Korn – Take A Look In The Mirror

Genre: nü-métal                     ®2003

Korn is back. Moins d’un an après le sortie du surproduit mais néanmoins intéressant Untouchables, Davis et sa clique, désireux de revenir à quelque chose de primaire comme le furent les deux premiers opus, enregistre en quelques semaines Take A Look In The Mirror, album aux accents agressifs et volontairement moins travaillé que son prédécesseur. La basse n’a jamais été autant mise en avant, Davis réintègre des hurlements dans son chant, les cymbales fusent et le son des guitares est des plus crades, en clair, l’ensemble se veut un peu moins accessible et pourtant, c’est un plaisir de retrouver les éléments qui font la force des Leaders du néo-métal. Le titre d’ouverture et premier single « Right Now » résume à lui seul l’histoire de ce groupe en constante remise en question, qui pour cette fois, s’est davantage attardé sur les attentes de son fan club que sur ses convictions.  Entièrement produit par Jonathan Davis, Take A Look In The Mirror est assez loin de toute prétention, proposant même un duo avec le rappeur Nas sur « Play me », sachant qu’il n’y en a pas eu depuis Follow The Leader.

Ce retour aux sources n’est pourtant pas signe de similitude avec Korn ou Life Is Peachy, car en dehors de cette spontanéité bienvenue, quelques détails montrent que le groupe n’a pas délaissé ses acquis: Jonathan Davis continue de chanter comme il le faisait très bien sur Issues et Untouchables,  et ce goût prononcé pour la mélodie mélangé à une ambiance sombre est encore plus évident, en témoigne des titres sympathiques comme « Here It Comes Again », « Deep Inside » ou « Everything I’ve Known » aux refrains qui restent facilement en tête. D’autres morceaux s’appuient sur la brutalité à l’instar de « Break Some Off » ou « Let’s Do This Now », et aux grand dam des fans, « Alive » propose même une réédite du riff de « Need To » (3è piste du premier album) pour le refrain de « Alive ».

Retour convaincant pour certains, bluff imbuvable pour d’autres, ce sixième album de Korn n’a jamais eu la prétention de faire avancer la discographie des Californiens mais seulement de faire plaisir aux adorateurs et aux personnes ayant réfuté Untouchables. Rien d’impressionnant, pas vraiment d’innovation et de grand pas en avant mais un bon moment qui représente également le dernier enregistrement avec le regretté Head qui a rendu l’arme début 2005 pour des raisons personnelles. Mais Korn, même à quatre, c’est ad vitam eternam, et il le prouveront deux ans plus tard avec le très bon See You In The Other Side.

Laurent.

Korn – Untouchables

Genre: métal alternatif              ®2002

Trois longues années d’attente pendant lesquelles les quatre premiers albums de Korn (et surtout Issues) auront tourné en boucle ont précédé la sortie d’Untouchables. Au début de l’année 2002, le single « Here To Stay » avait plutôt mis l’eau à la bouche en dévoilant divers aspects positifs de la nouvelle orientation des Leaders du néo. Car justement, c’est bien parce qu’il se sont une nouvelle fois éloignés de leurs clichés que les Korn avaient une nouvelle fois impressionné l’audimat. Le son de guitare est toujours aussi énorme mais l’ensemble n’a jamais aussi bien été produit et Jonathan Davis a encore développé son chant si bien que les dernières bribes de chant-parlé de Issues ont ici totalement disparues.

Le bon point réalisé par « Here To Stay » ne sera hélas pas optimisé par l’ensemble des morceaux d’Untouchables. Premièrement, la production signée Michael Beinhorn (Superunknow de Soundgarden, Mechanical Animals de Manson) est, d’après le groupe lui-même et c’est absolument vrai, un peu « too much » pour un groupe de métal. La basse de Fieldy est bien moins cinglante, les riffs ne sont pas toujours identifiables, nagés dans une surpuissance anarchique, et David Silveria a sévèrement limité ses boucles de batterie pour un rendu beaucoup plus porté sur l’émotion que sur quelconque technicité. On peut évidemment parler de maturité mais l’essence même de ce qui nous a fait aimer Korn a presque totalement disparue. Certains morceaux tels « One More Time » ou « Wake Up Hate » sont assez indigestes, dénué d’intérêt, non parce qu’ils sonnent pop ou indus mais tout simplement parce qu’aucun instrument, pas même la voix de Davis, ne parvient à faire ressortir quelconque mélodie prenante. De ce côté, aux premiers abords, l’incompréhension a eu sa place mais finalement, on ne peut pas reprocher au groupe d’avoir pris le risque de s’adonner à un style moins définissable et original dans le fond, seulement la nostalgie de cette musique sombre, violente aux reflets hip-hop fait défaut.

