Black Sabbath – Sabotage

Genre: heavy metal                  ®1975

Et bien, nous voici déjà au sixième album de Black Sabbath. Le temps passe extrêmement vite, vous ne trouvez pas? Ah bien sûr, dans un concept exceptionnel pour ce groupe exceptionnel, il m’ait été obligé de sauter trois albums par souci de connaissances suffisantes les concernant. Du peu que j’ai écouté Master Of Reality (1971), Vol.4 (1972) et Sabbath Bloody Sabbath (1973), des nouveautés comme l’apport de guitares accoustiques, piano et synthétiseurs ont rendu la musique du groupe plus intelligente mais malgré mon attirance pour les genres à consonnance « chiants » -le prog’ en effet, et les musiques traditionnelles- j’ai peine à me jeter sur un Black Sabbath différent de celui qui envoie les gros riffs et qui fait peur d’où ce bond en avant vers mon album préféré du groupe (à cheval avec Heaven & Hell), le bien nommé Sabotage.

Reconnus comme étant d’excellents musiciens en studio, Bill, Tony, Geezer et Ozzy ont en revanche une fâcheuse tendance à se laisser aller avec une prise quotidienne de drogues notamment de la part du chanteur et du batteur dont le comportement excessif commence à faire bouillonner Tony Iommi. Les tensions sont nombreuses mais Sabotage parvient tout de même à s’extraire des studios Morgan. Son patronyme relate les évènements récents au sein du groupe comme si certains membres avaient souhaité reconnaître publiquement leurs torts. Niveau son, il marque un retour aux premiers amours heavy tout en continuant dans l’expérimentation orchestrale; un sacré point qui le rend aussi intéressant que les précédents albums, la puissance en plus. Il n’est par contre pas aussi sombre qu’il n’en a l’air, moins doom et plus encré dans le pur heavy metal, en témoigne l’ouverture « Hole In The Sky ». Le synthétiseur, déjà très présent sur Sabbath Bloody Sabbath, adoucit encore plus le ton sur « The Thrill Of It All » et la popisante (…pardon?!) « Am I Going Insane » au style proche de Yes ou Rush sans pour autant passer à côté de la plaque. Des morceaux typés progressifs sont présents à savoir « Megalomania » et « The Writ », apportant un contraste intéressant face aux autres morceaux plus accessibles. Pour finir, nous arrivons enfin à la crème de la crème: d’abord, deux instrumentaux phénomenaux dont le premier, « Don’t Start » ne dure que 49 secondes pendant lesquels Iommi démontre tout son talent tandis que le second, « Supertzar » met en oeuvre un opéra-rock avec des choeurs, puis LE morceau metal de l’album, l’un des piliers du futur thrash metal aux côtés de « Stone Cold Crazy » de Queen, le terrible « Symptom Of The Universe », qui est en tout honnêteté le premier morceau venant à l’esprit de n’importe quel metalhead lorsque ce dernier entend parler de Sabotage.

Une production puissante, des morceaux plus abordables sans pour autant dire au revoir à l’expérimentation, Sabotage n’a peut-être pas le statut culte des deux premiers albums en revanche je savoure autant la qualité qui s’en dégage. Le dernier coup de maître de la période Ozzy, il faudra attendre 1980 avant de voir un nouveau Black Sabbath qui casse la baraque.

Laurent.

Black Sabbath – Paranoid

Genre: heavy metal               ®1970

Nous sommes le 18 septembre 1970 à Londres. Cette date reste gravée dans nos mémoires -du moins dans la mienne- car elle est caractérisée par une mauvaise et une bonne nouvelle: d’une part, Jimi Hendrix nous quitte pour des raisons encore incertaines, d’autre part Black Sabbath sort sa plus grosse réussite commerciale, le tonitruant Paranoid. Il ne fallut que trois jours pour enregistrer Black Sabbath, cet album en a demandé deux. Incroyable, cette volonté de ne (presque) pas retoucher aux prises alors que pourtant, le style des Anglais s’affirme enfin. Le son dixit Rodger Bain est encore plus gros tandis que les textes traitent de sujets difficilement abordables ce qui vaut au groupe le mépris de journalistes encore habitués aux mélodies pop des Beatles.

