Believer – Extraction From Mortality

Genre: thrash technique     ®1989

Notre machine à explorer le temps a décidé de s’arrêter d’elle-même sur un événement qui semble avoir été oublié, volontairement ou non, par beaucoup: la sortie du premier véritable album de Believer, Extraction From Mortality. Formé en 1986 par le guitariste-brailleur Kurt Bachman, Believer entre rapidement dans le registre «métal chrétien» avec les thèmes théologiques abordés dans les textes. De plus, personne à l’époque n’avait encore tenté d’intégrer des claviers à son thrash, même si ceux-ci n’apparaissent que sur quelques morceaux.

D’abord diffusé par le label REX Music dans les médiathèques chrétiennes, la notoriété du combo se développe plus vite que prévu au-delà de ces structures. Innovant de ses riffs sombres et de ses nombreux changements de tempo opérés par la main d’orfèvre de Joey Daub, Extraction From Mortality n’a pas spécialement à pâlir face aux mythiques Alice In Hell et Beneath The Remains qui offrent eux aussi une approche alternative du thrash.

Plus basé sur la lourdeur du son que sur la vitesse qui est le principal challenge des autres formations du genre, Believer accouche de titres accrocheurs sur EFM: on démarre fort avec «Unite», titre assez complet démarrant sur des notes de claviers anarchiques sur lesquelles empiète au bout d’une minute-trente un riff massif qui va servir de fil conducteur à une montée en puissance fracassante. Bachman donne l’impression de chanter à dix mètres du micro avec un effet reverb qui ne fait que renforcer la noirceur de l’ambiance.

Parmi les titres marquants, il y a le mythique «Shadow of Death» avec son intro en arpège et surtout son riff ultra-simpliste mais si mémorable, un des meilleurs morceaux composés par Believer sans aucun doute. Et puis on ne peut pas non plus oublier «Extraction From Mortality», dont la petite symphonie qui sert de prologue à été composée par un ami professeur de musique de Bachman.

Une petite perle de cette fabuleuse année 1989, et c’est dommage quelque part que le groupe ait pris une tournure plus progressive par la suite car si celle-ci se veut quand même appréciable, les riffs d’Extraction From Mortality s’effacent avec le temps, en commençant par le plus populaire Sanity Obscure ( 1990) où les Believer font preuve d’une technicité débordante mais qui ne possède pas la même fibre que son prédécesseur. So good.

Laurent.

Orgy – Vapor Transmission

Genre: néo-métal industriel     @2000

Jay Gordon est un extra-terrestre. En dehors de son application excessive de fond de teint qui ne vise même pas à le rendre androgyne, ce soit-disant citoyen américain est la tête pensante d’une formation qui avait tout pour être portée aux sommets des grandiloquences musicales. Après un premier album enregistré à la va-vite et aux influences NIN encore trop évidentes, il est temps pour le monde de découvrir l’énorme pas en avant effectué par Orgy en 2000.

Toujours en pacte avec Warner suite au succès du premier opus sur le continent américain, le groupe a cette fois pris le temps de réfléchir à une orientation plus personnelle de sa musique notamment au niveau du son, car son leader est un incroyable alchimiste dans ce domaine. Et il faut dire que ces sonorités particulières collent formidablement à cet album-concept, qui conte une espèce de voyage inter-galactique et les différents trames qu’y subit le vaisseau.

Mais le plus intéressant dans l’histoire, c’est que Vapor Transmission est une machine à tubes en puissance. Le terme est un peu fort, mais les douze titres qui succèdent à l’introduction sont un vrai régal, d’autant plus qu’ils ne se ressemblent pas spécialement, pourtant il y règne comme une homogénéité comme si à chaque fois une étape du voyage était interprétée. Les influences New Order et Manson sont encore présentes, mais les compositions sont tellement emplies de petits détails accrocheurs qu’il n’est pas nécessaire de compter sur quelconque comparaison pour se faire une opinion.

