The Cult – Beyond Good and Evil

Genre: hard moderne             ® 2001

Pour beaucoup, The Cult a signé son déclin en 1991 avec la sortie de Ceremony qui semblait montrer que la volonté de s’adapter aux styles émergents n’était pas le point fort du groupe, jusqu’à ce que Born into This renoue les liens avec le bon vieux hard de l’époque Sonic Temple.
Et ce qui a été le plus dur à encaisser de la part des fans de la première heure est la sortie d’un album inattendu, Beyond Good & Evil, une galette où les Britanniques se sont inspirés de la vague rock alternatif Outre-Atlantique, quoi de plus déroutant qu’une telle cassure avec le bijou post-punk Love et surtout la machine à tubes Sonic Temple.

Et si justement, malgré ces changements radicaux à chaque sortie, on se sent à l’aise en écoutant les compositions de cette formation imprévisible? La magie ne sera jamais la même que pour les quatre premiers albums, c’est indéniable, seulement quand on aime le mouvement alternatif, on apprécie BGAE, car aucun des titres qui le composent n’est potentiellement mauvais. Energique, et logiquement bien produit par Sir Bob Rock, le responsable de la réorientation amère de nombreux grands groupes, ce septième méfait reste malgré tout fort plaisant surtout grâce aux nombreux détails inventifs de la part du guitariste Duffy, toujours adepte de l’utilisation d’un chorus/flanger qui fait partie de la marque de fabrique des Cult. Astbury, quant à lui, a abandonné les cheveux longs, et s’il n’a pas à pâlir d’un timbre unique et identifiable, le gus a tendance à trop laisser son chant couler, esquivant de manière globale les effets de voix torrides des débuts.

Entrée nerveuse avec «War» où l’on découvre le son énorme de la guitare, entre heavy rock et métal alternatif, parfois très incisif comme sur le single «Rise» ou au contraire lourd comme pas possible  avec les très typées stoner à la Kyuss «Shape The Sky», «Ashes and Ghosts» et «The Saint». Pas de ballades mais les morceaux agréables que sont «True Believers» et surtout «Nico», avec son refrain à la mélodie de guitare de toute beauté, évite à l’ensemble d’être trop homogène. L’album se finit sur un titre un peu à part, «My Bridges Burn», où l’influence de Monster Magnet est palpable.

Au final plus qu’un simple album de rock/métal alternatif se fondant dans la masse, The Cult nous a offert une bonne dose de stoner rock, pas aussi underground que le revendique le genre mais qui propose tout de même un rock moderne autre que la fusion ou le post-grunge. Malgré un échec commercial suite aux raisons évoquées plus haut, BGAE a sa place dans la discographie de ce groupe qui n’a pas fini de nous surprendre.

Laurent.

Ten – Stormwarning

Genre: hard-rock mélodique      ®2011

Qu’est-ce qu’on a retenu du hard rock britannique depuis sa création au milieu des années 60? Led Zep’, Deep Purple, Queen, Mötörhead, que des noms évoqués lors de débats musicaux entre aficionados cherchant à défendre un genre considéré comme désuet pour les générations post-1990. Si la plupart de ces grands groupes sont éteints à l’heure actuelle, il n’est pas s’en rappeler que beaucoup d’artistes n’ont pas l’intention de laisser le flambeau s’éteindre, même en proposant la même recette encore et encore.

Hugues (Gary, pas Glenn, voyons…) est justement un des meilleurs exemples de ce plaisir à parcourir les sentiers battus tout en y apportant une marque de fabrique spécifique, une voix posée qui transporte tout en étant beaucoup moins expressive qu’un Plant ou un Joey Tempest, et un goût prononcé pour le rock mélodique.

Ten est donc un groupe de hard rock mélodique, dont Stormwarning est le dixième album studio en quinze ans. Produit par Dennis Ward, ce dernier opus comporte un joli livret réalisé par le dessinateur d’heroic-fantasy Luis Royo que l’on aura plaisir a parcourir durant une bonne partie de l’écoute.

Tiens l’écoute, venons-en: long d’une heure et six minutes, Stormwarning détient autant de perles que de morceaux fades. L’oeuvre commence sur une touche non loin de l’excellence avec le très réussi «Endless Symphony» avec son intro tribale menée par un Paul Hodson inspiré suivi d’un riff énorme et d’un refrain mémorable, incontestablement LA pépite de l’album. D’autres morceaux tirent leur épingle du jeu comme la très british «Stormwarning», la plus classique mais entraînante «Book of Secrets», ainsi que «The Hourglass and the Handside» avec ses allures de tube et surtout l’épique «Destiny» qui fera la paire avec le premier morceau en terme d’efficacité. La présence de balade «Love Song» est également un bonus en ce qui concerne les morceaux accrocheurs.

