Jane’s Addiction – The Great Escape Artist

Genre: rock alternatif                ®2011

Est-ce un rêve devenu réalité? Jane’s Addiction, groupe de rock alternatif mythique formé à Los Angeles en 1985, que l’on croyait disparu à jamais après la sortie du pourtant sympathique Strays (2003), est bel et bien de retour avec un l’album que l’on attendait finalement plus. Le clip du premier single ”Irresistible Force” a fait son apparition sur la Toile vers la mi-mai, dévoilant pour le coup la direction pop prise par la formation, mais pas que… ce morceau atmosphérique de toute beauté n’a également rien de commun à ce qui se fait en ce moment, et n’a fait que nous mettre l’eau à la bouche en attendant le reste.

Et effectivement, là où l’on s’attendait à un album très pop, juste de quoi se détendre un peu, c’est un coup de masse qui nous atterrit en pleine face. Une écoute attentive aura suffit pour nous convaincre que The Great Escape Artist est le meilleur album de Jane’s Addiction. Varié, extrêmement inspiré au niveau des mélodies et de la structure des morceaux, ce quatrième opus est la preuve qu’il reste encore des artistes capables d’apporter du frais à un univers coincé depuis que Muse et Radiohead expérimentent sans vraiment transformer le plomb en or.

Produit par Rich Costey, qui a entre-autre collaboré avec Muse et Interpol, TGEA décèle un son qui est tout à l’honneur de la qualité des compositions. “Underground” attire d’office l’attention sur la qualité sonore de l’engin: la basse de Dave Sitek, épaulé par le bassiste intérimaire Chis Chaney, est d’enfer, portant quasiment à elle-seule la puissance du morceau, mais attention, les autres ne sont également pas en reste: Perry Pharrel a préservé son charisme de son timbre unique, Stephen Perkins n’est pas en manque de rythme et Dave Navarro privilégie l’arpège ou le fast-picking à la rythmique inutile (notons tout de même quelques gros riffs non-négligeable par endroits) pour un cocktail des plus explosifs. Le schéma est identique pour les 10 morceaux, ne déroutant ainsi jamais l’auditeur sans pour autant le cribler de séquences monotones.

L’ambiance générale est plutôt sombre, épaulée par quelques touches d’électro vraiment légères, comme le démontrent “End To The Lies” et “Curiosity Kills” ou la deuxième moitié de l’album, plus soft, avec “Splash A Little Water On It” ou “Twisted Tales”. Et à l’heure où Sonic Youth n’est plus qu’un super souvenir tout frais, “Words Right Out Of My Mouth” nous en remet une petite couche dans ses couplets.

En gros, The Great Escape Artist est un des meilleurs crus de ce second semestre 2011 tous genres musicaux confondus, bien sûr tout ceci est subjectif mais ce sentiment est si fort qu’il est inévitable de penser que la vérité n’est pas loin. Trêve d’égo, un excellent album qui n’est pas recommandable qu’aux fans de ce groupe toujours resté discret en France, mais aussi aux désireux d’écouter quelque chose d’inhabituel. L’addiction à L’addiction de Mary-Jane, où cela va-t-il finir par nous emmener? Nous sommes plus qu’impatients de le découvrir.

Laurent.

Limp Bizkit – Chocolate Starfish & The Hot Dog Flavored Water

Genre: rapcore/nü-métal         ® 2000

Avec un nom d’album aussi absurde que sa pochette, il fut difficile pour le Biscuit Boiteux de faire croire au rockeur moyen et encore plus au métalleux aficionado que son troisième méfait allait provoquer l’effet d’une bombe. Evidemment, ce pseudo-buzz des aventures de Fred Durst qui se serait faufilé dans une suite de Christina Aguilera pendant une cérémonie des Grammy Awards n’aura fait que sortir le métal de son gentil statut underground, énervant plus d’un chevelu, mais heureusement que l’on peut compter sur les chaînes musicales pour mettre au premier plan de pareilles sottises car contre toute attente, le monde entier a pu jeter au moins une fois une oreille sur la qualité musicale de la formation, notamment grâce au clip promotionnel de Mission:Impossible II, « Take A Look Around ».

Même si critiquer négativement le groupe (surtout son frontman) pour nous avoir emmerdé avec ses histoires est tout à fait louable, l’évolution artistique de la formation est au contraire à encenser. CSHDFW est tout sauf un ersatz de Significant Other, le son a clairement changé grâce au travail de Terry Date, beaucoup plus propre et les morceaux sont plus accessibles sans pour autant tomber dans le cliché néo à mort. Le jeu des musiciens s’est également développé: des scratchs et des samples mieux utilisées par DJ Lethal, principal auteur de l’ambiance « Limp Bizkit » avec le guitariste Wes Borland. Côté rythmique, John Otto se veut encore plus hip-hop et brutal derrière ses fûts tandis que Sam Rivers apporte une touche funk bien agréable avec sa quatre cordes.

