Egypt Central – White Rabbit

Genre: métal alternatif           ®2011

Et un groupe de métal alternatif de plus, un. Faire le tri de tout ce qui provient de l’Outre-Atlantique prend dorénavant bien plus de temps que d’écouter tout ce qui a été récolté depuis la naissance du grunge, car entre les mélodies mielleuses du post-grunge et le non-renouvellement du métalcore, il y a franchement de quoi pleurer.

Pourtant, Egypt Central fait partie de ces quelques formations dont les albums s’écoutent d’une traite, ne possédant que des tubes potentiels ou du moins une faible proportion de titres pompeux. Ces dernières années, seuls Rev Theory et Alter Bridge sont parvenus à apporter du neuf, armés non seulement d’une production solide mais aussi d’une inspiration débordante. Il semblerait qu’Egypt Central ait rejoint la cour des grands avec ce White Rabbit énergique, à des lustres du rock mollasson de Shinedown.

Qu’est-ce qui permet à un tel album d’être écouté plusieurs fois? La diversité. Effectivement, chaque piste de White Rabbit possède son point fort qui lui permet d’être différente d’une autre. Démarrage puissant avec le couplet lourd et entraînant de «Ghost Town», enchaînement assassin avec «White Rabbit» et le plus gros hit de l’album au patronyme juste, «Kick Ass», ainsi que The Drug qui rappellent les meilleures heures des Dead Poetics par exemple.

L’influence de Fuel est également palpable sur les titres un peu plus calme comme «Goodnight», «Change» ou «Enemy Inside», notamment dans les mélodies de Falls qui ne sont pas sans rappeler celles de Brett Scallions, parfois faciles mais jamais vraiment désagréables.

Et puis pas question de perdre le fil, «Down in Flames» reprend plus ou moins la forme de «Kick Ass» mais en y incorporant des couplets plus softs. «Surrender» signe un ultime coup de boost avec son chant sucré mais tellement bien adapté au gros riff de Jeff James entre un «Dying To Leave» à la Third Eye Blind et une ballade semi-acoustique, «Backfire», qui sera donc la seule.

En piochant dans un paquet de références du genre, Egypt Central est arrivé au final à pondre un album presque redoutable, presque car sacrément vitaminé à défaut d’être purement original, mais la nostalgie de ces artistes qui cartonnaient dans la première moitié de la dernière décennie joue très certainement un rôle majeur dans l’appréhension de ce disque. Espérons que le Lapin Blanc donnera l’envie à d’autres de se reproduire de la sorte, car les carottes risquent d’être cuites bien plus vite que prévu.

Laurent.

Monster Magnet – Dopes to Infinity

Genre: stoner                          ®1995

Chaque branche du rock, y compris les sous-branches du hard-rock et du métal, possède son lot d’albums porte-paroles, à la fois cultes pour une génération et classiques pour le genre concerné. Cette règle concerne également l’univers tordu du stoner et son psychédélisme qui le démarque des autres courants. A l’instar de Kyuss avec Welcome to Sky Valley (ou Blues for the Red Sun pour certains), Monster Magnet a atteint l’apogée de sa créativité en 1995 avec Dopes to Infinity.

Si Black Sabbath est l’ancêtre commun du stoner, la tête pensante du Magnet, Dave Wyndorf, en grand admirateur du hard-blues de Grand Funk Railroad, s’est inspiré de ce dernier contrairement à la plupart de ses congénères plus tournés vers le doom de Trouble.

Mais l’élément qui a surement le plus marqué ce courant est la drogue. Oui bien sûr, à votre avis, comment le Magnet aurait-il pu nous pondre des titres aussi hypnotiques sans consommation de trips? Car bien que Wyndorf a failli y laisser la vie, ce type fut doué à une époque pour pondre à la chaîne des hymnes qui ont marqués à jamais l’histoire du rock. Ultra-saturation, chant toujours en symbiose avec le style, inspirations diverses, Dopes to Infinity possède tout ce qu’on attend d’un album de stoner.

