God Is An Astronaut – The End of The Beginning

Genre: post-rock           ®2002

On connait le post-rock pour son penchant mélancolique, parfois à la limite du dépressif, et pour les univers nouveaux que des groupes comme Sigur Ròs ou Mogwai ont insufflés à la musique contemporaine. Influencés par le jazz et l’expérimentation, ces formations ne laissaient pas encore place à l’électronique avant l’apparition du premier album des irlandais de God Is An Astronaut, The End of the Beginning via le label Revive Records. Le trio, composé des frères Kinsella (multi-instrumentistes) et de Lloyd Hanney (batterie), nourrit son post-rock aussi bien de l’ambient que du krautrock des années 70 pour un rendu bien plus froid que purement triste,  synthétique dirons-nous dans la mesure où les claviers sont omniprésents et ce, malgré la quantité d’arpèges de guitares qui se fondent dans le décor.

La force de ce premier effort réside dans le fait que l’on éprouve à travers cette froideur, une sensation de voyage interminable dans les fins-fonds de l’Espace, comme si nos amis avaient eu l’opportunité d’enregistrer leur album dans une satin orbitale. Les roulements de batterie de Hanney  y sont pour beaucoup dans cette bataille contre les trous noirs  (comprenez par là « musique soporifique ») mais et ce sont bien sûr les synthétiseurs qui sont à l’origine de la fibre de God Is An Astronaut, et ces derniers sont très forts dans un exercice particulier: exciter aussi bien que de relaxer. Ensuite libre à chacun d’apprécier ce fondu enchaîné de morceaux qui ne se démarquent finalement pas tant que ça les uns des autres, mais c’est un peu ce qui fait la particularité de The Beginning Of the End par rapport aux albums suivants: moins fouillé mais donnant plus l’impression que ces 11 titres forment une entité pour ne pas perdre le fil de l’odyssée.

Dénuée de parole, cette musique intéresse davantage pour son côté mystérieux que pour les émotions qu’elle dégage. On tente de l’étudier de A à Z mais rien n’y fait, cette absence d’humanité nous empêche vraiment de comprendre l’intérêt qu’on lui porte, alors on écoute sans trop réfléchir et on la laisse nous contrôler, c’est le moindre qu’on puisse faire. Et que dire de cette production fine qui met en avant un travail méticuleux au niveau des orchestrations, il s’agissait de redonner un coup de chiffon sur le blason du post-rock et m’est avis que le pari fut remporté haut-la-main.

Laurent.

Michael Jackson – Dangerous

Genre: New Jack Swing              ®1991

Peu de chances que vous connaissiez M. Michael Jackson, chanteur-danseur qui n’a jamais eu le prestige, hélas, de vendre près de 500 millions de disques à travers le monde… Comment? Lui? Se pourrait-il qu’il s’agisse réellement de cet artiste remarqué dans un « bothers band » à seulement dix ans, qui a cartonné dès son premier album Off the Wall et dont le second album Thriller, le fit entrer rapidement dans le registre des légendes vivantes? D’accord.

Michael, c’est LE gros carton dans les années 80, alors même que ce succès inattendu et démesuré ne pu l’aider à se remettre à 100% d’un accident pendant le tournage d’un spot publicitaire. Heureusement, cette mini-tragédie n’a en rien altéré la qualité de compositions des albums à venir (jusque HIstory en ce qui nous concerne). Mais alors pour quoi Dangerous et pas un autre? Tout simplement parce que nous ne sommes pas tous des fans émérites des trois premiers albums que l’on entend dans n’importe quelle soirée depuis des générations, et que Dangerous a un penchant fusion rock/rap percutant, et se veut légèrement plus underground malgré les tubes qui le composent.

Rappelez-vous le clip de « Black & White » avec la star des 90’s McCaulay Culkin et ce morceau limite violent pour de la pop, mix encore inédit pour l’époque. Produit par le King of Pop lui-même ainsi que par Teddy Riley, ce quatrième album (si on ne compte que la carrière chez Epic et Sony) est le plus sombre de sa carrière mais pourtant, rien ne nous empêche de secouer la tête ou même d’illuminer les pistes de danses avec des faux Moonwalk avec les entraînantes « Jam » ou « She Drives Me Wild ».

