Sepultura – Arise

Genre: thrash metal                 ®1991

Deux ans après le splendide Beneath The Remains, qui marquait un nouveau départ vers un thrash inspiré par Slayer et Metallica tout en ayant sa patte, les Brésiliens rejoignent leur ami Scott Burns aux Morrisound Studios pour enregistrer leur nouvel album sur place, dans des conditions bien plus confortables qu’au Nas Nuvens à Rio. Dans la continuité du virage emprunté sur BTR, ce quatrième opus est encore plus rapide et maîtrisé néanmoins le death ne fait plus du tout partie du langage du groupe, ainsi Arise marque une nouvelle ère entièrement consacrée au thrash. A vrai dire, il n’y a que la pochette, une nouvelle fois réalisée par Michael Whelan, qui raccroche Sepultura à ses racines. La ressemblance avec les pères du thrash est encore plus évidente ceci dit le groove, tout juste intégré dans le métal, est palpable et permet à Arise de ne pas trop souffrir de comparaisons empoisonnantes.

En grands dénonciateurs de la cruauté des gouvernements sud-américains, Max, Igor, Andreas et Paulo Jr. ne se focalisent presque plus sur les thèmes occultes et déversent une rage limite hardcore brisant avec la musique sombre qui faisaient le charme des précédentes réalisations, mais cette nouvelle étape inspire à prendre les armes et à se joindre à la lutte contre l’inhumanité. La dextérité d’Igor est impressionnante tout comme le sont les hurlements de Max, complètement impliqué dans ses histoires. Du mixage d’Andy Wallace, connu pour son travail sur les albums mythiques de Slayer, en ressort un son encore moins brouillon -déjà pas si brouillon sur BTR– où aucun instrument n’est plus en avant qu’un autre. Les guitares sont légèrement plus sur la réserve à l’instar d’un certain Seasons In The Abyss mais la patte Sepultura est bien présente et assènent l’auditeur de riffs inoubliables comme celui de l’ouverture « Arise » ou ceux de l’infernal « Dead Embryonic Cells » mis en valeur par une introduction type industriel qui laisse entrevoir la direction du futur projet de Max, Nailbomb, des contre-rythmes fous et une vitesse d’exécution inédite pour le quatuor.. Le croisement des arpèges inquiétants de Kisser et des grosses rythmiques de Cavalera est toujours aussi bien exploité (« Desperate Cry », « Under Siege »), et pour la première fois, le groupe laisse transparaître ses origines tribales avec les intros de « Substraction » et surtout de « Altered State » que l’on croirait enregistrée en pleine forêt amazonienne.

Moins charismatique que Beneath The Remains mais excellent dans le registre thrash couillu et « à thème », Arise est un missile dont les morceaux d’une grande qualité ont permis à Max & cie de se ranger aux côtés des valeurs sûres du métal. Une baffe dans son genre avant que Chaos A.D, l’album de Sepultura avec lequel j’ai grandi et dont l’affinité qui lui est due est sans précédent pour un disque de thrash, ne démontre un groupe plus déterminé que jamais à laisser son coeur s’exprimer et ainsi se donner une cure de jouvence plus qui force le respect.

Laurent.

Sepultura – Beneath The Remains

Genre: thrash/death              ®1989

Tous les thrashers ont leur « petit » groupe favori. Pour la plupart, le « Big Four » (Metallica, Slayer, Anthrax et Megadeth) reste la référence ultime, ce qui n’est pas une erreur en soi mais il ne faut pas oublier que la scène thrash des 80’s est remplie de perles. Au-delà des excellents successeurs (du Big Four) que sont Exodus, Death Angel, Overkill et ces tarés d’allemands (Sodom, Destruction et Kreator), il y eut au Brésil un groupe, Sepultura,  initialement orienté vers un black/death hyper violent et occulte –Morbid Visions (1985) et Schizophrenia (1987)- qui n’avaient rien à envier aux novateurs Morbid Angel et Possessed. En 1989, Max Cavalera se rend aux Etats-Unis avec des compos toutes fraîches à la recherche d’un label, et c’est dans les locaux de Roadrunner qu’a lieu la rencontre avec le jeune ingénieur du son Scott Burns qui va produire le troisième album de Sepultura, Beneath The Remains.

