Testament – Dark Roots Of Earth

Genre: thrash metal                    ®2012

Cela faisait longtemps qu’une telle excitation n’avait pas été ressentie en écoutant une nouvelle sortie thrash metal. Aussi bien du côté des allemands (Sodom, Destruction, Tankard et Kreator) que du côté de la Bay Area (Slayer, Exodus, Death Angel et bien sûr Metallica) et partout ailleurs dans le monde, les albums sont de qualité mais la plupart ressassent des recettes vieilles de vingt ans, privilégiant la vitesse à l’inspiration. Sans dire que Testament ait innové depuis le surpuissant The Gathering (1999), il faut tout de même admettre qu’il est un des seuls parrain du genre à proposer des albums intéressants en plus de se contenter d’envoyer le pâté.

The Formation of Damnation (2008) était caractérisé par le retour du guitariste soliste Alex Skolnick. Le disque en lui-même est sympa mais j’ai toujours trouvé le chant death de Chuck Billy éreintant à la longue. Pour mon plus grand bonheur, le chanteur est revenu au chant clair typique du thrash avec en prime, une production balèze signée Andy Sneap qui affiche un son aussi puissant que propre. Pas trop propre pour ne pas sonner trop « moderne » mais juste ce qu’il faut pour assurer le show. La batterie de l’intérimaire Gene Hoglan (ex-Dark Angel, Fear Factory) a été sacrément bien mixée pour des heures de headbanging assurées. Je dois l’admettre, Testament m’a pris de court avec Dark Roots Of Earth et ses morceaux authentiques, chacun ayant sa manière de foutre des frissons. Par exemple, le morceau d’ouverture « Rise Up » est le plus basique des neuf avant que la suite renoue avec la nature sombre du groupe qui n’a pas hésité à s’accorder quelques tons plus bas (« Native Blood », « A Day In The Earth ») pour apporter plus de punch. La paire de guitariste est au sommet de sa forme et elle le prouve sur des tueries comme « True American Hate » ou « Last Stand For Independance ». Aucun des titres ne dure moins de quatre minutes et même « Cold Embrace » à la nature progressive (Testament n’a jamais été vraiment loin de Metallica) n’ennuie pas. DROE s’achève sur trois reprises très réussies: « Dragon Attack » de Queen, « Animal Magnetism » de Scorpions et « Powerslave » d’Iron Maiden, chacune ne se contentant pas d’essayer faire sonner un classique comme tel mais de le sublimer version Testament.

Ce manque d’objectivité paiera mais on aurait presque envie de parler d’un coup de maître. Après tout, c’est avec amusement que je m’évertue a y déceler en vain des défauts. Rare sont les groupes de thrash à aller de l’avant sans provoquer la stupeur (même si je suis entièrement satisfait de la carrière de Metallica et d’Anthrax) et Testament fait partie de cette catégorie aux côtés d’Exodus. Ni innovant ni conventionnel, Dark Roots Of Earth est juste un putain d’album de thrash, on en a assez dit comme ça.

Laurent.

Black Sabbath – Heaven & Hell

Genre: heavy metal                  ®1980

Depuis l’excellent Sabotage, les choses ne se déroulent pas vraiment comme prévu pour Black Sabbath: les confits internes sont incessants tout comme l’addiction du Madman à l’héroine qui engendre des problèmes de concentration et donc d’inspiration depuis l’écriture de Sabbath Bloody Sabbath (1973), ce qui n’a pas empêché le groupe de sortir la tuerie Sabotage seulement exit les enregistrements éclairs d’antan. La partie ne semblait pas perdue et pourtant il a fallu que deux albums vraiment moyens voient le jour, Technical Ecstasy (1976) et Never Say Die! (1978) qui ont peut-être leur public mais qui n’auront jamais ma défense. Il est temps pour Ozzy de se faire la malle après une période chaotique et aux trois autres se reprendre du poil de la bête. Pour se faire, le trio contacte l’ancien chanteur du nouveau groupe de Ritchie Blackmore, Rainbow, qui répond au nom de Ronnie James Dio.

Produit par le disciplinaire Martin Birch, Heaven & Hell signe un nouveau départ, une renaissance même pour Black Sabbath. Le groupe abandonne les sentiers de l’expérimentation pour revenir aux fondamentaux du heavy avec ce chanteur qui y est pour beaucoup dans la claque que procure cet album. Un vrai chanteur au coffre impressionnant malgré sa petite taille et au timbre unique tout comme Ozzy sans l’aspect nasillard. Du côté de l’artwork, on en avait pas vu un aussi beau depuis… le premier album. Des anges en train de pomper des clopes, la barrière entre le paradis et l’enfer n’a plus de sens donc plus besoin de choisir entre « Starway To Heaven » et « Highway To Hell ». Rien à voir mais tant pis, on continue.

