Radiohead – The King of Limbs

Genre: expérimental          ® 2011

Cela fait déjà trois longues années que les génies d’Oxford ont révolutionné la distribution musicale avec la vente libre du savoureux In Rainbows, et c’est presque rebelote avec ce tant attendu huitième album studio qui ne laisse cette fois-ci  pas d’autre choix au public que de payer 7 euros pour la version en mp3 et 11 euros la version en WAV, la sortie en disque n’étant prévue que pour le 9 mai.

L’excitation était de mise ces derniers mois, le groupe nous faisant part de plusieurs anecdotes qui tendaient à nous faire saliver encore plus à chaque fois (une soit-disant inspiration auprès de Sepultura, par exemple), on ne pouvait donc que s’attendre à une avalanche de bonnes surprises.

C’est alors que dans un premier temps, on découvre que la pochette est une des plus laides de la discographie des Anglais avec celle de Hail To The Thief. Non pas que ce soit un détail primaire, mais il n’y a visiblement toujours pas de travail poussé  de ce côté. Bref, c’est l’heure de savoir ce que Yorke & cie ont a proposer en cette année 2011… Honnêtement, il règne comme un effet « fast-food »:  ces huit morceaux (seulement…) parviennent à contenir temporairement une soif de musique atypique, mais on ne peut malheureusement pas compter sur quelconque innovation pour nous rassasier comme prévu.

On a beau persévérer à se dire qu’il s’agit de Radiohead, ce nouvel opus se rapproche peut-être un peu trop de de la carrière solo de Yorke ainsi que de la période Kid A/Amnesiac, donc autant dire que rien de ce qui a été révélé par le groupe pour nous faire patienter n’est véridique. Pas d’inspiration étonnante, rien d’innovant, il faut croire que le point de non-retour ait été atteint avec In Rainbows, bien plus varié et inspiré. Les Inrockuptibles se sont permis de représenter The King of  Limbs avec un « Tout ça pour ça? », et c’est effectivement ce que l’on ressent après toutes ces écoutes qui peinent à convaincre. Alors soyons clair, tout n’est pas à jeter là-dedans, des morceaux comme « Little By Little » ou « Codex », bien qu’ils rappellent beaucoup Kid A, ou le final « Separator » tirent leur épingle du jeu avec bon nombre de petits détails captivants. Pour le reste, c’est vide… Vide d’émotions, vide d’expérimentations instrumentales de la part d’un tel quintette, vide d’accroches… Mais que se passe-t-il dans la tête de Thom Yorke, que l’on sent comme un peu trop présent au sein de ces titres au parfum d’électro-pop souvent nauséabond…

Difficile d’accepter une telle vérité, mais en dehors du fait d’être un inconditionnel aveugle de ce que propose le groupe depuis Kid A, il faut admettre qu’il s’agit ici de son premier ratage. Qui l’aurait crû, surtout de la part d’un des groupes les plus influents de la musique anglaise. Du laisser-aller ou une manière de montrer qu’il n’a plus rien à prouver, peu importe, le groupe ne remporte pas la palme de la surprise pour ce dernier opus, on aurait presque envie de lui demander de le recomposer intégralement  pour la sortie physique… Amen?

Laurent.

The Young Gods – Everybody Knows

Genre: Post-indus                                  ® 2010

Nos petits suisses préférés n’en ont pas fini de nous servir la crème de la crème. Le groupe de Franz Treichler (chant, guitare) ne nous a jamais déçu dans son long parcours, avec onze albums tous plus surprenants les uns que les autres, évoluant au fur et à mesure de l’indus pur (L’Eau Rouge, 1989) jusqu’au très rock’n’roll Super Ready/Fragmenté (2007) en passant par le très électronique Second Nature (2000), l’ambient Music for Artificial Clouds (2003) et l’acoustique Knock on Wood (2009). Les « jeunes dieux » sont devenus au fil du temps une référence auprès du public métal, même si les guitares se veulent généralement discrètes.

