Metallica – St.Anger

Genre: stoner/thrash               ®2003

« Mais que Diable arrive-t-il au voisin pour taper aussi fort dans une casserolle? C’est d’autant plus rigolo que le rythme coïncide avec celui de la musique! Ah non, quel idiot… c’est encore Lars Ulrich qui a réglé sa batterie comme un manche! »

Bien entendu, ce faux-vécu n’est là que pour amuser la galerie (et encore), n’empêche que cette caisse claire qui tape sur le système est la première chose qui nous vient à l’esprit lorsqu’on pense à St. Anger, la deuxième étant de se demander ce qu’a foutu Bob Rock derrière les manettes. Pas grand chose en vérité puisqu’il occupait le poste de bassiste suite au départ de Newsted en 2001 et avant que Robert Trujillo (ex-Suicidal Tendencies) ne soit embauché. Ca y’est, les Mets ont pété une durite et ne veulent plus s’emmerder avec des structures quelque peu complexes. Celà veut-il dire qu’ils se font vieux? Absolument pas. Au contraire, en dépit d’une prod’ volontairement naze, le groupe ou plutôt James Hetfield et Lars Ulrich affichent une forme du tonnerre. Et Kirk Hammet dans tout ça? Absent. Ouais, ouais, absent comme la matière grise dans le cerveau de Paris Hilton. Aucun solo, rarement à l’unisson avec les rythmiques du chanteur/guitariste, que pasa? De toute manière, quand un des membres est en retrait dans un disque de Metallica, c’est qu’il se cache quelque chose de spécial derrière. Si …And Justice For All laisse entendre que la mort de Cliff Burton a mal été digérée, St. Anger envoie chier tout ce qui peut avoir attrait au passé du groupe.

On parle à droite à gauche de nü-metal. Et bien même en tant qu’amateur de néo, il m’est inconcevable de placer St. Anger aux côtés de Korn ou Deftones, en revanche tant que mordu de stoner, le rapprochement me semble plus solide. Le groupe n’avait-il pas auditionné un certain Scott Reeder actuellement bassiste de Kyuss (Lives!)? Quelle coïncidence, n’est-ce pas? Depuis sa sortie, je m’évertue à le présenter comme un putain de disque de stoner metal avec ce son me rappelant par moment Kyuss époque Blues For The Red Sun (1992) avec des (une?) guitare(s) moins prononcée(s) mais tout aussi crade(s). Prenez « Some Kind Of Monster » ou « My World » par exemple, et imaginez un instant que John Garcia remplace Hetfield. C’est du Kyuss tout craché! Je sais, vous avez compris, d’ailleurs ce n’est pas vrai pour tous les morceaux. Tiens, serait-on en train de parler de diversité? Avec le speed-thrash de « Frantic » et les presque-néo (mais pas néo) « St.Anger », « Invisible Kind » et « Purify », c’est clair qu’il y a à boire et à manger sur ce disque.

Enfin voilà, quoi. Les plus sages d’entre vous se tiendront à maintenir St.Anger au Panthéon des plus mauvais albums de rock de la planète, tandis que les plus tordus l’accepteront tel qu’il est. Pas de juste milieu, on aime ou on déteste. Encore une chose: ne venez surtout pas m’emmerder avec des « St.Anger, c’est pas Metallica! » parce qu’un poing comme celui de la pochette -horrible- risque fort d’atteindre votre face en moins de deux, à défaut d’avoir les arguments contre. C’est comme ça…

Laurent.

Metallica – …And Justice For All

Genre: thrash                        ®1988

La véritable force de l’Homme est d’accepter les déboires lui arrivant dans la tronche afin d’ en tirer des leçons et s’en servir pour aller de l’avant. Le 27 septembre 1986, il se passe ce qui peut arriver de pire au monde: un accident du tour bus de Metallica provocant la mort de Cliff Burton alors âgé de 24 ans. Le bassiste était bien plus qu’un musicien talentueux, il était un frère d’armes, un ami aux yeux de ses trois camarades pour qui le coup fût fatal. Mais malgré cette tragédie, il n’est pas question de baisser les bras. Les sessions de recrutement d’un nouveau bassiste débutent courant 1987 et ce poste d’honneurest attribué à Jason Newsted tout juste parti de Flotsam & Jetsam. Les Mets sont de nouveaux à quatre et reprennent les armes pour composer puis enregistrer leur disque le plus sombre . En vue de l’excellent travail de Flemming Rasmussen sur les oeuvres précédentes, le groupe lui paie le billet d’avion pour que le producteur le rejoigne dans leur région au One On One de Los Angeles.