Le chevalier sur la pochette a souvent suggéré la question suivante: « mais qu’est-ce qu’il fout là, lui? », ce qui ne l’a cependant jamais empêchée (la pochette) d’être aussi célèbre que le disque lui-même.  Les quatre gus sont en voie de lancer un nouveau courant musical à seulement vingt-deux ans de moyenne d’âge et quand on écoute ce qu’ils avaient dans les tripes à leur début, la comparaison avec notre époque n’est même plus envisageable. A part quelques formations dont j’aurais même du mal à citer comme exemple par souci d’objectivité,  aucun groupe aussi jeune n’a composé de morceaux intemporels comme « Paranoid » ou « Iron Man », aux riffs de Tony Iommi mille fois imités mais jamais égalés. Black Sabbath a d’ailleurs été le groupe 70’s le plus repris en raison de la simplicité dont il fait preuve par rapport à Led Zep’ ou Deep Purple. L’histoire du heavy metal démarre réellement avec Paranoid dont le titre « War Pigs » en est l’un des plus impressionnants représentants par son agressivité, sa longueur et ses solos. Le seul morceau retravaillé -en coup de vent- après la session d’enregistrement est « Planet Caravan », LA ballade de Black Sabbath où la voix d’Ozzy a été revue au mixage pour la rendre plus « floue ». La version de Pantera redonnera ses lettres de noblesse a ce morceau vingt-quatre ans plus tard. En attendant, Geezer Butler nous hypnotise avec sa basse sur « Hand Of Doom » avant que Bill Ward n’assassine ses fûts sur l’instrumental « Rat Salad ». Huit morceaux pour un album qui, bien que relativement court, m’en met plein la vue à chaque écoute.

Marquant le style définitif de Black Sabbath, Paranoid est considéré comme le sacre de la période Ozzy Osbourne. De mon côté, je voue un culte au nerveux Sabotage (1975) avant que Ronnie James Dio ne vienne émerveiller la musique du groupe de sa voix sublime sur Heaven & Hell (1980). De toute manière, nous y reviendrons bientôt donc il est encore temps d’imiter le riff de « Iron Man » du mieux que l’on peut.Un classique peut-être trop surestimé par rapport à d’autres albums du groupe mais qui reste malgré tout un de mes préférés.

Laurent.

Black Sabbath – Black Sabbath

Genre: heavy metal/blues     ®1970

Trois groupes sont responsables de la mutation du rock’n’roll vers le heavy metal: Led Zeppelin, Deep Purple et Black Sabbath. Les trois étant fortement influencés par le blues sur leurs premiers albums, il est difficile de désigner celui qui fut le premier à avoir réellement fait un pacte avec le Diable. Mais la légende veut que les Anglais de Black Sabbath soient à l’origine du metal en raison de l’utilisation du triton par le guitariste Tony Iommi, dont la main droite a été amputée de deux doigts. Cet accident a poussé le musicien a forgé un jeu personnel qui est à l’origine du son Black Sab’.

Il n’aura fallu que trois jours pour mettre Black Sabbath en boite au studios Trident de Londres. Pour Bill Ward (batterie), Geezer Butler (basse), Ozzy Osbourne (chant) et Iommi, c’était hors-de-question de revenir cinquante fois sur un même plan, il fallait à tout prix enregistrer les meilleurs titres avec le plus de spontanéité possible. L’album sort le 13 février 1970 et choque le monde par sa noirceur et sa violence toutes deux inédites. Il n’est pas le premier Black Sabbath qu’il m’ait été offert d’écouter, la place revenant au monstre Paranoid, donc le choc n’eut certainement d’égal que celui des pauvres oreilles de l’époque en revanche la qualité des compositions et le statut de certaines pièces au rang de mythes est indéniable. Nous sommes actuellement le 28 juillet 2012 et en quarante ans d’existence du heavy metal, peu de morceaux ont autant dérangé que « Black Sabbath » dont le riff ultra-lourd irritant jusqu’au plus profond des oreilles reste l’un des plus efficaces en son genre. La suite de l’album ne définit pas autant le style définitif du groupe, car ce dernier nage encore dans les eaux troubles -sans pour autant parler de manque de personnalité- des poids lourds du hard rock. « Behind The Wall Of Sleep » ou « Evil Woman, Don’t Play Your Games With Me » sont assez proches de Deep Purple tandis que « The Wizard » et la pièce « Warning » lorgnent du côté de Led Zep’. « Regardez-moi cette andouille qui ose comparer Black Sabbath au hard rock » penseront certains d’entre-vous mais c’est malheureusement plus fort que moi puisque comme je l’ai dit plus haut, tous ces groupes ont des racines communes dans le blues (d’ailleurs, « Warning » et « Evil Woman » sont des reprises, comme l’avait fait Led Zep’ sur son premier opus). C’est un peu moins vrai pour « N.I.B »(ards!), LE « tube » de Black Sabbath avec ce chant à l’unisson avec le riff de guitare et pour « Sleeping Village » dont les influences (encore?!) Jethro Tull pour qui Iommi a été guitariste pendant une courte période en font le morceau le plus technique du lot. Reste que les sept morceaux de cette première oeuvre sont savoureux et ont le mérite d’être les premiers d’une longue liste de références en plus de faire découvrir un chanteur atypique à la face du monde dont la voix nasillarde résonne toujours sur les planches: Ozzy Osbourne, surnommé The Prince Of Darkness.

Ne cherchez pas 100% de heavy metal sur Black Sabbath. Pour cela, adressez-vous à leur plus gros succès et chef-d’oeuvre Paranoid sorti seulement quatre mois plus tard, mais ce serait passer à côté d’un rock déjà bien lourd et fort bien construit, même si le meilleur à mes yeux reste à venir.

Laurent.