Le rock boursoufflé de «Negasonic Teenage Warhead» offre le premier résultat époustouflant de ce voyage au coeur de la vie en rose, que «Look To Your Orb For The Warning» agrémente au centuple de son riff de guitare inoubliable. Un zeste d’influences orientales avec «All Friends and Kingdom Comes», guitare sèche sur «Blow ‘Em Off» et tambours sur «Dead Christmas» qui renvoient directement aux années hippies, chaque titre à sa particularité pour un rendu qui a toujours autant de classe presque vingt ans plus tard.

Délires, esprit de débauche, Monster Magnet aura incarné pratiquement tous les vices de l’être humain avec trois premiers albums monstrueux. Mais le groupe franchit les limites qu’il s’était lui-même imposé avec Dopes to Infinity en proposant des arrangements à couper le sifflet que n’importe quel autre groupe n’aura jamais eu l’idée de proposer. Le succès ne répondra pas vraiment à l’appel, camouflé par un Queen of the Stone Age au premier plan qui fera pour le coup ressurgir l’ancien groupe de Josh Homme de son désert natal, de plus que la nouvelle orientation moins spectaculaire que prend la bande de Wyndorf à partir de Powertrip ne permet pas au public de se faire une idée concise de ce que cachait l’indétrônable Dopes to Infinity à l’époque. Cependant, bon nombre de formations vont s’en inspirer plus tard dans les années 2000, notamment les excellents Spiritual Beggars qui se sont frayer un joli chemin vers la notoriété.

Bref, un groupe culte pour un album qui l’est tout autant.

Laurent.

Clandestine Blaze – Falling Monuments

Genre: black métal                       ®2010

Mikko Aspa est un grand malade. Connu pour être à l’origine d’une bonne dizaine de formations qui ont chacune leur manière de plomber l’ambiance et pour être le propriétaire de l’écurie Patrimoine du Nord, ce multi-instrumentiste finlandais devient au fil de ces parutions une icône du black métal, bien qu’il officie également dans des registres doom, death et électro-noise. Mikko forme son groupe solo Clandestine Blaze en 1998 et se lie rapidement d’amitié avec les poitevins de Deathspell Omega, avec lesquels il enregistrera quelques splits avant de les accompagner en tant que chanteur officiel.

2010 fût une année bien chargée pour notre ami. Après avoir poussé les limites du mal-être au sein de DO avec le diabolique Paracletus, voilà que Mikko se presse de retourner au bercail pour finaliser Falling Monuments, la dernière moulure de son projet solo dont la sortie est prévue en décembre, ce qui nous a permis d’attendre sagement le papa Noël avec autre chose que des comptines pour gosses.

Dans la droite lignée de Church of Atrocity, ce sixième rejeton confirme que le finlandais aime quand les choses vont droit au but, contrastant avec l’avant-gardisme dont Mikko est également friand, et nous propose des chansons basées sur le thème de la misanthropie -histoire de varier un peu- et instrumentalement sur un océan de riffs dépouillés et mélodiques, en quarante-deux minutes seulement. Ce chant criard, rugueux et haineux n’est plus à présenter, car extrêmement marqueur de cette ambiance oppressante, notamment avec les gémissements sur «Unfolding Madness» qui parvient à mettre les choses au clair avant d’entrer dans un registre un peu plus «commun» rappelant Darkthrone, Sargeist ou Burzum.

«Bloodsoil» est surement le morceau que l’on retiendra le plus, oscillant entre une brutalité à faire jouir un eunuque et une mélancolie marquée par des passages mid-tempo où viennent s’accoler des arpèges efficaces.

Assez classique dans la forme mais loin d’être superficiel dans le fond, Falling Monuments prouve une nouvelle fois que la Finlande a son mot à dire dans le milieu du true black en dépit des nombreux ersatz actuels de géants comme Impaled Nazarene ou Beherit. Aspa sait de quoi il parle et sait surtout comment faire passer un message, mais encore faudrait-il que ses productions soient faciles d’accès au public curieux, le gus refusant de passer par le biais de distributeurs qu’il juge véreux et incompétents. Mais pour l’instant, il confirme qu’il a tout les éléments pour faire parler de lui, en bien ou en mal peu importe, Mikko Aspa est une star.

Laurent.