Facebreaker – Infected

Genre: Death old-school         ®2010

En 1968, George A. Romero révolutionne le film d’horreur avec son désormais classique Night of the Living Dead. En 2010, Facebreaker ne révolutionne absolument rien, mais se contente de livrer un concentré de Death old-school que le – trop court – deuxième album Dead Rotten And Hungry avait plutôt bien exploité.

La musique du groupe est à l’image de ses pochettes consacrées aux zombies, ces êtres aux instincts les plus primaires qui soient, mais sans le côté nauséabond. Car à défaut d’être innovant, Infected, produit par Môsieur Peter Tâgtgren, écope donc d’un son de guitare imposant qui rappelle celui d’un Bloodbath ou des premiers Entombed. Mais le point fort ultime de Facebreaker reste le growl toujours aussi surprenant de Roberth Karlosson, véritable porte-parole de la putréfaction par excellence.

Les deux minutes de « Creeping Flesh » ont le chic pour accrocher instantanément l’auditeur avec son rythme lancinant et ses solos abyssaux. Et ensuite, rien ne sera aussi satisfaisant… un mid-tempo beaucoup trop présent tend à rendre l’album monotone et le pousser aux portes du désintérêt (« Epidemic », « Cannibalistic » et « Bloodshred », au riff quasi-identique à celui de « Creeping Flesh », en sont les meilleurs exemples)
On aurait accueilli à bras ouverts plus de titres comme « Torn to Shreds », « Waiting for The Pain » et « Reanimating the Dead », relativement courts et bien rentre-dedans comme il faut (béni soit Tägtgren d’avoir aussi bien mixé la batterie, un poil plus présente que par le passé) qui ne parviendront guère, malgré ces efforts, à délecter le groupe d’un manque d’originalité flagrant.

Mis à part des sujets qui peuvent passionner les mordus (la blague…) de films post-apocalyptique de zombies, il n’y a pas grand chose d’excitant à se mettre sous la dent avec cet Infected. Même pas de quoi headbanger du début à la fin… Que dire de plus, si ce n’est qu’on recommanderait à peine ce disque aux inconditionnels du Death « à l’ancienne ». Espérons une suite bien plus digne de ce nom!

 

Laurent.

Hate – Erebos

Genre: Death black                     ® 2010

Est-il orthodoxe d’accorder de l’intérêt à une entité qui n’aspire que la Haine, et qui la revendique par le biais d’un Death technique depuis maintenant 20 ans? Ca va de soi, car Hate est aux côtés de Decapitated, Vader et Behemoth un poids lourd du métal polonais.

Après un Morphosis qui avait remis les pendules à l’heure il y a deux ans en proposant une sauce un peu plus variée qu’à l’accoutumée, le groupe a décidé de rester dans cet esprit d’ouverture avec Erebos.
Le titre de l’album est en l’honneur du dieu grec Erèbe, symbole des ténèbres et du pessimisme, les thèmes préférés du quatuor.

Après une introduction en guitare sèche teintée des sonorités ambient auxquelles les polonais nous ont récemment habituées, pas question de perdurer dans le doute: Hate est bien là, et en forme paraît-il sur ce « Lux Aeterna ». La production est délicieusement propre et fine, notamment au niveau de la batterie qui sera pour ainsi dire l’atout majeur de ce Erebos. Plutôt que de faire dans le blast à 350 bpm du début à la fin, le groupe a choisi le terrain de la technicité en incorporant des contre-temps et des passages lourds un peu partout. Tout ça peut paraître bien alléchant pour la suite en vue de ce premier titre exquis, et pourtant…

Blasphème? Négatif, car malgré ce désir de vouloir en mettre plein la vue, se cache un foutu souci d’identité. En dehors d’un « Erebos » dans la continuité de « Lux Aeterna » et d’un « Quintessence of Hinger Suffering » inspiré des premiers Sepultura et d’une efficacité mordante, c’est du pur Behemoth que nous sert les Haineux, là! La voix d’Adam ressemble étrangement à celle de Nergal, et hormis les quelques solos bien exécutés, le mécanisme « mid-tempo/blast beat » est trop présent sur la deuxième moitié de l’album, et finit par agacer l’auditeur, qui attend avec impatience un peu plus de folie dans tout ça (les riffs et rythmes de « Hexagony » et « Wrists » ont déjà été vus et revus par les homologues polonais). Les sonorités industrielles, qui se sont légèrement assoupies, font bien défaut à présent: à vouloir trop tendre la main à leurs aînés, Hate en a perdu son fond et sa forme.

