Anneke Van Giersbergen – Everything Is Changing

Genre: pop-rock                 ®2012

Beaucoup d’entre nous sont un jour tombés sous le charme de la voix envoûtante d’Annexe, reconnaissable entre milles et à l’origine du chant féminin pop dans le métal. Son départ de The Gathering pour un projet personnel de pop un tantinet mièvre a longtemps suscité un certain mépris envers cette pourtant talentueuse créature néerlandaise, mais contre toute attente, Everything Is Changing, derrière ce patronyme quelque peu bateau mais en cohésion avec l’orientation musicale de l’artiste, se cache un retour aux amours du heavy et et de la pop énergique.

Il faut dire que la présence de Jamie Cavanagh n’est pas anodine à ce revirement musical. Lors de la première écoute, outre cette voix qui décidément sait fAire passer les émotions mieux que quiconque, on pense souvent aux ambiances des derniers albums d’Anathema avec un côté volontAirement plus accessible. Exit les délires nian-nian des deux prédécesseurs, Anneke réutilise au mieux sa voix dans cet album à la structure simple mais qui dessert son lot de tubes pop-rock. « Feel Alive » est à Everything Is Changing ce que fût « Thin Air » pour We’re Here Because We’re Here, une ouverture atmosphérique, toute en montée, on en espérait pas autant de la part d’Anneke. Ne rien fAire, se laisser porter pour laisser place à la surprise s’avère être un moyen efficace d’appréhender ce disque.

Et surtout, n’essayez pas de comparer cet effort à des Within Temptation & consorts parce que cette voix qui sourit en permanence est bien plus convaincante quand il s’agit de fAire pleurer de tristesse ou même de joie. On se tape évidemment des morceaux au piano comme « Everything Is Changing » ou « Circles » qui pourraient vite saouler s’ils n’étaient pas entrecoupés de titres bien rock et entraînants (« You Want To be Free », la géniale « Take Me Home » et « Slow Me Down ») ou les quasi-métalliques « Stay » et « Too Late ».

Bon ok, on se permettra UNE comparaison avec WT en ce qui concerne « Hope, Pray, Dance, Play » et « Stay » du coup, qui sont les légers hics de ce qui semble être malgré ça le meilleur album d’Annexe Van Giesbergen depuis « Home » avec les Gathering (on ne compte pas sa participation sur l’excellent Addicted du Devin Townsend Project).

Première bonne surprise de cette année 2012, on espère tout de même que le métal extrême sortira des atouts qui nous empêcheront de nous tourner définitivement vers ce genre de production.

Laurent.

Jane’s Addiction – The Great Escape Artist

Genre: rock alternatif                ®2011

Est-ce un rêve devenu réalité? Jane’s Addiction, groupe de rock alternatif mythique formé à Los Angeles en 1985, que l’on croyait disparu à jamais après la sortie du pourtant sympathique Strays (2003), est bel et bien de retour avec un l’album que l’on attendait finalement plus. Le clip du premier single ”Irresistible Force” a fait son apparition sur la Toile vers la mi-mai, dévoilant pour le coup la direction pop prise par la formation, mais pas que… ce morceau atmosphérique de toute beauté n’a également rien de commun à ce qui se fait en ce moment, et n’a fait que nous mettre l’eau à la bouche en attendant le reste.

Et effectivement, là où l’on s’attendait à un album très pop, juste de quoi se détendre un peu, c’est un coup de masse qui nous atterrit en pleine face. Une écoute attentive aura suffit pour nous convaincre que The Great Escape Artist est le meilleur album de Jane’s Addiction. Varié, extrêmement inspiré au niveau des mélodies et de la structure des morceaux, ce quatrième opus est la preuve qu’il reste encore des artistes capables d’apporter du frais à un univers coincé depuis que Muse et Radiohead expérimentent sans vraiment transformer le plomb en or.