Ceci dit, il est inconcevable de parler de faux-pas. Korn a mué, le groupe a encore changé de son, toujours en avance sur son temps, il a évolué vers des ambiances popisantes et quelques fois mielleuses mais Untouchables contient quelques titres où l’on reconnait la qualité de composition du Maïtre, par exemple le présenté plus haut « Here To Stay », le dévastateur « Throughtless » avec son riff pesant et un Davis qui offre une performance honorable en alternant chant clair et chant rauque ou « Embrace ». Certains diront qu’ « Alone I Break » est une trahison pop, mais il s’avère au contraire que ce break atmosphérique colle parfaitement à l’esprit du groupe, qui avait déjà essayé et complètement réussi l’expérience sur Issues avec « 4U ». Le final « No One’s There », linéaire, est également une petite perle d’élégance et d’ouverture, laissant présager le futur penchant du groupe pour l’industriel.

Déception ou reconnaissance d’un mythe en constante mutation? Le bon sens pousse à la deuxième proposition, puisqu’au final Untouchables se laisse agréablement écouter avec des passages initialement pompeux qui finissent par se moudre dans la puissance inédite proposée. Un goût pour le changement assumé (en dehors de la surproduction) et malgré le flop commercial, les Californiens ont été reconnus pour leur talent par les critiques, alors peut-être qu’en mettant de côté l’esprit « survêt’ Adidas », il est possible de voir en Untouchables l’album le plus abouti de la formation.

Laurent.

 

Korn – Issues

Genre: nü-métal                   ®1999

Seulement quelques mois après la sortie de Follow The Leader, les cinq vétérans de Korn, visiblement dépassés par le succès phénoménal de leur dernier bébé, se penchent déjà sur ce que pourrait contenir leur prochain album. Parti sur l’idée de revenir à l’aspect minimaliste et brut des deux premiers efforts, les longues sessions de répétitions ont finalement permis au groupe de se remettre en question et finalement d’évoluer dans la sphère de Follow The Leader en perfectionnant les ambiances sombres qui font son charme.

La célèbre peluche en guise de pochette a été réalisée par un fan suite à un concours lancé par le groupe pour « qui représentera le mieux Issues sans même l’avoir écouté ». Point d’enfant cette-fois mais le parallèle est tout à fait plausible.

Plus rentre-dedans que son prédécesseur, et également moins porté sur le hip-hop, Issues a été enregistré de manière spontanée comme les deux premiers opus, si bien que les arrangements, s’ils ne sont pas non plus en retrait, rendent le tout intelligent plus que « surfait ». L’ouverture « Dead » avec la célèbre « kornemuse » annonce une couleur primordiale: Jonathan Davis a considérablement amélioré son timbre pour pouvoir enfin chanter véritablement. Le phrasé-rappé mis de côté, la voix de Davis est désormais au premier plan des mélodies imparables du groupe, juste devant le duo de guitaristes. Comment ne pas vibrer sur le refrain mélancolique de « Trash », sur les relents pop de « Somebody Somewhere » ou sur « Make Me Bad » , marqué par les derniers relents hip-hop qui sont tout de même à l’origine du genre.

C’est également un plaisir de retrouver les racines brutales de la formation: « Beg For Me » où Davis et le frappeur unique en son genre David Silveria ont chacun développé une technicité dans leur domaine, un chant à la fois rauque, puissant et clair en même temps pour le premier et des roulements diaboliquement résonnants pour le second. « Wake Up » démarre en folie pour aboutir sur un couplet calme suivi d’un refrain ultra-mélodique.

Finalement plus diversifié qu’il n’y paraît, Korn a atteint un haut niveau avec Issues. Si Follow The Leader avait dérouté les adeptes des deux premiers (mais en a quand même amené deux fois plus), le monstre Issues a mis tout le monde d’accord. Un album magistral qui clôt parfaitement le culte des années 90, entraînant avec lui une nouvelle façon d’aborder le néo-métal.

Laurent.