Korn – Issues

Genre: nü-métal                   ®1999

Seulement quelques mois après la sortie de Follow The Leader, les cinq vétérans de Korn, visiblement dépassés par le succès phénoménal de leur dernier bébé, se penchent déjà sur ce que pourrait contenir leur prochain album. Parti sur l’idée de revenir à l’aspect minimaliste et brut des deux premiers efforts, les longues sessions de répétitions ont finalement permis au groupe de se remettre en question et finalement d’évoluer dans la sphère de Follow The Leader en perfectionnant les ambiances sombres qui font son charme.

La célèbre peluche en guise de pochette a été réalisée par un fan suite à un concours lancé par le groupe pour « qui représentera le mieux Issues sans même l’avoir écouté ». Point d’enfant cette-fois mais le parallèle est tout à fait plausible.

Plus rentre-dedans que son prédécesseur, et également moins porté sur le hip-hop, Issues a été enregistré de manière spontanée comme les deux premiers opus, si bien que les arrangements, s’ils ne sont pas non plus en retrait, rendent le tout intelligent plus que « surfait ». L’ouverture « Dead » avec la célèbre « kornemuse » annonce une couleur primordiale: Jonathan Davis a considérablement amélioré son timbre pour pouvoir enfin chanter véritablement. Le phrasé-rappé mis de côté, la voix de Davis est désormais au premier plan des mélodies imparables du groupe, juste devant le duo de guitaristes. Comment ne pas vibrer sur le refrain mélancolique de « Trash », sur les relents pop de « Somebody Somewhere » ou sur « Make Me Bad » , marqué par les derniers relents hip-hop qui sont tout de même à l’origine du genre.

C’est également un plaisir de retrouver les racines brutales de la formation: « Beg For Me » où Davis et le frappeur unique en son genre David Silveria ont chacun développé une technicité dans leur domaine, un chant à la fois rauque, puissant et clair en même temps pour le premier et des roulements diaboliquement résonnants pour le second. « Wake Up » démarre en folie pour aboutir sur un couplet calme suivi d’un refrain ultra-mélodique.

Finalement plus diversifié qu’il n’y paraît, Korn a atteint un haut niveau avec Issues. Si Follow The Leader avait dérouté les adeptes des deux premiers (mais en a quand même amené deux fois plus), le monstre Issues a mis tout le monde d’accord. Un album magistral qui clôt parfaitement le culte des années 90, entraînant avec lui une nouvelle façon d’aborder le néo-métal.

Laurent.

Korn – Follow The Leader

Genre: nü-métal                       ®1998

Après la parution des classiques Korn et Life is Peachy, une horde de clones éclot essentiellement sur le territoire américain en l’espace de quelques mois, chacun tentant à son tour d’atteindre la première place du podium « Néo-métal ». Si le premier Coal Chamber (et son énorme tube « Loco ») ainsi que Wisconsin Death Trip de Static-X ont un succès imminent, tout le monde attend néanmoins la troisième offrande du combo  de Baskerfield de pied ferme. Et ce qui devait se passer s’est foutrement bien déroulé: en plus d’avoir pondu des titres irrésistibles, Korn se réinvente et révolutionne une seconde fois le métal. Se sentant trahi par Ross Robinson qui a offert un son similaire au Roots de Sepultura, le quintet se sépare de son mentor et en trouve rapidement un à son goût, Mr. Toby Wright (Alice In Chains, Primus), le responsable de ce nouveau son plus propre et tout aussi massif.

Les douze plages de silence représentent une minute de deuil pour le petit Justin qui, juste avant de quitter la vie, a formulé le souhait de voir Korn sur scène; petite anecdote qui devrait expulser tout rapprochement avec quelconque enregistrement foireux… et voilà que retentit l’intro extra-terrestre de « It’s On! » suivie d’un riff de 10 tonnes signé la paire Munky/Head. Les deux guitares se répondent sans cesse au fil des morceaux et forment une sorte de « base » pour chacun d’eux, d’où cette flopée de hits puissants et surtout authentiques, car oui, Follow The Leader se veut plus hétérogène que ses prédécesseurs. Là où ces derniers n’effleuraient que de peu le hip-hop, FTL l’embrasse sans concession. Avec quelques duos rap (« Children  Of The Korn » avec Ice Cube, « All In The Family » en compagnie de Fred Durst et « Cameltosis »), Korn cherche l’hétéroclisme mais y parvient à demi-teinte, car aucun de ces trois titres n’a l’ampleur d’un « Freak On A Lesh » et son refrain inoubliable, d’un « Dead Bodies Everywhere » porté par la basse ultra-claquante de Fieldy, d’un « Pretty » au son étrange ou d’un « Got The Life » qui reste à ce jour le titre le plus accessible de la formation avec son beat presque dance.

Troisième album et troisième coup dans le mille. Le maître ne déloge pas de sa place et se permet même d’en faire taire plus d’un. Un grand pas pour Korn et un pas de géant pour le métal.

Laurent.

 

Korn – Life is Peachy

Genre: nü-métal                        ®1996

Round 2. Sorti deux ans après la révolution éponyme, Life is Peachy, également enregistré sous l’aile de Ross Robinson, enfonce le clou en ce qui concerne l’ambiance sombre et la lourdeur du son. Dans la droite lignée de son prédécesseur, le quintet affiche une musique toujours aussi peu technique mais aux influences nombreuses entre death, métal alternatif et hip-hop.

Jonathan Davis, qui a travaillé sa voix, continue de cracher ses démons à la face du monde à travers des titres nerveux comme « Chi » et « Good God », de même que le groupe s’en sort formidablement sur des titres plus mélodiques comme l’incontournable « A.D.I.D.A.S » ou « Mr Rodgers ». Munky et Head enchainent les riffs en plomb et simulent toujours aussi bien les samples rap, Fieldy écrase l’auditeur avec sa basse cinq cordes (« No Place to Hide », « Ass Itch ») tandis que David Silveria impressionne toujours autant de sa frappe unique (belle performance sur la jazzy « Porno Creep »). Les premiers duos sont de la partie: « Wicked » en compagnie d’Ice Cube et de Chino Moreno, et « Low Rider » où Ross Robinson intervient avec quelques « sh*t » par-ci par-là en accompagnant la cornemuse de Davis.

En seulement deux albums, les Caiforniens confirment qu’ils sont maîtres de leur époque. La machine Korn semble instoppable, elle est autant aimée que détestée, mais sa position de leader restera confirmée pendant plusieurs années.

Laurent.