Produit par Rich Costey, qui a entre-autre collaboré avec Muse et Interpol, TGEA décèle un son qui est tout à l’honneur de la qualité des compositions. “Underground” attire d’office l’attention sur la qualité sonore de l’engin: la basse de Dave Sitek, épaulé par le bassiste intérimaire Chis Chaney, est d’enfer, portant quasiment à elle-seule la puissance du morceau, mais attention, les autres ne sont également pas en reste: Perry Pharrel a préservé son charisme de son timbre unique, Stephen Perkins n’est pas en manque de rythme et Dave Navarro privilégie l’arpège ou le fast-picking à la rythmique inutile (notons tout de même quelques gros riffs non-négligeable par endroits) pour un cocktail des plus explosifs. Le schéma est identique pour les 10 morceaux, ne déroutant ainsi jamais l’auditeur sans pour autant le cribler de séquences monotones.

L’ambiance générale est plutôt sombre, épaulée par quelques touches d’électro vraiment légères, comme le démontrent “End To The Lies” et “Curiosity Kills” ou la deuxième moitié de l’album, plus soft, avec “Splash A Little Water On It” ou “Twisted Tales”. Et à l’heure où Sonic Youth n’est plus qu’un super souvenir tout frais, “Words Right Out Of My Mouth” nous en remet une petite couche dans ses couplets.

En gros, The Great Escape Artist est un des meilleurs crus de ce second semestre 2011 tous genres musicaux confondus, bien sûr tout ceci est subjectif mais ce sentiment est si fort qu’il est inévitable de penser que la vérité n’est pas loin. Trêve d’égo, un excellent album qui n’est pas recommandable qu’aux fans de ce groupe toujours resté discret en France, mais aussi aux désireux d’écouter quelque chose d’inhabituel. L’addiction à L’addiction de Mary-Jane, où cela va-t-il finir par nous emmener? Nous sommes plus qu’impatients de le découvrir.

Laurent.

The Smiths – Meat Is Murder

Genre: rock/dream pop            ®1985

Les cinq ans de carrière des Smiths n’auront pas été vains. Beaucoup d’artistes issus de la scène rock alternatif (Oasis, Radiohead, Suede, Placebo…) ont un jour revendiqués l’influence des britanniques sur leur orientation musicale. Pendant cette courte carrière est né Meat Is Murder (1985), second album poussant encore plus loin l’engagement politique du frontman et parolier Steven Morrissey, végétarien fanatique qui empêchait ses camarades de s’engouffrer un steak entre deux sessions de répétitions. Mais surtout The Smiths, c’est la contre-indication de l’explosion du post-punk qui ne jure que par les synthétiseurs et la conquête des Etats-Unis, ainsi une guitare, une basse, une batterie, un chant harmonieux, quelques notes de piano et une bonne dose de mélodies ont fait le succès du mythe, et Meat Is Murder en est le meilleur exemple.

Sans entrer dans l’univers de New Order (ou Joy Division en remontant aux racines), le rock du quatuor est, d’une manière générale, dansant en plus d’avoir une personnalité. En effet, l’alliance des arpèges de Johnny Marr, de rythmes punk et du timbre unique de Morrissey lui ont permis de pondre des tubes à la pelle et de réaliser des albums d’enfer comme Meat Is Murder.

Impossible de rester de marbre face à la perle « The Headmaster Ritual » au refrain répétitif mais addictif tant sa mélodie nous emporte de sa beauté, mais ce qui est surprenant dans cet album, c’est sa diversité: on lorgne discrètement vers le rockabilly sur « Rusholme Ruffians » (musique pourtant issue du pays de l’Oncle Sam!), on s’amuse à titiller la funk avec un solo de basse à tomber sur « Barbarism Begins At Home » et on se permet un mid-tempo sur la cultissime « How Soon Is Now? » reprise par de nombreux artistes mais jamais égalée.

Simple mais redoutable, telle est la musique des Smiths. Nul groupe n’aura été aussi influents pour la pop indépendante des années à venir, et des albums comme celui-ci ne prendront jamais la poussière car le discours tenu sera éternellement d’actualité. C’est vrai… comment pourrait-on en avoir « Marr »?

Laurent.