Muse – Showbiz

Genre: Muse                                   ®1999

Qui aurait pu prédire qu’un tel bouleversement se produise au sein de la musique contemporaine? Nous sommes à la fin des 90’s: le grunge est déjà presque mort, le nü-métal peine à convaincre la totalité du public et le rock a développé la quasi-intégralité de ses capacités. Fort heureusement, un sacre nommé Radiohead sort un album en 1997, Ok Computer, qui outrepasse les frontières de la musique en général avec une expérimentation inspirée par nul autre que le génie créatif des oxfordiens. Cet événement provoque quelques temps après le déclic chez un trio qui se cherche encore, Muse.

Alors que Radiohead éprouve une certaine rage sans jamais entrer dans la musique nerveuse, les jeunes Matthew Bellamy (chant/guitare/claviers), Chris Wolstenholme (basse, choeurs) et Dominic Howard (batterie), déjà influencés par les Smashing Pumkins et Rage Against the Machine, ont fabriqués un cocktail qui a permis au rock de revivre. Le phénomène Muse est né. Rapidement, le monde adolescent se reconnaît en ce groupe qui innove et qui fait passer les émotions mieux que personne, tandis que les journalistes les qualifie -un peu bêtement- de «relève de la Britpop». Passionné de musique classique et inspiré par le rock progressif, Matthew démontre un profil virtuose autant à la guitare qu’aux claviers, de même que son chant peut-être encore trop emprunt à Thom Yorke colle parfaitement à l’ensemble.

Présenté par une très jolie pochette, Showbiz regorge de titres sincères et touchants, aussi bien dans le registre énervé avec «Filip», «Cave» ou «Sober» que dans les ballades larmoyantes («Falling Down», «Unintended»). Et puis surtout, il y a les morceaux entre-deux, ceux qui alternent entre couplets calmes et refrains explosifs, surement les plus appréciés par les fans du groupe, à savoir la magnifique ouverture «Sunburn» portée par son mémorable jeu de piano, la mythique «Muscle Museum» et son riff toujours aussi mystérieux, «Uno», «Overdue» et le final renversant, «Hate This & I’ll Love You». Le groupe a produit lui-même cet effort, d’où une qualité de son encore loin d’être vraiment exhaustive, cependant le mix du duo basse/batterie apporte un son imposant sans oublier que Chris et Dominic sont respectivement dotés d’un doigté hors du commun et d’une force de frappe impressionnante.

C’est un fait, le trio anglais casse la baraque avec un premier album sans réel faux-pas si ce n’est le parallèle avec l’ambiance aérienne de Radiohead, et encore, l’inspiration est telle qu’on a presque l’impression que Muse aurait pu exister sans la bande à Thom Yorke. Trêve de comparaisons aberrantes, bien que le meilleur soit à venir, Showbiz est une entité unique et intemporelle qu’on ne se lassera jamais d’écouter. Plus qu’un banal groupe de rock, Muse est un ovni, et pourquoi pas même, une bénédiction.

Laurent.

Feeder – Renegades

Genre: power-pop                      ® 2010

Il y’a maintenant neuf années de ça, le décès du batteur John Lee, également ami d’enfance du songwriter Grant Nicholas, allait emmener le groupe dans une entrave mélancolique longue de trois albums qui n’aura pas l’effet escompté des premiers albums emplis d’énergie juvénile et électrique. Outre le très beau Comfort in Sound (2002) en hommage au défunt, ses deux successeurs sont plutôt passés à la trappe (sauf au Japon où le bassiste Taka Hirose est devenu une idole), d’autant plus que la notoriété de Feeder dans le Vieux Continent se veut bien fade.

C’est alors qu’en 2010, le trio s’est enfin décidé à tourner la page, en revenant à cette soif de guitares qui leur colle si bien à la peau. Les cheveux ont poussé, la saturation est une nouvelle fois de mise, et la tristesse a été mise au placard. Feeder est de retour, avec un Renegades qui regorge de titres énergiques et de mélodies accrocheuses que les anglais défendent désormais sur scène un peu partout dans le monde, y compris dans notre belle France. Pas de guimauve power-pop ici, pas de linéarité non plus, les titres s’enchaînent avec une rare efficacité, la lumière dégagée par cet album est perceptible sans fioritures.

Dès « White Lines », on a affaire à du lourd: la batterie du nouveau-venu Karl Brazil est martelante, et ce tout au long de l’album, et Grant Nicholas nous montre qu’il n’a rien perdu de son talent, exprimant sa rage de son timbre tantôt rocailleux tantôt mélodieux. « Call Out » confirme alors l’orientation musicale de Renegades, citée plus haut, « Sentimental » rappelle le gros son de  la période Polythene (1998), « Down to The River » est une belle balade progressif qui change des versets à l’eau-de-rose des précédents opus, et « Home », pas très loin du stoner des QOTSA ne peut empêcher l’auditeur de se dandiner. Les titres « Barking Dogs » et « City in a Rut » sont peut-être les deux titres qu’on ne retiendra pas de l’album, tant ils semblent déjà vus.  Heureusement, la punk « Left Foot Right » nous replonge immédiatement dans le bain, et ce jusqu’au final « Fallen », deuxième balade sur treize morceaux, le trio gallois nous a rarement habitué à cela.

C’est avec joie qu’on les retrouve plus inspirés que jamais, avec Renegades qui va surement casser la baraque. Un des meilleurs groupes de sa génération, Feeder n’a surement pas fini de faire parler de lui.

7,5/10

Laurent.

Carpark North – Lost

Genre: Electro-rock                                ® 2010

Le Danemark n’en a pas fini de nous surprendre en matière de rock indépendant. Après les succès de The Raveonettes et Mew, voici Carpark North, trio formé en 1999 qui s’est toujours fait discret en dehors de leur pays natal, avant de signer chez Sony Music en janvier de cet été pour l’enregistrement de ce Lost. Petite anecdote, le nom du groupe représente deux facettes de sa musique: « Carpark » vient de parking pour le côté rock (allez savoir le rapport) et « North » représente les ondes boréales de la Scandinavie et le côté électronic aérien.

Dorénavant, le groupe sonne bien plus pop donc plus accessible au grand public, tel est son choix. Choix qui lui permet de faire découvrir médiatiquement son talent, à l’instar de Muse dont l’influence est presque tangible. Déjà deux singles en à peine un mois, le génial premier morceau « Lost (Peace) » et « Just Human », qui a eux deux résument parfaitement ce que les danois ont dans le ventre. Lau Højen ne varie que très peu son chant et ses riffs de guitare, pourtant l’ensemble se veut prenant avec l’apport de synthétiseurs de la part du bassiste Søren Balsner et les rythmes martelants de Morten Thorhauge.

Lost est un aller-simple au coeur du monde de Demain, celui de l’anxiété, de la curiosité. Il n’est pas impossible que ces sensations deviennent indigestes au fur et à mesure de l’écoute pour certains, tant les mélodies semblent parfois remâchées (« More » et « Cancer » sont dignes des plus grands tubes de Robbie Williams ou Elton John). Après tout chacun à sa conception de l’avenir, les Carpark North ont la leur, peut-être arriveront-ils via les médias à faire passer un message au même titre que les meilleurs films d’anticipation. Ne boudons pas un tel plaisir, il y a de quoi attendrir le moral dans ce Lost. Bonne découverte.

7/10

Laurent.