Madonna – Ray Of Light

Genre: pop                                ®1998

Deux ans après son rôle dans la comédie musicale Evita d’Alan Parker, la Madonne enregistre sous la houlette de William Orbit et de Patrick Leonard l’album du renouveau et de la maturité, celui qui casse l’image de fillette dévergondée au profit d’une simplicité la dévoile enfin sous son vrai jour. Cheveux longs bouclés, attitude moins provocante et un potentiel vocal qui a monté en grade, voilà le nouveau profil d’une artiste qui a, il faut dire, peinée à s’accomoder un plus large public depuis I’m Breathless (1990).

Officiant toujours dans un registre dansant, Ray Of Light  met en avant les ambiances atmosphériques et cultive une techno fraîchement renouvellée par M. Orbit.  A l’instar du maitre Jackson, Madonna innove en associant pop américaine et sonorités indiennes (« Shanti/Ashtangi ») et gothiques. Qui n’a jamais vibré à l’écoute de l’envoûtante « Frozen »? Une douce pépite dont le clip en aura admirablement été le tremplin. Diversifié, l’album relaxe autant qu’il fait bouger de ses moments dancefloor (« Ray Of Light », « Skin »), le tout dans une bonne humeur générale et surtout une avant-garde qui en fait une des oeuvres pop les plus abouties de son temps, et qui pour beaucoup, représente le meilleur travail de la Madonne. 18 millions d’albums vendus, c’est entièrement mérité, et c’est bien dommage qu’il en fut autrement pour la suite. Car bien que la Diva soit en constant renouvellement, aucun des albums sortis à partir de Music n’a la prestance ni la sincérité de Ray Of Light, la pop-électro s’étant transformée en piètre produit bien trop facile d’accès et de moins en moins musical.

En clair, si vous ne deviez vous procurer qu’un album de Madonna en dehors des années 80, foncez sur Ray Of Light. Délicieux.

Laurent.

Goldfrapp – Felt Mountain

Genre: trip-hop          ®2000

Felt Mountain est le premier fruit de l’union d’Alyson Goldfrapp et de Will Gregory, la première s’étant fait connaître de ses collaborations avec Tricky (Massive Attack) en tant chanteuse, tandis que le second est un compositeur ayant travaillé avec The Cure, Tears For Fears et Portishead. Issues de Bristol, la formation est immédiatement identifiée dans le registre trip-hop, ce qui n’est pas entièrement faux, cependant Felt Mountain est bien plus qu’un résidu de Dummy, la référence ultime de la trip-hop britannique. Bien sûr, la voix sensuelle d’Alyson rappelle bien souvent celle de Beth Gibbons, et les claviers ne sont pas sans rappeler parfois ceux d’un « Glory Box », mais la magie est telle que Felt Mountain se révèle être bel et bien une entité à part, un synonyme de beauté dont seul le berceau de Bristol possède le secret.

Il est fort probable qu’en regardant une publicité ou un film, vous vous soyez frotté au sublime morceau siffloté « Lovely Head » qui ouvre l’album. Aussi mélancolique que serein, ce dernier réunit avec une classe ultime la musique d’Ennio Morricone, celle de François de Roubaix (César de la meilleure musique pour le film Le Vieux Fusil) et répétons-le, reprend les choses où Dummy les a laissé en 1994. Parfois dérangeant (« Human », « Deer Stop ») ou carrément polka (« Oompah Radar »), Felt Mountain atteint le divin avec « Utopia » avec son chant opéra et ses sonorités ultra-accrocheuses.

Malgré un quasi-échec commercial à sa sortie, Felt Mountain est devenu une référence pour les compositeurs de musique électronique ainsi que pour les amateurs de détente. Un vrai conte de fée qui procure à chaque voyage, le même sentiment: l’Amour pour la musique. Un joyau, mesdames et messieurs, un pur joyau.

Laurent.

System Of A Down – Toxicity

Genre: métal alternatif         ®2001

On n’avait pas connu pareilles sensations depuis le split de Faith No More en 1997. Sans parler du premier System faute d’une prod’ loin d’être extraordinaire mais qui a su faire parler de lui en particulier Outre-Atlantique, aucun groupe n’avait réussi à prendre la relève de l’ancien groupe de Mike Patton dont la recette schizophrénique a marqué l’histoire du métal. Mais en 2001, alors que les radios diffusent en continuité Hybrid Theory de Linkin Park, et qu’une tripotée de jeunes groupes issus de l’école « Korn & Deftones » (et Fear Factory) explosent les charts, les quatre arméniens, cette fois épaulés par la référence Rick Rubin, balancent Toxicity à la face du monde, et à ce moment, c’est la baffe. LA grosse baffe.

Quel son énorme, pourtant loin de la déferlante sept cordes de son époque. En pleine forme, le quatuor a pondu un album aux titres suffisamment courts pour en faire des tubes potentiels, mais c’est davantage leur contenu que leur format qui nous intéresse à cet instant. Entre nervosité et détente, impossible de s’ennuyer une seconde. Jamais de morceaux comme Chop Suey! n’avaient alterné passages enragés et breaks atmosphériques avec autant de classe et d’ingéniosité. Innovant, le style des System se veut inclassable malgré l’étiquette néo qu’on lui colle pour le gros son et l’absence de solos. Mais les influences orientales sont plus présentes, et c’est clair qu’en savourant les perles que sont « Toxicity », « Needles », « Psycho » et le final « Aerials », un des plus beau titres de la formation à ce jour, on ne peut que confirmer le statut de groupe culte.

Unique en son genre, Toxicity marque un nouveau départ pour Malakian et sa bande, ainsi que pour bien des groupes qui ne lui arriveront même pas à la cheville, si ce n’est les excellents Psykup dans notre beau pays. Devenu une référence, l’album procure toujours autant de plaisir dix ans après, comme si rien ni personne n’avait pu renouveller l’expérience avec autant de feeling et de professionnalisme. Un gros carton, un grand album, un grand groupe, et surtout un grand merci.

Laurent.