Muse – Black Holes & Revelations

Genre: Muse                             ®2006

Trois longues années séparent Black Holes & Revelations du terrible Absolution. Autant dire que le groupe n’avait aucune excuse en terme de préparation, d’élaboration et de peaufinage de son quatrième bébé. Mais avec un album de Muse, on peut s’attendre à n’importe quoi ou au mieux, ne s’attendre à rien d’autre qu’à une entité à part, comme si un groupe différent se présentait à chaque fois au public. Et cette dernière optique est nécessaire pour appréhender BHR d’un bon oeil.

Pour une fois, commençons par parler de l’artwork: imaginé et imagé par le créateur du célèbre triangle de Pink Floyd, Mr. Storm Thorgerson, elle présente quatre hommes assis autour d’une table sur la planète Mars où l’on peut distinguer des petits chevaux pour un clin d’oeil flagrant au Nouveau Testament (pour ceux et celles qui auraient perdu du temps à s’y intéresser). Le parallèle entre la pochette et la musique est un peu plus clair qu’à l’accoutumée, notamment en terme de prise de risques, car cette dernière est la première chose qui nous tape à l’esprit à l’écoute de Black Holes & Revelations. On a connu Muse comme enterrant l’auditeur avec des murs de sonorités électriques ou des claviers uniquement accompagnés de la voix envoûtante de Matthew Bellamy, mais ici c’est une toute autre histoire. Si Absolution, malgré une qualité irréprochable, donnait une petite impression d’en faire trop, celui-ci mise sur une plus grande légèreté, une aération instrumentale qui fait profiter du moindre petit détail dès la première écoute. La guitare, aussi sèche que saturée, a le maître mot ici, pour des compositions plus simplistes mais non moins inspirées. On pourrait croire que le groupe en était arrivé à un point de non-retour en 2003, mais finalement c’est bel et bien une nouvelle voie que le trio a décidé d’entreprendre.

Ca démarre sur la mystérieuse « Take A Bow » qui n’enfreint pas la règle des introductions: un clavier hypnotique tout juste rythmé sur une grosse caisse forme un premier morceau convenu mais tout à fait dans l’esprit du groupe. Une bonne mise en bouche avant de démarrer sur des chapeaux de roues avec le rock doux de « Starlight » ainsi qu’avec l’approche électro du tube « Supermassive Black Hole » et son riff ultra-simpliste mais aussi efficace qu’un bon vieux Queen dont l’influence est de plus en plus palpable. Globalement, l’album est rarement nerveux, avec des titres très aérien comme « Soldier’s Poem » ou « Hoodoo », mais le point fort de BHR sont ces morceaux à la fois rythmé et planant à l’instar de « Map of The Problematique » sur laquelle Dominic Howard offre une prestation de batterie digne de son potentiel, l’épique « Invincible » , « City of Delusion » inspirée du flamenco et le final renversant, « Knights of Cydonia ». Et bien sûr, on retiendra aussi « Assassin » qui comme son nom l’indique, assène l’auditeur d’un riff proche du métal histoire de mettre un coup de bourre dans une ambiance à la limite du soporifique, ou dans un sens moins péjoratif, plus relaxante que ce dont Muse nous avait habitué jusqu’ici.

Ceux qui s’attendait à une multitude d’effets ici et là s’en verront surpris d’avoir à faire à quelque chose d’encore plus accessible qu’auparavant, mais sans jamais tomber dans le cliché. Contrairement à ce que beaucoup pensent, Muse n’essaye pas d’avancer en reculant, et réussi même à élargir son public de manière humble et réfléchie. Un très bon album qui fait honneur à l’un des groupes de rock les plus créatifs de ces dix dernières années.

Laurent.

Muse – Absolution

Genre: Muse                               ®2003

Septembre 2003, troisième round. Avec un succès interplanétaire acquit grâce à deux albums monumentaux, le public est en droit de se demander ce que le trio peut nous proposer de mieux, ou de différent pour un troisième opus, considéré comme le cap décisif de n’importe quel artiste. Showbiz était particulièrement basé sur l’émotion alors qu’Origin of Symmetry, bien que dans la ligne conductrice de son prédécesseur, a dévoilé une maîtrise technique à couper le souffle. Même si personne ne peut prévoir ce que nous a concocté le groupe pour Absolution, tout porte à croire que la croisée entre la technicité et l’émotion doit être ici poussée à son paroxysme.

Et en effet, après tant d’attente, Muse nous lâche une sacrée bombe. Niveau structure des morceaux, la formule couplet calme – refrain explosif est toujours présente, mais ce n’est que pour mieux faire profiter des nombreux éléments qui les composent. Le son est plus lourd, porté par un duo basse/batterie qui sera le fil conducteur de l’album, tantôt entraînant tantôt évasif.