C’est dommage, car il y a une sacré technicité et une énergie qui pourrait prendre aux tripes si les idées avaient été mieux disséminées sur les 10 titres. Il serait trop affligeant de dire que ce disque est moyen, il est à juste titre bon, mais pas suffisamment à la hauteur des attentes. A ceux qui pensait trouver l’album death du trimestre, bien mes condoléances.

 

Laurent.

Crystalic – Persistance

Genre: Heavy-Death                 ® 2010

Douze ans de carrière, deux albums. Chaque chose en son temps, Crystalic est le genre de groupe qui prépare doucement le terrain avant d’être sûr de savoir dans quoi il met les pieds.

Watch Us Deteriorate revisitait sans vraiment faire dans le plagiat les débuts du Death mélodique instauré par At The Gates et In Flames (c’est toujours bon de le redire) et même le savoir-faire du haut-de-gamme Chuck Schuldiner, mais souffrait d’un chant bien trop linéaire, pas assez death pour ainsi dire, pour un rendu qui fut pour le coup plus assimilé à un heavy des plus basiques qu’autre chose.

Surement déçu des résultats de son premier rejeton, le groupe finnois décide de se séparer de son principal fauteur de troubles, Moberg, qui laissera place à un autre inconnu du bataillon, Lasse Heinonen. Et c’est alors à notre plus grande joie que débarque un Crystalic tout frais en 2010. Inutile de tergiverser davantage, ce nouveau vocaliste n’a strictement rien à voir avec son prédécesseur: son growl est puissant, et les quelques passages de chants clairs sont impressionnants de sincérité et de justesse.

Voilà qui réchauffe les coeurs, car on tient enfin entre les mains un death mélodique des plus ravageurs. Persistence marque une évolution considérable de Crystalic dans la qualité de ses compositions, qui sont beaucoup plus variées que sur son prédécesseur. Grosse production qui ne vise pas à en mettre plein la vue, mais juste à appuyer la précision du jeu de chaque membre qui apporte sa touche personnelle pour une démonstration conséquente.

« Sub-Creatures » ouvre le bal avec une intro acoustique de toute beauté pour ensuite balancer une purée compacte et délicieuse, encore très heavy dans l’ensemble mais diaboliquement orchestrée. Puis virage avec le black/death « Throne of Sin » avec apparition du chant clair qui n’a absolument rien de ridicule car volontairement mis en retrait, plutôt bien réfléchi pour une fois. En gros, l’album est constitué de cette formule: des morceaux plus heavy (« Voiceless Army », « Wall of Sanity ») et d’autres plus death (« Lord of the Mourn », « New Time ») histoire qu’il y’en ait pour tous les goûts.

« Eulogy », de sa magnificience impose une détente méritée dans toute cette énergie avant que « Blastbeat Of My Heart » ne nous replonge immédiatement dans cette brutalité contrôlée, et ce jusque « Too Dark To See » au nom évocateur, qui clôt l’album sur neuf minutes d’un Death mélodique majestueux.

Une bonne chose de faite! Crystalic s’est donné les moyens de reconquérir le public en s’éloignant de la rondelle de ses aînés cités plus haut pour se rapprocher discrètement de Dark Tranquillity, notamment en intégrant un clavier en fond sonore sur certains titres (« The Flame »).

Remercions ce nouveau chanteur de taille et les guitaristes d’apporter les touches essentielles à l’identité du groupe, pas toujours flagrante mais quand on est saisi par une mélodie, il est possible de faire fi sur la réelle position du groupe dans toute cette métalorgie. Très bonne surprise.

7,5/10

Laurent.