Tygers Of Pan Tang – Spellbound

Genre: NWOBHM                        ®1981

Pour tout vous dire, Tygers of Pan Tang est Spellbound. Succédant à un Wild Cat (1980) inégal mais au final suffisamment honnête pour être considéré comme un des piliers de la NWOBHM, la bombe Spellbound  mérite amplement de siéger entre un Killers (Iron Maiden) et un Hysteria (Def Leppard). Ayant fait le choix judicieux de signer chez MCA, les félins britanniques ont non seulement pu créer une oeuvre de meilleure qualité sonore que la précédente mais c’est surtout dans la promotion qu’ils ont été vernis.

L’intégration d’un second six-cordistes, John Syes, et d’un nouveau frontman, John Deverill, en remplacement d’un Jess Cox viré comme une vieille chaussette (…un mal pour un bien?) change considérablement la donne. Le talent des deux protagonistes vont faire de Spellbound un Number Of The Beast de série B puisque la production, déjà meilleure que celle de Wild Cat, a néanmoins du mal à traverser les années mais en ce qui concerne les compositions, c’est du spontané qui fait foutrement du bien! A l’instar du vénérable Lightning To The Nations de Diamond Head, cette deuxième offrande respire la mélodie aussi bien dans ces riffs rapides que dans ces soli souvent courts mais justement plus mémorables de Sykes. Et puis que dire du chant du nouveau venu… un coffre époustouflant qui rehausse toujours le niveau des titres quand ceux-ci se révèlent être rébarbatifs -réutilisation d’un même plan sur plusieurs chansons- mais ce ne sont pas les trente-cinq minutes d’écoutes qui vont rendre l’expérience insurmontable, bien au contraire. Des titres comme «Blackjack» et «Hellbound» sont des grands classiques pour les connaisseurs, rapides et incisifs soit tout ce qu’on peut attendre de mieux de la part d’un groupe de heavy traditionnel.

Et aussi surprenant que cela puisse paraître, les deux moments forts de l’album sont les ballades «Mirror», portée par la puissance de Derevill, faisant frissonner de sa voix chaleureuse et tout simplement unique, et «The Story So Far», électrique et rythmée mais enthousiaste à la manière d’un Thin Lizzy, ce qui contraste avec le «speed» prédominant. Sykes suit le frontman dans ses harmoniques pour pousser les mélodies à leur plus haut niveau.

L’album au tigre sur la falaise aurait du apporter au groupe une reconnaissance émérite, seulement ce dernier a choisi une tout autre voie pour les albums suivant et s’est perdu dans les méandres d’un rock franchement indigeste et totalement hors-du-coup. Ceci dit, Spellbound reste gravé dans nos coeurs, et rien au monde ne nous ferait oublier ce petit bijou de la NWOBHM.

Laurent.

Nickelback – Silver Side Up

Genre: métal alternatif                ®2001

 N’ayons pas peur d’en parler: alors que les premières années du XXIè siècle annoncent l’arrivée d’une multitude de groupes issus de la scène néo-métal, l’écurie Roadrunner met en avant un groupe canadien ayant déjà deux albums a son actif au succès plus ou moins notable. Si les débuts sont très inspirés par Nirvana, Silver Side Up dévoile une facette plus hard rock et encore plus accessible.

Une chose est sûre: on se souvient tous de ce matraquage médiatique qui a subsisté pendant tant d’années, celui qui nous a un temps écoeuré des canadiens, mais dont la longévité sur les ondes a finit par en faire un classique du rock ricain, la pseudo-ballade « How You Remind Me » et son clip à l’eau de rose. Mais avec du recul et un peu plus de sagesse, on se rend bien compte que Silver Side Up n’est pas l’album d’un tube qu’on osera volontiers zapper histoire d’oublier un peu la rude sentence qui nous a été infligée ces dix derniers printemps.

