Oasis – Dig Out Your Soul

oasisgenre: britrock                       ©2008

Proclamé « meilleur artiste britannique des années 90 » à plusieurs reprises par les médias et autoproclamé « meilleur groupe du monde », le quatuor de Manchester Oasis, mené par les insupportables frères Gallagher, met un terme à une aventure longue de quinze ans le 28 août 2009 au moment où il s’apprête à monter sur scène pour la sixième édition du festival Rock en Seine. Triste nouvelle alors que le groupe sortait un an plus tôt son meilleur album depuis (What The Story) Morning Glory (1996), ce disque devenu incontournable grâce à ses tubes « Some Might Say » et surtout la ballade « Wonderwall » jouée par tous les débutants de la six cordes.

Sans aller jusqu’à dire que les deux premiers albums d’Oasis sont surestimés, qu’il n ‘y a pas à crier au génie en raison de cette influence Beatles trop évidente, il faut bien reconnaître que les frères Noël (guitare, chant et principal compositeur) et Liam (chant) avaient le chic pour nous transporter avec seulement quatre accords et une voix nonchalante. « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer » demeurait la devise du groupe jusqu’au rock psychédélique de Standing On The Shoulder of Giants (2000), cinquième opus injustement détruit à mon humble avis par la critique qui espérait un retour à la spontanéité. Clairement, si Oasis n’a jamais réussi à réitérer ses exploits du début, même avec un faux-semblant de retour aux sources avec le sympatoche Don’t Believe The Truth (2005), on ne peut lui reprocher de nous avoir laissé un dernier album aussi audacieux que passionnant. Dig Out Your Soul est le genre d’album qui vous étreint par son efficacité de la première à la dernière seconde, non pas parce qu’il contient un « Wonderwall#2 » dans sa tracklist mais plutôt en raison de la maturité dont font preuve des musiciens envieux de ne plus se reposer sur leurs lauriers. Toujours pas de gros single radiophonique en proie mais quelques titres comme « The Shock Of The Lightning » ou les deux titres composé par Liam, la belle ballade « I’m Outta Time » et « Soldier On », parviennent à vendre l’album sans grosse difficulté. La basse d’Andy Bell prend de l’importance grâce à la superbe « The Turning » ou à l’hypnotique « To Be Where There’s Life », par ailleurs le gus est à l’origine de l’étrange « The Nature Of Reality », titre qui demande un certain nombre d’écoutes avant de faire son petit effet.

Grosse production une nouvelle fois signée Dave Sardy, efficace et mature, loin de toute rivalité enfantine avec Blur et d’une mégalomanie indigeste, Dig Out Your Soul perfectionne la nouvelle sauce Oasis lancée avec Don’t Believe The Truth et achève avec brio une carrière gâchée à plusieurs reprises par la mésentente entre deux frères ennemis. À écouter d’office si vous êtes encore bloqués sur les quatre accords de « Wonderwall »!

Laurent.

Oasis line-up 2008:

Noël Gallagher (chant, guitare lead, batterie sur quelques morceaux), Liam Gallagher (chant), Gem Archer (guitare) et Andy Bell (basse).

AqME – Sombres Efforts

8-70-largegenre: metal alternatif                 ©2002

Quatuor parisien composé aujourd’hui d’Etienne (batterie), de Charlotte (basse), de Julien (guitare) et de Vincent (chant), AqME est salué un peu plus par la critique à chaque sortie d’album. Assez peu pris au sérieux à ses débuts en raison du chant approximatif de l’ex-frontman Thomas et de son affiliation au collectif Team Nowhere en compagnie de Pleymo, Wünjo et Enhancer, parfois qualifié de « Kyo avec un son dans l’ère du temps », le groupe a sorti un premier album confident, beaucoup moins fun que Medecine Cake (Pleymo) ou Et le monde sera meilleur… (Enhancer), en clair pas de rap-metal mais une musique fortement influencée par KoRn, Nirvana et Indochine. Il sera par ailleurs un des seuls à chanter exclusivement dans la langue de Molière (hors reprises).

