Korn – Life is Peachy

Genre: nü-métal                        ®1996

Round 2. Sorti deux ans après la révolution éponyme, Life is Peachy, également enregistré sous l’aile de Ross Robinson, enfonce le clou en ce qui concerne l’ambiance sombre et la lourdeur du son. Dans la droite lignée de son prédécesseur, le quintet affiche une musique toujours aussi peu technique mais aux influences nombreuses entre death, métal alternatif et hip-hop.

Jonathan Davis, qui a travaillé sa voix, continue de cracher ses démons à la face du monde à travers des titres nerveux comme « Chi » et « Good God », de même que le groupe s’en sort formidablement sur des titres plus mélodiques comme l’incontournable « A.D.I.D.A.S » ou « Mr Rodgers ». Munky et Head enchainent les riffs en plomb et simulent toujours aussi bien les samples rap, Fieldy écrase l’auditeur avec sa basse cinq cordes (« No Place to Hide », « Ass Itch ») tandis que David Silveria impressionne toujours autant de sa frappe unique (belle performance sur la jazzy « Porno Creep »). Les premiers duos sont de la partie: « Wicked » en compagnie d’Ice Cube et de Chino Moreno, et « Low Rider » où Ross Robinson intervient avec quelques « sh*t » par-ci par-là en accompagnant la cornemuse de Davis.

En seulement deux albums, les Caiforniens confirment qu’ils sont maîtres de leur époque. La machine Korn semble instoppable, elle est autant aimée que détestée, mais sa position de leader restera confirmée pendant plusieurs années.

Laurent.

 

Korn – Korn

Genre: nü-métal                ®1994

Trois ans après que le riff de «Smells Like Teen Spirit» ait changé la face du rock, c’est autour d’un «Arrrre You Reaaaaady?!» de poser les bases d’un nouveau genre de métal, où le hip-hop côtoie une lourdeur proche du death alors en plein essor. Les responsables de ce carnage sont cinq branleurs à dreadlocks issus de la banlieue de Barkesfield, en Californie, qui n’avaient initialement que l’ambition de faire du heavy sans aucune arrière-pensée «business» ou révolution.

Sauf que voilà, sous la houlette de Ross Robinson, le créateur de ce son de cinquante tonnes, les Californiens ont débarqués tel un boulet de démolition dans nos oreilles: jamais une basse n’avait autant claquée dans un disque de métal, jamais une guitare n’avait été aussi sous-accordée, jamais une batterie n’avait autant résonné, et jamais un frontman n’avait montré autant de souffrance tout en officiant dans un phrasé-rappé poignant. Une petite fille sur une balançoire et une ombre qui laisse présager le pire cachent un talent de composition ni confirmé ni totalement absent. La scissure entre les couplets et les refrains est encore anarchique, et c’est bien là qu’est tout le charme de ce premier effort.

Contrastant avec la rapidité du thrash, du black et avec la technicité du death et plus globalement avec les clichés standard du métal, l’album éponyme regorge de pépites qui paraissent encore venus d’une autre planète plus de quinze ans après sa parution. «Blind» reste le morceau ultime aux yeux des fans notamment à cause de son riff hyper simple mais si efficace mais l’album ne s’en tient guère qu’à ce titre. «Ball Tongue» et «Predictable» représentent au mieux la puissance des guitares Ibanez 7 cordes, «Shoots & Ladders» reprend une berceuse pour enfant sur fond de cornemuse qui est également une marque de fabrique du combo et d’autres morceaux comme «Lies» ou «Daddy» sont aussi violents que dérangeants.

Très peu technique mais extrêmement chargé en émotion forte, ce premier méfait est tout simplement le coup de pied dans la fourmilière attendu par les nouvelles générations (et lourdement inattendu par les anciens). Incompris par une majorité du public les premiers mois, l’effet Korn se répand comme une pandémie parmi une jeunesse déjà lassée des frontières entre les différents styles de musique. Le compromis parfait est arrivé et ne demande qu’à être peaufiné, cependant c’est en leader que Korn s’impose et engendre une multitude de clones qui voient en ce qu’on appelle le nü-métal le meilleur moyen de faire parler d’eux.

Le groupe évolue de la bonne manière par la suite, mais jamais l’innocence et la spontanéité ne marquera autant que sur cet éponyme. Culte.

Laurent.

Diamond Head – Lightning To The Nations

Genre: NWOBHM               ®1980

Maiden, Saxon, Def Leppard… Ces groupes sont des pointures du heavy métal, les responsables du renouvellement du genre popularisé par Black Sabbath, Judas Priest et Mötörhead. Sauf qu’aucun des trois n’aura eu autant d’impact sur le thrash métal que Diamond Head: le groupe de heavy préféré de Metallica sort son premier album Lightning to the Nations en 1980, le fameux « album blanc » comme s’amusent à le dénommer les fans, enregistré en seulement deux semaines dans un petit studio du Stourbridge.

Oublié à tort par bien du monde, ce diamant brut aux carats indénombrables à pourtant de quoi décrédibiliser un Iron Maiden (l’album) bien moins produit et plus punkisant. Se servant des racines speed de la bande à Lemmy tout en empruntant ses riffs à Judas, Diamond Head se présente avec un line-up irrésistible: le guitariste lead Brian Tatler, le bassiste Colin Kimberley, le batteur fou Duncan Scott et le charismatique chanteur/guitariste Sean Harris. Dévoilant un aspect plus mélodique que ses confrères notamment au niveau du chant, le british band aura concocté sept tubes pour autant de morceaux !

La particularité de cet album est que le rythme ne s’essouffle jamais. Pas de ballade, très peu de breaks, les couplets et les refrains s’enchaînent à la vitesse de la lumière, impossible de s’ennuyer une seule seconde. Une bonne majorité du public connaît la version de Metallica du terrible « Am I Evil? » et son intro mythique enregistrée en une seule prise. Le parallèle avec le futur thrash de la Bay Area est inévitable : le chant de Harris en inspirera plus d’un ainsi que cette assise rythmique implacable et sacrément entraînante. Les riffs ne sont pas des plus techniques, en revanche les solos de Tatler demeureront à jamais gravés dans nos esprits. Une certaine homogénéité règne et pourtant, chaque morceau propose son petit détail qui fait toute la différence. Navigant entre Motörhead (« Helpless ») et le Priest ( « Lightning to the Nations » ; « Sweet and Innocent »), un clavier colore même le plus speed des morceaux, « The Prince » pour une mélodie du tonnerre, non loin des premiers amours de Deep Purple.

Lightning to the Nations est considéré comme le plus emblématique de leur maigre discographie, sachant que Borrowed Time n’est pas bien loin derrière. Une tuerie intemporelle qui aurait pu remporter haut-la-main la Palme d’Or de l’album NWOBHM de 1980.
L’album a été réédité en 1997 avec huit titres en prime plutôt bons mais qui n’ont pas eu le même impact que les sept initiaux.

Une expérience à ne pas louper.

Laurent.