles à côté desquelles il serait stupide de passer.
Depuis Far Beyond Driven, on a le droit à une entrée en furie, alors peut-être que « Hellbound » ne provoque pas les mêmes dégâts qu’un « The Great Southern Trendkill » cependant elle prépare efficacement l’arrivée de la rythmique en béton de « Goddam Electric » et son solo, enregistré en une seule prise par Kerry King (Slayer) dans les chiottes de l’Ozzfest 1999. Dès lors, la puissance de feu du power metal surgit des classiques « Yesterday Don’t Mean Shit » et « Revolution Is My Name », un de mes morceaux préférés de la formation car complet: intro qui tue, couplet qui tue, refrain qui tue et solo qui casse la barraque. « Death Rattle » est sacrément compacte et diaboliquement rentre-dedans, ce qui en fait le morceau le plus violent de ce disque et l’un des meilleurs. On retrouve la puissance de Vulgar Display Of Power sur la fin avec « We’ll Grind That Ax For A Long Time » et le très groovy « I’ll Cast A Shadow » et le groupe n’oublie pas d’où il vient avec l’enjouée « Uplift ».
Pas grand chose à reprocher à Reinventing The Steel si ce n’est une pochette à chier et un Phil Anselmo fatigué par ses conneries et des années de beuglerie. Ceci dit, cette ambiance rock’n’roll ne nuit absolument pas à l’image du groupe en ce qui me concerne et rend justement ce disque aussi unique que le sont les autres. Moins culte que les autres et moins novateur, RTS est pourtant très loin d’être une déception. Rare sont les albums de groove metal des années 2000 qui lui arrivent à la cheville alors tâchons de rester lucide et acceptons les dernières confessions d’un groupe qui fût géant. La séparation du groupe en 2003 sert de prétexte à la revente de Vulgar Display Of Power et The Great Southern Trendkill qui deviennent respectivement double disque de platine et disque de platine l’année suivante. Mais pour certains comme moi (excusez ma modestie), Pantera était déjà culte dans le courant des 90’s, et c’est pour cette raison qu’il n’est nullement question d’abandon de leur part. Ils ont été les meilleurs et le seront probablement toujours mais il faut savoir tourner la page et se faire des raisons: le métal n’a pas dit son dernier mot et ce site est là pour vous en convaincre. Sur ces belles paroles, il est temps d’aller « réinventer le métal » comme l’a fait le quatuor pendant dix ans. Ugh!
Laurent.