Pas question de plaisanter, plutôt que de commencer sur un morceau accessible, Absolution est immédiatement porté par les claviers agressifs et synthétiques de « Apocalypse Please ». Pour ce qui est de la diversité de l’engin, elle est encore plus flagrante qu’auparavant, car après un tel premier morceau inspiré de la musique classique, place au rock traditionnel des tubes en puissance « Time Is Running Out » et « Hysteria » avec son mythique riff de basse. On tape presque dans le métal avec « Stockholm Syndrome » dont le refrain, contrairement à ce que beaucoup pensent, est juste bien placé et loin de casser le rythme du morceau, car rappelons-le, l’intensité n’est pas qu’une question de vitesse. Ce sera même confirmé avec la planante « Sing for Absolution » ainsi qu’avec « Blackout » qui dévoile, pour la première fois de l’histoire du groupe, des arrangements de cordes. Point important, Matthew s’est encore amélioré vocalement, délaissant l’hystérie au profit d’une voix plus posée, plus mature. « Butterflies & Hurricanes » est un des titres les plus réussis de la première trilogie du combo: complet de maîtrise instrumentale et de mélodies accrocheuses, aujourd’hui inoubliables.

Les Muse ont-ils alors réalisé l’album parfait de bout en bout? C’était trop beau pour être vrai, car on ne peut pas en dire autant sur la fin. Hormis une « The Small Print » nerveuse mais qui n’a rien d’exceptionnelle non plus, on se demande ce que vient faire un titre comme « Endlessly » dont le côté expérimental ne colle pas encore bien à l’essence de la formation, n’est pas Radiohead qui veut (encore eux, oui, mais ce n’est jamais gratuit d’en parler). « Thoughts of A Dying Atheist » est légèrement pompeuse, renouant avec l’esprit des deux premiers albums mais en moins inspiré,  et le morceau final n’a rien d’un « Megalomania » ou d’un « Hate This & I’ll Love You » en dépit de quelques beaux passages qui auraient dû être approfondis.

Malgré tout, l’inspiration flotte sur une bonne partie d’Absolution qui ne fera que confirmer l’immense succès d’un groupe ayant forgé sa propre vision des choses en l’espace de quatre ans. Une fois de plus Muse innove dans son style, et il faudra attendre trois longues années pour connaitre le digne successeur de ce superbe album. Muse 4Ever.

Laurent.

Muse – Origin of Symmetry

Genre: Muse                                 ®2001

Fort d’un premier album qui a chamboulé tous les principes de la musique, le trio anglais décide d’enfoncer le clou avec Origin of Symmetry deux ans plus tard. Conscient de son potentiel hors-du-commun, Matthew Bellamy pousse encore plus loin le concept de symétrie entre l’émotion et la prouesse technique, d’où l’intitulé de l’engin. Le son est plus puissant et moins « amateur », l’ambiance est particulièrement psychédélique et chaque musicien a élargit son panel d’utilisation de son instrument pour proposer quelque chose de plus personnel et de ce fait, innovant. Enregistré live (prise de son générale), Origin Of Symmetry fait appel à tous nos démons intérieurs, ceux qui influent sur notre bien-être et qui partie intégrante de notre quotidien.

Les deux termes principaux pour évoquer OOS sont distorsion et claviers. Toujours inspiré par Rage Against The Machine avec ce son claquant, Muse déferle des suites de notes aussi enivrantes que le timbre de Matthew qui s’est également maturé. Les deux premiers titres, surement les plus accessibles de l’album, se partagent la douceur du piano/synthé avec la joie du rythme entêtant, nerveux pour « New Born » et plus aérien sur « Bliss ». Démontrant un grain de folie, les titres « Hyper Music » (à la ligne de basse du refrain rappelant « Snakecharmer » de RATM) et « Plug In Baby » offre un peps non négligeable avec des riffs qui resteront à jamais gravé dans notre mémoire. Côté intensité démesurée, « Space Dementia » avec son clavier Rachmaninov et la lourdeur de la sept cordes de « Citizen Erased » sont sur le podium. Pas très loin derrière se situe une « Micro Cuts » à pleurer tant Matthew fait preuve de sensibilité, avec un final explosif qui casse la baraque.

Bien plus qu’un groupe de prog-rock alternatif (au diable, ces étiquettes…), Muse s’inspire aussi de tout ce qui attrait à la beauté mélancolique: influences latines sur « Darkshines », des airs de bossa nova sur « Screenager » et bien entendu, du jazz avec la fameuse reprise du « Feeling Good » de Nina Simone un peu en dessous du niveau des autres compositions de l’album. Ce dernier s’achève sur « Megalomania » qui laisse l’auditeur sans voix avec un orgue des plus majestueux.

Sans conteste le plus réussi de tous au niveau de la transmission des émotions, Muse n’a cependant pas dit son dernier mot. Toujours dans l’innovation, la bête tapera à chaque fois là où tous les autres n’ont jamais osé mettre les pieds. Un véritable monument sonore intemporel pas très loin de la perfection.

Laurent.