Parmi les titres les plus percutants, on peut citer «The Odyssey», «Eyes-Radio-Lies» et «Fiction». Petite anecdote, on peut remercier le producteur Aaron Spelling d’avoir permis à Orgy de jouer «Opticon» dans un épisode de Charmed, qui a fait connaître le groupe au-delà des frontières du pays de l’Oncle Sam. Aucun des titres n’est à jeter, car le dosage entre puissance et mélodie est parfaitement maîtrisé. Ambiance moins sombre mais structure plus professionnelle que sur Candyass, c’est ainsi qu’on peut définir ce deuxième effort.

Pour ceux qui y verrait un parallèle avec Linkin Park: observez les dates de sorties, vous constaterez que Hybrid Theory est sorti deux semaines après Vapor Transmission, et c’est cet événement qui a freiné l’envol d’Orgy au niveau international, alors que la bande à Mike Shinoda n’a pas plus innové dans le métal moderne si ce n’est qu’en ayant réalisé un album entièrement taillé pour la radio (pas mauvais, mais excessivement «accessible»).

Vapor Transmission est à écouter pour tout amateur de métal industriel qui met un pied dans le nü-métal, la douceur de la voix organique de Gordon vous fera frémir autant que la lourdeur du son synthétique. Comment s’en passer? Enterrez-vous dans une crevasse, car vous tenez entre vos mains un élément hyper-addictif qui va squatter votre playlist quotidienne jusque mort s’en suive.

Laurent.

Betzefer – Freedom to the Slave Makers

Genre: néo-thrash                   ®2011

Betzefer fait partie de ces combos qui ont un succès fou dans leur patrie, mais dès qu’il s’agit de rendre hystérique le public des quatre coins du monde, il s’en joue une variante considérable. En effet, le quatuor israélien tente depuis ses débuts d’apprivoiser de son thrash moderne les metalheads qui doivent encore se remettre de la monopolisation du néo-métal sur le marché et qui ont à présent bien du mal à digérer la prolifération de jeunes groupes dont la musique est teintée de «*core».

Du néo-thrash, oui, c’est ainsi que la musique de Betzefer est. Inspirés par des formations marquantes de la fin des 90’s comme Grip Inc. et Vision of Disorder, ces types n’apportent pas vraiment de fraîcheur au vaste registre du métal, de plus qu’une connotation Phil Anselmo -exploitée et réexploitée par nombreuses formations- est également percevable dans le chant d’Avital Tamir, principal compositeur de Betzefer.

La majorité des titres de Freedom to the Slave Makers furent enregistrés en 2008, mais pour des raisons encore inexpliquées l’album n’est sorti que trois ans après, mais de toute manière même si l’album était paru il y a dix ans, l’approche n’aurait sûrement pas été altérée.

De la qualité, il y a malgré ces rudes dires: une pochette réussie, une prod’ signée Warren Riker (CYNIC, et sans réelle surprise, DOWN) offrant un son plus que correct aux dix morceaux présents, et bien que la notion d’originalité n’ait pas encore sa place avec ce deuxième opus, un groove partit d’une bonne volonté permet à l’auditeur de supporter intégralement la première écoute. Le chant rocailleux du frontman est particulièrement accrocheur à défaut d’émettre quelque émotion ou de vraiment faire preuve de charisme, ce qui rattrape un sens de la composition un peu brouillon, car le groupe donne vraiment, au fil des écoutes (et même dès la première), l’impression de s’être précipité à empiler les plans, balançant de nombreux changements de rythmes qui ont tendance à instaurer à la longue une confusion quant à la crédibilité du groupe à être professionel. Seuls quelques tracks comme l’évocatrice «Song for the Alcoholic», «Nothing But Opinions» ou l’entraînante «Feels So Right» offrent un réel plaisir d’écoute. Et petite anecdote marrante, le riff d’introduction de «Perfect Lie» est quasi-similaire à celui du «Benzin» de Rammstein, reste à savoir si cette affaire est une négligence de leur part ou complètement inventée par l’auteur de cet article.

A la fois mélodique et imposant, Freedom to the Slave Makers ne parviendra pas au groupe de faire-valoir un talent reconnu parmi ses proches à la face du monde occidental, de même qu’il ne permettra pas au thrash dit «moderne» d’être accablé par les puristes du old-school ou du technique, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé puisqu’il existe et existera toujours une poignée de téméraires friands de ce genre de production. Mais quand même, six années d’attentes pour ça… Betzefer confirme que l’amertume est le pire des goûts.

Laurent.