De retour à Rio, Max et ses compères se réunissent dans le Nas Nuvens, un ridicule studio qui leur est attribué faute de moyens, pour mettre en boite les neuf morceaux du prochain disque. Enregistré en une dizaine de jours, Beneath The Remains bénéficie cependant d’un mixage de qualité aux studios Morrisound en Floride de la part de Scott Burns. L’album, qui ne sonne pas tout à fait comme ceux ricains (ou des allemands), fascine Roadrunner qui débourse des moyens considérables pour sa promotion et sa distribution. La pochette signée Michael Whelan est absolument magnifique et illustre à merveille le contenu de l’opus. Musicalement parlant, la batterie d’Igor écope d’un son percutant et légèrement en avant, de même que les guitares de Max et d’Andreas Kisser atteignent des sommets d’incision quasi-inédits.

Délaissant le death anarchique au profit d’un thrash/death technique et agressif, BTR n’est pas l’album d’un groupe amateur cherchant à jouer plus vite que les autres. Les prouesses de chaque musicien, entre les contre-temps d’Igor, le solo de basse de Paulo Jr. sur le final de « Stronger Than Hate », la voix éraillée et les riffs assassins de Max et le jeu subtil d’Andreas Kisser alternant entre solos mélodiques et arpèges (l’intro de « Beneath The Remains »…miam!), font de ce disque une pure tuerie de A à Z. Sepultura signe un des meilleurs albums de death/thrash de tous les temps et en ce qui me concerne, signe le début d’une grande histoire d’amour avec un groupe qui avait sa propre identité et dont le succès fut sacrément mérité.

Laurent.

Nailbomb – Point Blank

Genre: thrash industriel         ®1994

Il y a des trucs de dingues qui nous arrivent dans la figure un jour ou l’autre. Que ce soit des lèvres pulpeuses, une gifle de maman ou n’importe quel disque de Max Cavalera avant 1996, certains événements vous apporte ce qu’il manquait à votre triste vie : une secousse morale qui sera décisive des choix qui la succéderont. Sans tourner davantage autour du pot, le projet monté par Cavalera et son ami Alex Newport de Fudge Tunnel, Nailbomb, est en partie responsable de mon addiction aux grosses guitares. En dépit de sa discrète sortie en France, Point Blank a tapé là où les albums de Sepultura n’avaient fait qu’effleurer mes petites oreilles d’écolier.

Qui aurait pu prédire qu’un jour Max Cavalera enregistre un album de métal industriel, pardon, de thrash industriel avec un son à décoller du scotch à moquette! Crachant à la figure des politiques responsables des guerillas urbaines, PB est un message avant d’être un album indus de plus. Personne n’a le droit de vivre moins bien qu’un autre et ça, Max l’a bien compris. La rage émanant de ce disque est d’une telle sincérité qu’elle en devient stimulante, on aurait presque envie de saisir le fusil sur la pochette pour le retourner sur la personne visant cette pauvre femme.

C’est clair qu’après s’être éclaté les cervicales avec l’assassin «Wasting Away», il n’est plus possible de faire machine arrière. A mi-chemin entre Ministry , le son de gratte de Chaos A.D et des structures à la Prong, Point Blank ne laisse pas de marbre et fracasse à coups de bûches les têtes les plus coriaces. Il est le genre d’albums qui, sur chaque piste, semblent ressasser la même sauce tout en proposant le petit détail qui va faire la différence: ça sonne purement thrash («Wasting Away», «Cockroaches» et son petit côté Chaos A.D, «24 Hour Bullshit»), ça sonne punk aussi (la reprise du «Exploitation» de DOOM, «Blind And Lost»), et ça sonne archi-méga bien indus (tous les autres titres).

De A à Z, Point Blank est un album de métal pur: pas d’arrangements, c’est crade, c’est violent et c’est chouette. Pas de tubes non plus car Nailbomb était tout sauf un projet à caractère «commercial» selon ses créateurs, et aujourd’hui avec la merveille Internet, tout le monde a accès à ce très bref épisode de la carrière de Max Cavalera (ce qui casse un peu le mythe du «-Tu me prêtes Point Blank de Nailbomb? -NON!»), alors foncez vous en mettre plein les oreilles, adeptes du «Sepultura, c’était mieux avec Max» ou pas.

Laurent.