Diskreet – Engage The Mechanicality

Genre: death technique           ®2010

Certains groupes vous parlent plus que d’autres après vous avoir foutu une sacrée branlée avec un premier EP de quelques titres qui vous font apprécier toujours plus un style. Car il faut dire que le death technique, c’est quand même quelque chose! Les américains de Nile et d’Atheist ainsi que les teutons de Necrophagist auront chacun laissé une trace dans l’histoire du death, montrant à la face du monde qu’il n’est pas que question de violence gratuite et simplicité d’esprit, chose qui est également fausse lorsqu’on parcourt les discographies de formations moins prise de tête comme Immolation et Morbid Angel.

Diskreet est depuis ses début épaulé par le remarquable label britannique Candlelight (Emperor, Vader), qui a annoncé peu avant la sortie de Engage the Mechanility que ce dernier était un cran plus dévastateur que l’EP. Et bien, il faut dire que nous n’avons pas affaire à une troupe d’escrocs: cet opus est effectivement remplit de bâtons de dynamite prêt à remettre en question l’adage «on ne peut pas déplacer les montagnes».

Derrière ce livret magnifique, à l’ambiance futuriste, se trouvent onze titres assez réussis portés par un duo de guitaristes virtuose, qui ont cherché à faire vibrer les écoutilles avec le plus de notes possibles sur des rouleaux compresseurs comme «The Fall of Mankind», «Graves» ou «We Are Legion», mais le plus intéressant dans tout ça réside dans l’exécution de solis très techniques et mémorables plus de ça, en particulier celui de «Bishop of War» mais également ceux des premiers titres «Valley of Kings» et «Serpents Tongue».

On pense pas mal à Aborted dans l’ambiance et cette volonté d’écraser l’auditeur. L’arrivée du growleur Stephen Babcock offre un plus à la puissance des morceaux, mais ce petit bol d’air frais n’est pas non plus dénué de défauts. En effet, si technicité il y a, la production met un peu trop l’accent sur la batterie qui, bien qu’excellente soit-elle, étouffe quelque peu les grattes ainsi que le groove de la basse. Et force est d’admettre qu’une certaine linéarité se fait sentir, mais rappelons que le death n’a pas été inventé pour les prises de tête.

Un premier album réussi pour un groupe qui se réserve un bel avenir, un bel hymne à la brutalité qui tient l’auditeur en haleine durant tout son acheminement.

Laurent.

Avatar – Black Waltz

Genre: death mélo-gothique       ®2012

L’opus éponyme sorti en décembre 2009 fût une des meilleures surprises de la dernière décennie en matière de death mélodique. A des lieux d’avoir suivi les traces des (ex-)poids lourds suédois que sont Dark Tranquility, In Flames et Soilwork, les cinq d’Avatar avaient légèrement adouci le ton pour se focaliser sur la qualité des riffs, assassins malgré tout, des solos inventifs et des parties de chants souvent bluffantes. Le groupe avait alors l’attirail nécessaire pour attirer le respect et ce, dans une modestie des plus respectables, non seulement pour l’originalité dont sa musique fait preuve sur « Avatar » mais également pour la qualité des titres, à la fois simples d’accès et inspirés dans leur composition.

L’espoir d’un album de la même trempe pour 2012 n’était pas vain étant donné leur dernière performance et la marge qui sépare cette dernière à « Black Waltz ». Toujours en contrat chez Sony, et une nouvelle fois produit par son chanteur Johannes Eckerström, ce dernier méfait présente pour commencer une pochette pas aussi drôle qu’elle en a l’air, loin du mysticisme efficace de l’éponyme, bien qu’on connaisse l’esprit tordu d’Eckerström, ici maquillé en une sorte de maestro des fêtes foraines. Le titre de l’album signifie « danse sombre », ce qui laissait présager un album festif sauce Avatar, ou simplement quelque chose d’encore plus original.

Côté production, le son est toujours propre et moins agressif pour un rendu au barrières du rock. Ce n’est pas un problème en soi mais revenons plutôt sur nos attentes d’une nouvelle pièce qui s’annonçait festive. Hélas, ce n’est vrai que pour la cinquième piste, « Black Waltz », assez entraînante, bien mise en valeur par ce chanteur à la voix criée si singulière et surtout grâce à son clip fort sympathique, car outre ce bref plaisir, rien de ce que la formation nous avait offert sur son, rappelons-le, formidable album éponyme ne résonne sur ce quatrième méfait. Peut-être que « In Napalm » et « Torn Apart » laissent transparaître une once de prise de risque de bon goût avec un côté « pop-gothique » à la Paradise Lost, hormis cela, pas d’intro détonante à la « Out Of Our Minds », pas assez de refrains mémorables comme ceux des hits « The Great Pretender » ou « Deeper Down », et pas non plus de riffs tranchants qui ont cédé la place à des saccades aujourd’hui monnaies courantes et pour le coup usantes dans le death mélodique. On se tape même un rock’n’roll au chant mansonien (pardonnez les références) avec « Let It Burn », pas spécialement à côté de la plaque mais surprenant de la part d’un groupe au potentiel aussi énorme. Que pasa? Aurait-on décidé comme les copains, de rendre sa musique encore plus accessible quite à mettre de côté l’inspiration?