Enregistré en Suède avec Daniel Bergstrand (Mesghuggah, Strapping Young Lad), sans label avant que le groupe ne signe chez At(h)ome, Sombres Efforts s’identifie grâce au riffing de Ben (ex-guitariste) bien lourd et aux paroles de Thomas destinées aux âmes perdues, brisées par la solitude et les chagrins d’amour. Après les deux premiers titres assez orientés « grand public » (surtout « Si N’existe Pas »), le ciel s’assombrit à partir de « Le Rouge et Le Noir », récit troublant sur le désespoir surenchérit par « Tout A Un Détail Près », témoignage douloureux d’une rupture avec l’être aimé. Un peu plus loin se trouve la plus belle composition du groupe, « Je Suis » et son refrain inoubliable doublé d’une sincérité à dresser le poil des moins avertis.

Décortiquer chaque titre demande une certaine remise dans le bain, ce qui n’est pas souhaitable à l’heure actuelle, car le premier album d’AqME cible les personnes en souffrance, se sentant incomprises par leur entourage. Énième niaiserie française pour beaucoup, petit bijou de confessions intimes pour les quelques autres (dont moi-même), Sombres Efforts n’a peut-être pas le panache sonore des derniers albums mais avait au moins le mérite de se démarquer des autres productions françaises. Un album culte sous-estimé.

Laurent.

Deftones – White Pony

DEFTONES-White.Ponygenre: metal alternatif                 ©2000

Annonçons la couleur d’entrée de jeu: White Pony fut, est et restera à jamais le chef-d’oeuvre ultime de Deftones. Si son impact sur la scène néo-metal -sujet toujours chiant à aborder mais hélas nécessaire- a été moindre que ses deux prédécesseurs, il est revanche celui que personne n’attendait et qui a servi d’exemple en terme d’ovni musical, surpassant de loin tous les petits clones prêts à amasser des milliers de dollars avec des tubes pompeux. Chino Moreno (chant, guitare, arrangements) et sa clique -Stephen Carpenter (guitare), Abe Cunningham (batterie), Frank Delgado (samples) et le regretté Chi Cheng (basse)- ont préféré jouer la carte de l’intimité et du mystère, d’où cette difficulté à pénétrer complètement dans l’univers de ce troisième album lors des premières écoutes à l’époque, surtout que « My Own Summer (Shove It) » venait tout juste de se faire connaître du grand public grâce à une place de choix dans la B.O mythique de Matrix.

Around The Fur (1997) témoignait déjà d’une certaine tristesse (rappelez vous l’étrange « Mascara ») mais se contentait surtout d’envoyer un gros son dans notre face, novateur et plus simpliste. Désireux d’évoluer sous des traits plus adultes, les cinq de Sacramento accouchent sous la tutelle du célèbre producteur Terry Date (Soundgarden, Pantera) d’un troisième opus qui aura suscité de longs débats entre Chino et Stephen, le premier souhaitant mettre en avant son amour pour la new wave tandis que le second estime que Deftones est un groupe de metal avant tout, et de ce compromis sont nées les onze pépites de White Pony. « Feiticeira » inaugure l’odyssée avec un son de guitare tout neuf, un jeu de batterie plus léger et un Chino à la voix posée, une entrée en matière qui prépare sobrement aux perles suivantes, à commencer par « Digital Bath » aux envolées puissantes puis « Elite », un des titres les plus violents -et excitants- enregistrés par le quintet. À vrai dire, chaque seconde passée de White Pony attise un peu plus le feu de l’admiration, aussi bien avec « Teenager » initiant la nature des futurs projets du frontman (Team Sleep, Palms, †††) qu’avec la formidable « Passenger » en compagnie de Maynard James Keenan (Tool, A Perfect Circle, Puscifer) qui figure parmi les plus belles pièces de toute la discographie du groupe. Pour beaucoup, White Pony se résume à « Change » ou a « Back To School (Mini Maggit) » sur la réédition (d’ailleurs regretté par Chino qui réfuta l’opération commerciale de Warner Bros.), deux très bons titres pour ne pas les qualifier à tort de « tubes » puisqu’ils sont clairement les plus abordables, ce qui est à la fois compréhensible et fort dommage.

Indépassable, le Poney Blanc galope sans s’arrêter sur la prairie sans fin de l’Élégance, traçant depuis maintenant quatorze ans le chemin des cinq cowboys responsables de sa lancée. Sans réitérer un tel coup de génie, ces derniers parviendront tout de même à tenir leur promesse avec une discographie variée et jamais à côté de la plaque. Du grand art.

Laurent.