Plus ou très peu d’influences funk désormais (Bad avait déjà délaissé un peu la matière sur le bas côté mais Dangerous en signe l’ultime séparation), et place à des duos choc sur « Give In To Me »  et « Black & White » (les deux ft. Slash) et « In The Closet » (ft. Stéphanie de Monaco). La IXè symphonie de Beethoven introduit une des plus belles ballades du chanteur, « Will You Be There », qui seconde pourtant une autre balade culte à en mourir: le monstre « Heal The World » , dont la mélodie est aussi enchanteresse que la beauté des paroles. Michael entame en 1991 une carrière de poète avec ces titres touchants qui contraste avec la rage de leurs homologues.   C’est juste un peu dommage qu’aucun morceau ne réveille la bête dansante en nous après « Will You Be There », mais après tout, même scandé en deux parties, cet album n’est composé que de morceaux dont l’aura n’aurait pu être insufflée par nul autre que MJ, dont le succès planétaire est vraiment justifié (et c’est chose rare). Un must dans sa discographie, un tournant pour la pop music en général, Dangerous fait bel et bien partie de ces albums qui changèrent la face de la musique en 1991 (on ne les récitera pas encore et encore…) alors que la face de l’artiste changeait elle aussi. Enfin bref, savourez sans limites et rangez vos Britney Spears et consors qui doivent tout à ce formidable album.

Laurent.

Fear Factory – Demanufacture

Genre: thrash industriel         ®1995

L’année 1995 est, tout comme le reste des 90’s, surprenante en terme d’innovation métallique. Alors que le death et le black s’amusent à essayer de battre le record de bpm (battements par minute), le thrash, lui, se réinvente contre toute attente. Un an après l’écrasant Burn My Eyes de Machine Head, deux albums marquent cette transition entre le métal battant et le futur néo: Stomp 442 des new-yorkais d’Anthrax et Demanufacture, car il faut savoir que ces désormais classiques ont eu autant d’influence que l’éponyme de Korn sur les générations à venir.

L’histoire de Fear Factory commence réellement avec un premier album aux penchants death, Soul Of A New Machine, plutôt bien reçu par la critique mais la faible promotion à l’époque lui vaudra de n’être reconnu à sa juste valeur que des années plus tard. 3 ans plus tard, rejoins par le bassiste Christian Olde Wolbers, Burton C. Bell (chant), Dino Cazares (guitare) et Raymond Herrera (batterie) enregistrent ce qui sera leur album charnière, Demanufacture. Vous cherchez du riff qui tue et une alternance couplet hurlé/refrain clair ravageuse? Et vous aimez ces histoires de confrontations entre l’Homme et la machine à la Maximum Overdrive ou Terminator? Vous êtes extrêmement bien tombé, d’autant plus que la formation a popularisé la formule (juste l’alternance couplet hurlé/refrain clair ravageuse, bien entendu) et qu’en plus de ça, elle a enregistré l’album dans une usine! Non, foutaise, mais tout porte à le croire, car l’ambiance qui règne sur ce disque est aussi robotique que froide.

« -Papa, papa, comment le monsieur fait pour avoir un gros son de guitare pareil?! -Colin Richardson, mon fils. » Oui, celui qui permit (et qui permet toujours à l’heure actuelle en tant que mixeur) aux Machine Head d’atteindre l’élite du son bulldozer a aussi pris sous son aile la bande à Dino, et le résultat nous arrive donc forcément en pleine poire. Même si la présence de la basse se veut souvent couverte par le mur de guitares avec Richardson, la production est si ciselée que l’on passe facilement outre. Par contre en ce qui concerne la diversité, peu de morceaux en dehors de « Dog Day Sunrise » (le morceau uniquement en chant clair) et le tube « Replica » parviennent à étoffer l’affaire, mais ce n’est pas vraiment ce qui nous intéresse, puisque Demanufacture est avant tout un concentré de thrash moderne comme le démontrent si bien les titres « Demanufacture », « Body Hammer » ou « Zero Signal ».

Gros carton à sa sortie, l’album est précurseur de la vague néo mais également pour un groupe naissant, Strapping Young Lad, qui sort quelques mois après son Heavy Is a Really Heavy Thing, qui deviendra, en quelque sorte, son concurrent direct. Après ça, changement de cap: FF évolue à sa manière et entre dans les frontières de l’auto-caricature avec Obsolète, mettant un terme aux dernières influences métal extrême et ce jusqu’au très bon Archetype. Bref, sans vouloir jouer les fanatiques, Demanufacture a autant sa place qu’un Reign In Blood ou même que Burn My Eyes au Panthéon des classiques du métal pour sa contribution à son évolution. Et surtout: veillez bien à ce que le volume ne soit pas en-dessous des 120 décibels!

Laurent.