Sans parler de révolution, Heaven & Hell enchaîne les titres phares. «  »Heaven & Hell » par exemple deviendra aussi mythiques que « Iron Man » ou « Paranoid », si ce n’est plus au regard du nombre de personnes acclamant davantage la période Dio que la période Ozzy. Des titres comme « Neon Knights » et « Die Young » signent les débuts de la NWOBHM -imaginez Dickinson chanter à la place de Dio, c’est assez rigolo- alors que le reste de l’album sonne plutôt hard surtout « Lady Evil » et « Walk Away ». L’énergie est tout de même omniprésente grâce à ce frontman qui fut l’un des plus grands -au sens figuré- chanteurs de heavy metal de tous les temps et au retour des riffs de Iommi.

En voilà, un retour percutant. En remontant la pente, Black Sabbath signe son album le plus adulé au même rang que Paranoid. Pendant la tournée qui suit la sortie, Dio en profite pour populariser la Mano Cornuta que le metalhead de base -moi y compris- effectue à chaque concert de sa musique favorite. Une page vient d’être tournée, il est temps de s’adonner à un deuxième album avec Ronnie avant que ce dernier ne se fasse éjecter en compagnie du nouveau batteur, Vinnie Appice. Les années 80 sont un véritable désastre niveau commercial -niveau artistique, à chacun de se faire son opinion- pour Black Sabbath jusqu’à ce que Dio réintègre son poste pour Dehumanizer (1992), sachant que j’apprécie Tony Martin sans pour autant avoir écouté en boucle cette partie de la discographie. Enfin bon, heureusement que certains albums sont intemporels, n’est-ce pas?

Laurent.

Black Sabbath – Sabotage

Genre: heavy metal                  ®1975

Et bien, nous voici déjà au sixième album de Black Sabbath. Le temps passe extrêmement vite, vous ne trouvez pas? Ah bien sûr, dans un concept exceptionnel pour ce groupe exceptionnel, il m’ait été obligé de sauter trois albums par souci de connaissances suffisantes les concernant. Du peu que j’ai écouté Master Of Reality (1971), Vol.4 (1972) et Sabbath Bloody Sabbath (1973), des nouveautés comme l’apport de guitares accoustiques, piano et synthétiseurs ont rendu la musique du groupe plus intelligente mais malgré mon attirance pour les genres à consonnance « chiants » -le prog’ en effet, et les musiques traditionnelles- j’ai peine à me jeter sur un Black Sabbath différent de celui qui envoie les gros riffs et qui fait peur d’où ce bond en avant vers mon album préféré du groupe (à cheval avec Heaven & Hell), le bien nommé Sabotage.

Reconnus comme étant d’excellents musiciens en studio, Bill, Tony, Geezer et Ozzy ont en revanche une fâcheuse tendance à se laisser aller avec une prise quotidienne de drogues notamment de la part du chanteur et du batteur dont le comportement excessif commence à faire bouillonner Tony Iommi. Les tensions sont nombreuses mais Sabotage parvient tout de même à s’extraire des studios Morgan. Son patronyme relate les évènements récents au sein du groupe comme si certains membres avaient souhaité reconnaître publiquement leurs torts. Niveau son, il marque un retour aux premiers amours heavy tout en continuant dans l’expérimentation orchestrale; un sacré point qui le rend aussi intéressant que les précédents albums, la puissance en plus. Il n’est par contre pas aussi sombre qu’il n’en a l’air, moins doom et plus encré dans le pur heavy metal, en témoigne l’ouverture « Hole In The Sky ». Le synthétiseur, déjà très présent sur Sabbath Bloody Sabbath, adoucit encore plus le ton sur « The Thrill Of It All » et la popisante (…pardon?!) « Am I Going Insane » au style proche de Yes ou Rush sans pour autant passer à côté de la plaque. Des morceaux typés progressifs sont présents à savoir « Megalomania » et « The Writ », apportant un contraste intéressant face aux autres morceaux plus accessibles. Pour finir, nous arrivons enfin à la crème de la crème: d’abord, deux instrumentaux phénomenaux dont le premier, « Don’t Start » ne dure que 49 secondes pendant lesquels Iommi démontre tout son talent tandis que le second, « Supertzar » met en oeuvre un opéra-rock avec des choeurs, puis LE morceau metal de l’album, l’un des piliers du futur thrash metal aux côtés de « Stone Cold Crazy » de Queen, le terrible « Symptom Of The Universe », qui est en tout honnêteté le premier morceau venant à l’esprit de n’importe quel metalhead lorsque ce dernier entend parler de Sabotage.

Une production puissante, des morceaux plus abordables sans pour autant dire au revoir à l’expérimentation, Sabotage n’a peut-être pas le statut culte des deux premiers albums en revanche je savoure autant la qualité qui s’en dégage. Le dernier coup de maître de la période Ozzy, il faudra attendre 1980 avant de voir un nouveau Black Sabbath qui casse la baraque.

Laurent.