Sans vraiment parler d’album « hommage », …And Justice For All possède une ambiance qui résulte de la perte de Cliff. Même en la présence de Newsted, Hetfield & cie ont un certain mal à accepter cette situation et s’arrangent pour faire passer leur nouveau camarade au second plan. Rarement le son n’avait été aussi percutant sur un album de metal en dépit de l’explosion de thrash et de l’arrivée du death metal (Horrified (1986) de Repulsion, Leprosy (1988) de Death) et ce n’est pas Lars Ulrich qui dira le contraire, s’estimant plus que satisfait du résultat. Effectivement, la batterie a été volontairement mise en avant pour assurer une rythmique brut de décoffrage, de plus les mélodies, bien que présentes et fidèles à Metallica, sont noyées dans une mélancolie omniprésente à travers des riffs violents et parfois inquiétants, en témoignent la fabuleuse ouverture « Blackened » ou « Eye of The Beholder ». Les « Four Horsemen » ont donné le meilleur d’eux-même pour atteindre un niveau technique superieur aux productions précédentes, allant même jusque dépasser les neufs minutes! Il n’y a qu’à se pencher sur « …And Justice For All » ou le somptueux intrumental « To Live Is To Die » pour s’apercevoir que rien n’est remplissage. Et quite à ne pas mettre tout le monde d’accord, ce disque possède le plus beau morceau jamais composé par Metallica: « One ». A l’instar de « Fade To Black », cette semi-ballade commence en douceur avec un duel de guitares clean qui aboutit à un thrash incisif et ultra-percutant au même titre que la plus courte « Dyers Eve » qui clôt de la plus brute des manières AJFA. Ah, j’allais oublier: la pochette est la plus belle de toute leur discographie.

Complètement anti-commercial et intimiste, …And Justice For All reste à ce jour mon plus gros coup de coeur de la part des Californiens. Comment? C’est une honte que Jason Newsted soit inaudible? Non, c’est une honte de se servir de ce détail comme prétexte juste pour le plaisir de baver sur un album et tant qu’à faire sur un groupe qui mérite son succès. Bref, un ultime coup de poing thrash avant le virage choquant du cinquième album. Il faudra attendre vingt ans avant de revoir le plus gros groupe de metal renouer avec le thrash d’antan, mais vous savez, il s’est passé d’excellentes choses entre temps, et je suis là pour vous le prouver avec un argumentaire toujours aussi impeccable. N’est-ce pas vrai?

Laurent.

Metallica – Master Of Puppets

Genre: thrash                      ®1986

Dans la famille « overdose d’un album de Metallica », on demande Master Of Puppets. Il est certain que bon nombre d’entre vous vont se dire qu’il ne faut pas être net pour se lasser d’un album comme Master Of Puppets et vous auriez plutôt raison puisqu’après tout, ce troisième album des Mets est encore considéré comme une des plus grandes pièces de la musique par bon nombre de metalheads. Pourquoi donc aller à l’encontre de la majorité absolue? Peut-être bien parce que je ne suis pas net, et ce statut d’arriéré me pousse aujourd’hui à lui préférer les albums suivants. Mais outre ce point de vue complètement subjectif, loin de toute pensée parasite, il me faut reconnaître que Master Of Puppets  a beaucoup tourné dans la platine et que c’est, en toute objectivité, un sacré disque.

Fin 1985: même studio que pour Ride The Lightning (1984), même co-producteur aussi, tout va pour le mieux chez les Four Horsemen en plein enregistrement de leur plus gros succès à ce jour: Master Of Puppets. Ce dernier écope d’une production monstrueuse rarement égalée pour un disque de thrash metal ainsi que d’une superbe illustration de Don Brautigam en guise de couverture. Cette fois, ce n’est pas neuf mais huit morceaux, dont quelques uns font partie des plus longs de la carrière de Metallica, qui constituent MOP. Que pourrais-je bien dire de plus que vous ne sauriez pas? Que « Master Of Puppets », le plus gros hymne du combo et certainement leur morceau le plus repris, ne doit pas faire de l’ombre à des « Welcome Home (Sanitarium) », « Lepper Messiah » ou « Damage Inc. » tout aussi magnifiques? Que Kirk Hammet fait de magnifiques solos? Que Lars Ulrich, malgré sa frappe unique, est toujours aussi médiocre? Enfin bref, sinon comme d’hab’, les confettis sont réservés à l’instrumental nommé ici « Orion », composé par un Cliff Burton toujours plongé dans ses bouquins.

Un album génial, parfait ou quasi-parfait dont la suprême a fini par avoir raison de mon ressenti. Des titres qu’on entend à presque toutes les attentes de concerts ou en soirée dont on ne fait plus attention -on, c’est moi, bien entendu- parce que la surenchère fait que trop de bonnes choses tuent les bonnes choses. Je finis même par le trouver surestimé par rapport à bien des oeuvres dans le metal mais bien entendu, il n’est nullement question d’essayer de dégoûter qui que ce soit à des fins personnelles, car Master Of Puppets représente l’apogée du savoir-faire de Metallica avant le, pour ma part, très classe …And Justice For All. Il est aussi le dernier disque enregistré en compagnie de l’irremplaçable Cliff Burton. « MASTER! MASTER! »… ouais, ouais, ouais, on a compris!

Laurent.