Auvernia – Afraid of Me

Genre: Power-progressif         ®2010

Aaaah… l’Auvergne et ses sources de jouvence qui nous apportent cette fraîcheur de vie… Pardon? Auvernia, un groupe de Power-prog argentin? Oui peut-être, n’empêche qu’il n’est pas question de hors-sujet quand on parle de fraîcheur, car le quatuor sud-américain est tout sauf un ersatz de ses voisins d’Angra (ou Shaman), ni des grosses pointures nord-américaines que sont Symphony X et Dream Theater.

Pour être précis, les influences des monstres cités ne sont pas inexistantes, mais le groupe s’en est servi pour tenter de sortir un peu du lot. Pari plus ou moins réussi, car c’est évidemment difficile d’être un groupe de prog original de nos jours. Groupe inconnu du bataillon, c’est une nouvelle fois la pochette qui attise la curiosité: qui dit belle pochette dit beau travail, hélas cette année, Shaman nous aura bien entubé par la présence catastrophique de son nouveau chanteur, si l’on peux le présenter ainsi…

Auto-produit, Afraid of Me écope d’une prod’ en béton: tous les instruments sont identifiables et propres, point très important pour un tel album.
« Meeting », qui ouvre l’album, fait peur dans les premières minutes d’écoutes. L’introduction est une mise en scène remarquable avec ses claviers et son riff saccadé, mais sans trop tarder, on découvre comme pour tout groupe de métal progressif qui se respecte (excepté Angra et Symphony X, et encore…), que le chant aigü de Fernando Varela, également guitariste, est très moyen. C’est cependant avec surprise qu’il se rattrape sur le refrain et surtout avec ce chant guttural sur la deuxième moitié du titre, qui forme une sauce plutôt excitante avec les nombreux changements de rythmes (Dream Theater, oui, mais sans le faiblard James LaBrie).

Il s’avèrera par la suite que Fernando Varela est bien à sa place, quand il n’essaie pas de Dickinsoniser son chant aigü. « Throw Your Fear Away » part moins dans tous les sens, grosse rythmique où se croisent solos de claviers et de guitares, avec des couplets gutturaux appréciables.
Une chose est sûre, même si on ne peut s’empêcher de penser à la bande à Portnoy sur certains passages (« Anguish » et son solo de clavier, la semi-ballade « Ode to Life »), Auvernia se veut plus « couillu », plus dur, n’hésitant à caler des gros passages death/black dans ses structures déjà bien fichues. Pour ainsi dire, l’album ne souffre d’aucun temps mort, un concentré de brutalité modérée, intelligente, portée par un Varela (encore lui) qui se veut virtuose dans les solos. Nous n’irons pas jusque dire qu’on à affaire à un groupe hors du commun, mais à l’écoute de titres comme « No Time For Time » et son final jazz, « Out Of My Hands » ou le final « We Are Complete », on ne peut que s’incliner.

Grosse surprise en effet, quand on sait que le terme prog est devenu synonyme d’ennui car généralement la technicité n’est jamais embrassée par l’émotion, ou pas suffisamment pour combler la longueur des morceaux. Hormis ces quelques passages où le frontman n’a pu nous épargner ses fausses notes, la maîtrise instrumentale et les ambiances générées par celle-ci sont à applaudir. Le bassiste Leornado Gabriel Adam n’a plus rien à apprendre d’un Myung qui se fait un tantinet discret dans son groupe depuis Systematic Chaos, et on en dira autant pour Juan Pablo (batterie) et Maximiliano Vaccaro (claviers).

Buenos Aires, le berceau du Tango? Non, Buenos Aires, le berceau des belles surprises métal. Une affaire à suivre de très, très près…

Laurent.

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Demians – Mute

Demians - MuteGenre: Progressif                            ® 2010

Le premier semestre 2010 aura vu l’apparation de deux chef d’oeuvre de prog rock: le We’re Here Because We’re Here d’Anathema et ce Mute de Demians. Ce qui les différencie: là où We’re Here… nous entraîne avec ses influences post-rock, Mute est un peu plus varié, presque trop, mais c’est ce qui donne cette envie irresistible de redécouvrir l’album après chaque écoute.

Plus rentre-dedans que son prédécesseur, Building An Empire (2008), chaque morceau à son ambiance, du métal atmosphérique de « Swing of the Airwaves » à l’ambient-pop de « Black Over Gold » et de « Falling From the Sun » qui rappellent légèrement les islandais de Sigur Ròs en passant par les plus accessibles et énervés « Feel Alive » et « Tidal », ainsi que l’oriental « Overhead ». Il faut reconnaître que Nicolas Chapel est un virtuose, qui n’a presque plus rien à envier à un certain Steven Wilson (Porcupine Tree) dans le genre.

Voilà donc un opus vraiment respectable, en tout point, qui ravivra surement tous les publics. Il y’en a vraiment pour tous les goûts. Un artiste jeûne qui fera facilement sa place parmi les grands.

Laurent.

The Devin Townsend Project – Addicted

The Devin Townsend Project - AddictedGenre: Prog’ métal           ® 2009

Ayant découvert Devin Townsend au sein de son premier groupe, la machine de guerre Strapping Young Lad, j’ai également suivi de près la carrière solo du virtuose canadien (sous le nom de The Devin Townsend Band) depuis Ocean Machine (1996).

Début 2009, le gaillard fonde The Devin Townsend Project, et nous pond un premier album, Ki, assez peu facile d’accès par son côté trop atmosphérique et expérimental. Je m’attendis donc à une rebelote pour Addicted, sorti en décembre 2009 (je suis en retard, oui)
Et bien non. A ma plus grande surprise, c’est un retour aux grosses guitares et à des compos bien moins complexes qu’on à affaire ici. Contrairement à son prédecesseur dont l’intégralité de l’instrumentation à été enregistrée par Sir Townsend lui-même, Addicted est l’oeuvre de musiciens invités spécialement pour, dont la charmante Anneke van Giersbergen (The Gathering) qui officie en tant que chanteuse-accompagnatrice de Devin, ce qui n’est pas pour me déplaire (étant admirateur des Néerlandais).

Pas de temps perdu à l’écoute de cette petite perle: dès les premiers morceaux, « Addicted » et « Universe in a Ball », on sait qu’on a affaire à du lourd, du très lourd même, sans pour autant parler de violence, grâce aux nappes de claviers et à la voix exceptionnelle de l' »Alien » . Ensuite intervient Anneke sur « Bend it like bender » et « Supercrush », et j’ai l’impression que je ne l’ai jamais aussi bien entendue chanter depuis Nighttime Birds (1997) des Gathering. Absolument envoûtante et accrocheuse, en plus d’être originale, cette nouvelle recette fait évidement mouche.

Sans trop s’éterniser sur le sujet, même s’il le mérite, je conseille donc à tout bon écouteur recherchant la nouveauté d’accorder de l’attention à ce dernier opus du « chirurgien du Métal » (c’est vrai, il décortique tout, ce Devin!) et attends avec impatience de voir ce qu’il nous réserve pour la prochaine fois.

Laurent.