Si nous parlions de hard rock un peu plus haut, c’est parce que contrairement à ce que l’on pourrait croire, le gros son, la sature et le chant nerveux ne manquent pas à l’appel. Sans grosses prétentions, ni trop d’artifices, les neuf titres sont tous plus entraînant les uns que les autres, notamment redevables au talent incroyable de Chad Kroeger pour ce qui est de pondre des mélodies qui s’incrustent dans la cervelle. En témoigne « Too Bad », deuxième single un peu plus digeste grâce à son solo sympatoche, au refrain pas trop difficile à retenir plus de ça, mais des titres comme « Money Bought », « Never Again » et « Just For » font la véritable force de cet opus qui est à mille lieux de quelconque prise de tête. Et puis il y a ces quelques approches stoner qui plaisent tant aux aficionados de guitares sous-accordées: « Hollywood » et son rythme répétitif auquel vient s’accrocher plusieurs éléments comme une voix trafiquée et un solo crade et dissonant façon Kyuss ou « Where Do I Hide » qui montre que le combo a réussi son permis poids lourd, qu’il n’utilisera pourtant qu’à l’occasion.

Pari réussi pour le label hollandais qui se frottera les mains avec les plus de quinze millions d’exemplaires écoulés de Silver Side Up, deuxième gros succès de la formation après le pourtant plus hétérogène All the Right Reasons (2005), très porté sur les ballades mielleuses à la limite de l’indigestion sonore. Décidément… Mais en dépit de ces lourds témoignages, le groupe a quelque part contribué à étendre la notoriété de la tendance post-grunge, et rien que pour ça, cette troisième offrande mérite le statut de référence.

Il est si tard… Kroeger, les riffs de la nuit?… bigre!

Laurent.

Wolverine – Communication Lost

Genre: progessif mélancolique   ®2011

Non, non et non. Charles Xavier et compagnie n’ont absolument rien à voir avec la création du groupe de métal progressif suédois Wolverine. Il s’agit plutôt d’un quintette n’ayant pas froid aux yeux et qui s’aventure à chaque album dans des contrées atmosphériques tantôt frissonnantes et dépressives tantôt gaies et emplies de sérénité.
Communication Lost est un concept-album basé sur les rapports compliqués qu’a vécu la formation après la sortie de Still en 2006; autant dire d’emblée que tout n’est pas rose à travers ces onze pistes.

Pour donner une idée de l’orientation musicale du groupe, il s’agit d’une croisement entre Pain of Salvation, Opeth époque Deliverance (2003)  et Damnation (2003 aussi) et puis des formations de rock ambient à la Blackfield ou Lunatic Soul. En aucun cas, Wolverine dévoile des onces de bestialité comme on peut facilement se l’imaginer: les morceaux sont relativement dénués d’accélération et de breaks techniques, en revanche la qualité de composition est bien là.

L’intro «Downfall» parvient sans trop de difficultés à imposer une forme d’anxiété. Des nappes de claviers errent et s’entrechoquent pour offrir quelque chose de planant, relaxant mais aussi quelque peu dérangeant. Une belle mise en bouche avant que «Into The Great Nothing» ne déballe son arythmie et ne montre que le groupe a franchi un pas depuis le remaniement de l’orchestre. Une production très raffinée propulse chaque instrument au premier plan même si le chant a toujours été le pilier des compositions. Point de cordes en adamantium mais un son de guitare suffisamment lourd et saturé laisse prétendre qu’il s’agit bien d’un groupe de métal. «Your Favorite War» continue dans cette lourdeur qui s’avère être plus accessible que les nombreux plans calmes qui parsèment Communication Lost.

Ceci dit, lorsqu’on y met un peu du sien, entrer en symbiose avec des morceaux comme «Embrace» porté par des percussions…percutantes et le charismatique frontman Stephan Zell ainsi qu’avec la touche électro-goth de «Pulse» et le duo piano/violon de «What Remains» procure un plaisir qu’il n’est pas donné à tout les artistes de satisfaire. Et le point fort de cet album est le morceaux qui le clôture, le démentiel «Communication Lost» aux allures avant-gardistes avant que «A Beginning» ne termine définitivement le tout en reprenant le thème de l’intro.

En résumé, l’album regorge de petits détails intéressants et bien exécutés pour un résultat sans réelles failles, mais il faut dire que l’on a pas affaire non plus à quelque chose de vraiment puissant et purement original. Reste que Wolverine, à défaut d’avoir apporté sa griffe (…), a fait preuve d’imagination dans le domaine et a su faire passer les émotions quasiment les doigts dans le nez. A écouter à tête reposée plus qu’au milieu d’un champ de bataille.

Laurent.