En tout cas une chose sur laquelle on ne peut rien reprocher aux Suédois pour ce « Black Waltz », c’est d’avoir conservé leur originalité avec un son bien à eux et toujours ce chant atypique. Trop soft pour être comparé à Crematory, et pas assez de chant clair pour être affilié à Before The Dawn, ce n’est vraiment pas dit que cet album aux influences gothiques évidentes ne s’adoptera pas avec le temps car l’ensemble n’est pas du tout difficile d’accès, le schéma de composition est relativement simple, seulement on n’y décèle pas ou peu d’accroches car souffrant de la comparaison inévitable avec « Avatar », « Black Waltz » n’est pas du tout la suite espérée. Rien n’est vraiment mauvais, c’est un death mélodique pas super violent (et pour être franc, le groupe s’identifie plus à des groupes comme Poisonblack qu’au death à proprement parler) même dans ses moments énervés qui pourrait franchement plaire à ceux qui n’ont pas goûté au prestige (dixit le chroniqueur dithyrambique pas énervant du tout) « Avatar », mais après nombreuses écoutes, la sauce ne prend tristement pas de A à Z. Espérons qu’il ne s’agisse que d’une évolution encore incomprise de notre part, et que le nom d’Avatar restera encré au top des saveurs exquises signée « Götenberg ».

Laurent.

Requiem – Within Darkened Disorder

Genre: death                  ®2011

Dans la famille «death-ultra-classique-mais-qui-défonce-sa-race», on demande Requiem. Ne cherchez pas l’innovation ou les prouesses techniques à la Origin dans la discographie des Suisses, ceux-ci n’auront jamais eu d’autres intentions que de faire mumuse entre copains. Si le groupe connait un sans fautes au niveau des artworks, sa discographie reste néanmoins irrégulière avec des débuts prometteurs qui aboutiront vite à une routine les empêchant d’atteindre quelconque renommée digne de ce nom.

Réduit au format de trio avec l’arrivée d’un nouveau chanteur/bassiste, l’allemand Ralf Winzer, Requiem franchit un pas dans ses ambiances: le grunt de Winzer n’est pas anodin à cette noirceur prédominante et son jeu de basse apporte le groove qui faisait défaut sur la précédente galette. S’éloignant de Bolt Thrower pour s’approcher de Morbid Angel, Requiem diversifie la donne sur Within Darkened Disorder. Agressif, puissant et réglé au millimètre, ce death vieille école est un vrai régal, car les diverses inspirations que l’on y trouve permettent une écoute fluide et franchement prenante.

Il faut dire que le batteur/marteleur Reto Crola s’en donne à coeur-joie avec ces nombreux changements de rythmes qui font de «Purified In Flames» ou du titre d’ouverture «I Am Legion» de futurs classiques du groupe. Les infimes touches mélodiques apportées par Klauser sur «Omnivore» et «Feed the Green» dévoilent l’étendue du savoir-faire de ces lurons dans le domaine. «The Plague Without A Face» fait preuve d’une technicité jamais abordée par les Helvètes jusqu’ici. Winzer aurait-il ramené une fibre allemande? Sans aller jusqu’à une comparaison avec Necrophagist ou Obscura, il semble que ce nouvel ingrédient colle parfaitement à l’esprit du nouveau trio.

Loin de révolutionner quoique ce soit comme ont l’habitude de le faire ses compatriotes (à tord ou a raison), Requiem s’en sort foutrement bien en accouchant de son album le plus intéressant autant pour son aspect direct que pour cette démonstration technique (mais pas trop quand même) de death bien mise en avant avec une production méchamment propre. Within Darkened Disorder n’est pas l’album de la mort de l’année –sauf si l’on considère que Septic Flesh est un ovni et que le death technique est réservé à une élite en mal de sensations extrêmes- mais se trouve être le meilleur moyen de découvrir ce groupe talentueux.

Un petit pas pour le death, un grand pas pour Requiem.

Laurent.