Le nombre d’élocutions du mot « f**k » aurait pu apparaître dans le Guiness des Records (environ 70 pour « Hot Dog ») certes, mais faire preuve de puérilité dans un assemblage de riffs aussi monstrueux et de mélodies prenantes finit par apporter un charme irrésistible à l’ensemble. « Nookie » et « Break Stuff » étaient de bons tubes mais aucun des deux n’aura autant stimulé que la majorité des titres de Chocolate Starfish & The Hot Dog Flavored Water. Du rapcore, on en a, sur la première moitié de l’album avec « My Generation » et « Rollin' », morceaux emblématiques de l’ère nü-métal des années 2000. Un peu plus loin dans l’album, « My Way » et »I’ll Be Ok » s’éloignent de ces racines pour offrir un peu de diversité, « The One » étant perçu comme le morceau le moins inspiré de l’album et la ballade « Hold On »,en compagnie de Scott Weiland (Stone Temple Pilots, ex-Velvet Revolver), n’apporte rien de spécial non plus. Deux collaborations avec les rappeurs XZibit (« Getcha Groove On ») et DMX/Method Man/Redman pour le remix de Nookie, presque meilleur que l’original ne font que confirmer que Limp Bizkit est bien plus qu’un follower de Korn, le groupe, à cette époque, fait tomber les dernières barrières entre le rap et le métal tout comme Hybrid Theory sorti également en ce mois d’octobre 2000. Nous finirons l’analyse avec deux des meilleurs morceaux qu’a pu nous proposer la formation: d’un côté, il y a « Full Nelson » qui est une des chansons les plus violentes du groupe et de l’autre, « Boiler » qui est le meilleur atout de ce disque: intimiste, réfléchit, il est presque un morceau parfait tant il sait faire passer les émotions.

Ainsi ce troisième méfait pourrait finalement ravir les fans des deux premiers avec ce mélange du coléreux Three Dollar Bill Y’All et de l’atmosphère parfois dérangeante de Significant Other. Ce sera le dernier avènement d’un groupe culte du mouvement néo avant que celui-ci ne sombre dans des sphères hasardeuses à partir de Results My Vary. Toutes les bonnes choses ont une fin; mais en attendant, CSTHDFW n’est toujours pas démodé, bien au contraire, et tant que le plaisir d’écoute est là, il continuera à tourner jusque l’usure fatale dans la platine. « Bring It On! »

Laurent.

http://www.youtube.com/watch?v=JBVcmGw8sHo

The Smiths – Meat Is Murder

Genre: rock/dream pop            ®1985

Les cinq ans de carrière des Smiths n’auront pas été vains. Beaucoup d’artistes issus de la scène rock alternatif (Oasis, Radiohead, Suede, Placebo…) ont un jour revendiqués l’influence des britanniques sur leur orientation musicale. Pendant cette courte carrière est né Meat Is Murder (1985), second album poussant encore plus loin l’engagement politique du frontman et parolier Steven Morrissey, végétarien fanatique qui empêchait ses camarades de s’engouffrer un steak entre deux sessions de répétitions. Mais surtout The Smiths, c’est la contre-indication de l’explosion du post-punk qui ne jure que par les synthétiseurs et la conquête des Etats-Unis, ainsi une guitare, une basse, une batterie, un chant harmonieux, quelques notes de piano et une bonne dose de mélodies ont fait le succès du mythe, et Meat Is Murder en est le meilleur exemple.

Sans entrer dans l’univers de New Order (ou Joy Division en remontant aux racines), le rock du quatuor est, d’une manière générale, dansant en plus d’avoir une personnalité. En effet, l’alliance des arpèges de Johnny Marr, de rythmes punk et du timbre unique de Morrissey lui ont permis de pondre des tubes à la pelle et de réaliser des albums d’enfer comme Meat Is Murder.

Impossible de rester de marbre face à la perle « The Headmaster Ritual » au refrain répétitif mais addictif tant sa mélodie nous emporte de sa beauté, mais ce qui est surprenant dans cet album, c’est sa diversité: on lorgne discrètement vers le rockabilly sur « Rusholme Ruffians » (musique pourtant issue du pays de l’Oncle Sam!), on s’amuse à titiller la funk avec un solo de basse à tomber sur « Barbarism Begins At Home » et on se permet un mid-tempo sur la cultissime « How Soon Is Now? » reprise par de nombreux artistes mais jamais égalée.

Simple mais redoutable, telle est la musique des Smiths. Nul groupe n’aura été aussi influents pour la pop indépendante des années à venir, et des albums comme celui-ci ne prendront jamais la poussière car le discours tenu sera éternellement d’actualité. C’est vrai… comment pourrait-on en avoir « Marr »?

Laurent.