C’est clair, Ten aurait pu frapper un grand coup en continuant dans cette lancée, seulement il a fallu que la bande à Hugues s’attarde sur des mollusques comme «Centre of My Universe» et son intro aux faux airs de Metallica, l’inutile «Kingdom Come» trop longuette pour ce qu’elle offre ou «The Wave» faisant office de balade pompeuse comme pas possible. Heureusement que la plus fun «The Darkness» empêche le voyage de s’achever sur une mauvaise note.

Sans trahir ses convictions, Ten propose un album certes mitigé mais majoritairement agréable. On aurait apprécié un peu plus de titres moins longs, mais on ne peut pas cependant reprocher aux britanniques d’être des vétérans du genre, surtout en y incorporant une couleur mélodique assez personnelle. Et puis la voix de Hugues, on l’apprécie ou on la déteste, aucun juste milieu n’a lieu d’être, mais ce sera un tantinet dommage de ne pas s’intéresser au talent de ce monsieur prolifique. La «tempête» a quand même fait son petit effet, mine de rien…

7/10

Laurent.

 

Kansas – Kansas

Genre: progressif                   ® 1974

Jusqu’en 1974, King Crimson fût le seul groupe estampillé prog’ a réaliser un coup de maître dès le premier album. La notoriété de Genesis et de Yes ne débutant que vers 72, il ne manquait plus de voir qui d’autre allait réaliser un tel exploit. C’est alors que deux groupes sortent simultanément leur premier album éponyme en mars 1974, Rush et Kansas, qui marqueront une ère nouvelle du prog’ en incorporant des sonorités hard rock au genre.

Si la cote de Rush s’est étendue rapidement grâce aux nombreuses diffusions radios, celle de Kansas devra attendre l’apparition de leur troisième opus Leftoverture deux an après pour que les qualités de ce premier album soient justement reconnues. Pourtant le groupe avaient nombre d’atouts pour faire vibrer la Terre entière de manière instantanée: un Phil Ehart hystérique derrière ses fûts, un Dave Hope qui fait gronder sa basse aussi bien qu’un certain Roger Glover, un Kerry Livgren aux effets de gratte hallucinogènes, un violoniste virtuose qui répond au nom Robbie Steinhardt également vocaliste, et surtout l’apparation d’un Steve Walsh qui donne une seconde vie à l’utilisation du clavier tout en possèdant une voix extrêmement envoûtante et d’un Richard Williams en tant que second guitariste qui apporteront la touche « boogie » qui fera toute l’originalité de ce combo magique.

Ici on ne vous parle pas d’un groupe qui se perd dans des expérimentations sonores à dormir debout, ou de six crétins essayant en vain de ramasser les restes de Deep Purple ou King Crimson, il est vraiment question d’une entité à part sobrement intitulée Kansas. Plus directement, c’est à de la magie qu’on à affaire: celui qui n’aurait pas envie de remuer ses fesses sur « Bringing It Back » et « The Pilgrimage », de tout casser avec la fusée « Belexes » (ce jeu de basse et ce solo de batterie à couper le sifflet net…!!) ou de verser des larmes avec « Lonely Wind » et « Journey From Mariabronn » (notons que le violon est là pour ça), devra s’expliquer de son mépris ou se cacher de sa cruelle absence d’un coeur.

Plus sérieusement, Kansas résulte non seulement d’un travail de pros millimétré, mais on sent également un feeling émotionnel qui sera présent tout au long des huit titres, un peu moins sur la quasi-instrumentale « Death Of Mother Nature Suite » – Steinhardt ne fait que deux brèves démonstrations de son timbre rugueux – où le rythme alterne entre cocktail explosif de tous les instruments et passages plus aériens qui laisse chaque musicien se placer en lead. Il faut dire que le groupe doit beaucoup au défunt producteur Don Kirshner, « l’homme à l’oreille d’or » qui les accompagnera dans leurs meilleures heures de gloire tout en épaulant d’autres formations émergentes de l’époque comme Journey, Blue Öyster Cut et même Pink Floyd.

Voici donc un monument intemporel, premier bienfait d’un groupe dont la renommée de fera que grimper jusqu’à ce que le plus « variét » Audio Visions pointe son nez en 1980 et finisse par diviser la formation. Les Kansas sont considérés comme les pionniers du rock symphonique, c’est donc à ce premier album éponyme que bon nombre de formations actuelles doivent leur succès, mais peu (aucune?…) ont su montrer un telle connexion émotive avec l’auditeur. Plus qu’une tuerie, une révélation, un sacre. Majestueux.

9,5/10

Laurent.