Cette nouvelle galette des Fribourgeois est un parfait medley de ce qu’ils ont pu faire jusque là: expérimentations électroniques, accoustiques et ambient qui s’accordent comme papa dans maman. Il semblerait d’ailleurs que le titre de l’album soit tiré des paroles d’un des titres les plus marquants du groupe, « Kissing the Sun » (Only Heaven, 1995), le groupe préserve le mystère dans la jaquette mais il est peu probable que cela soit une coïncidence. Comme si le groupe s’était inspiré de ses propres bébés en leur redonnant une couleur inédite, toute fraîche. Les paroles de Franz sont toujours aussi décalées mais jamais ridicules, car non-dénuées de subtilité (« Tenter le grillage »). En terme d’instrumentation, l’ensemble est plutôt hétérogène, c’est d’ailleurs l’album le plus diversifié du groupe et donc le moins direct, mais il est inutile de se creuser à tenter de cataloguer cet album, car The Young Gods fait désormais plus que de l’indus, il a inventé un univers propre à sa religion. Et c’est pourquoi on ne peut que s’agenouiller face à un tel engouement.

8,5/10

Laurent.

Linkin Park – A Thousand Suns

Genre: Experimental                             ® 2010

Nous y voilà. Il y’a maintenant 10 années de ça, LP sortait le révolutionnaire (ou pas, selon certains autres chroniqueurs)  Hybrid Theory, album remplit de tubes qui a lancé pour de bon la vague Néo-métal du IIIè millénaire. Des grosses guitares, un chant rappé assuré par Mike Shinoda, accompagné des mélodies et hurlements du plus célèbre Chester Bennington, des scratchs et des samples à tout va balancés par Dj John Hahn. Les morceaux ne dépassaient pas les 3 minutes en général, mais ravivaient aussi bien les metalheads que les rappeurs cherchant d’autres horizons musicales. S’en est suivi Meteora en 2003, l’album le plus varié du groupe, avec un son encore plus énorme et un côté pop plus prononcé également.

En 2007, le groupe commence déjà à laisser tomber les guitares, et la sauce rap-métal qui faisait rage auparavant avec Minutes To Midnight, premier album difficilement digeste dans son intégralité,  mais qui dans le fond n’est pas mauvais, question de goût en l’occurrence.

Il est temps maintenant de parler de ce A Thousand Suns qui tombe entre nos mains un peu comme un cheveu sur la soupe. Si les albums précédents étaient attendus depuis des mois, celui-ci n’a été annoncé qu’en août, de quoi se poser réellement des questions sur son contenu.

Un retour aux sources? Non, encore moins. ATS reprend les choses là où son prédécesseur les a commencés. Oui mais alors, pourquoi faire une chronique sur cet album, me direz-vous, et bien tout simplement parce que j’ai pris la peine d’écouter l’album, et à ma grande surprise, j’ai accroché. Je vous le dis tout de suite, les guitaristes se sont apparemment fait porter pâle, car on a nullement affaire à des morceaux rock. En fait, il est difficile de classer cet album. LP a évolué comme il l’entend, et non comme les puristes l’entendraient, « Lp sont des vendus, Lp ceci, Lp celà »

L’album commence avec deux morceaux qui m’ont parus inutiles, « The Requiem » et « The Radiance ». Ne durant pas plus d’une minute, on a affaire à un éparpillement de sonorités assez ennuyeuses il faut dire. Mauvais placement pour une accroche, pense-je. Bref, on peut passer pour s’arrêter sur le déjà plus travaillé « Burning in the Skies ». Et puis voilà l’album s’écoute tout seul, mais je pense qu’il serait plus efficace en tant qu’accompagnement d’un jeu vidéo que dans votre iPod. Des morceaux comme « When They Come For Me », « Blackout » ou encore « Wretches and Kings » correspondent très bien à ce profil.

Bon en gros il m’a personnellement plus intéressé que Minute to Midnight, pour son côté plus à l’arrache, moins médiatisé surement. A vous de voir ensuite.

Ah j’allais oublier, pour l’artwork, il s’agit d’une des pochettes les plus moches et impersonnelles que j’ai vu de ma vie. J’ai toujours pas fait le rapprochement entre le millier de soleils et cette tâche qui ressemble plus à un oiseau qui paraît s’être éclaté par terre en tombant de son nid (d’après mon imagination). Et encore, ce n’est qu’une ombre (ombre de quoi?!). Grrrr… enfin bref voilà j’assume, car je sais que le grand public ne verra surement pas les choses comme moi, et c’est tant mieux, ne les encourageons pas à rester dans cette oisiveté de la guitare, qui malgré mon affection pour cet album étrange, me font quand même bien défaut. A bon entendeur, donc.

Laurent.