Linkin Park – Hybrid Theory

LPGenre: rap/metal alternatif  ©2000

Vous savez que le Metal est à l’origine, une musique inaccessible au grand public par la prédominance de sons violents émis par des guitares ultra-saturées. Vous savez aussi qu’à la fin des 80’s, des gus ont dit un gros merde aux conventions en le fusionnant avec le rap, genre complètement à l’opposé mais dont le résultat s’est avéré être fort appréciable. Une dizaine d’années plus tard, des californiens sous l’influence de Deftones, KoRn et Limp Bizkit (eux-mêmes californiens, sauf pour la bande de Fred Durst issue de la Floride) vont squatter les téléviseurs pendant des mois grâce à un premier album taillé dans sa quasi-intégralité pour les formats radiophoniques, Hybrid Theory, « Ze Albeume » qui va permettre à toute la populace d’avoir une idée, même minime, de ce qu’est le Metal, et « Ze Albeume » de la reconversion musicale pour une grande partie de la génération 1980.

En soit, Hybrid Theory est l’album parfait pour mettre un pied dans le rock nerveux. Une prod’ monstrueuse signée Don Gilmore, des riffs simples, un dj fou (M.Hahn), un chant hip-hop (Mike Shinoda) et un chant pop/hurlé (Chester Bennington) pour des morceaux qui dépassent rarement les trois minutes. Quand on a déjà goûté à la sauce rap/metal avec RATM ou (Hed)P.E, on se dit que finalement tout ça n’a rien d’exceptionnel, mais ce disque est si accessible qu’il est difficile de lutter et finit par s’imposer sur la platine. Le clip de « In The End », par exemple, a bombardé les chaînes musicales jusque la sortie de Meteora soit trois ans plus tard, alors que je ne lui trouve pas plus de qualités qu’un « Papercut », « One Step Closer » ou la puissante « Crawling ». Certains titres comme « Points Of Authority », « Runaway » ou « Forgotten » se démarquent légèrement de cet aspect « radiophonique » (navré pour ces termes dérangeants) et se révèlent pourtant tout aussi construits et addictifs. En même temps, tout le monde ne peut pas être Moby -son album Play est le premier de l’histoire de la musique à être signé sous license commerciale dans son intégralité- mais l’album aurait d’autant plus été critiqué par « son manque d’intégrité au sein de l’underground » par les puristes du Metal, ce qui est fâcheux pour les êtres ouverts d’esprit.

Aujourd’hui, personne n’est capable de dire sur quel pied dansent nos six amis. Electro, rock, hip-hop, le groupe s’est forgé un style à lui mais qui fait beaucoup moins l’unanimité qu’avec ses deux premiers albums. Il faut reconnaître que même si désormais, ces derniers ne touchent plus autant, la trace qu’ils ont laissé dans nos coeurs nous suivra jusqu’à la mort, et tenir des propos négatifs à leur sujet alors qu’ils ont permis des ouvertures du rap vers le metal et vis-versa relèvent simplement d’une mauvaise foi abérrante. Mais que voulez-vous? Il faut de tout pour faire un monde, et ce sont les mélanges qui le font avancer, pas vrai?

Laurent.

Fozzy – All That Remains

Genre: heavy moderne              ©2005

Quoi de mieux que d’avoir un catcheur derrière le micro pour faire des morceaux… catchy? D’accord, cette boutade fût nulle à chier, soit tout le contraire de ce groupe constitué à l’origine des musicos de Stuck Mojo et de la star du catch Chris Jericho dont j’ignorais totalement le talent de chanteur avant la sortie de All That Remains, considéré peut-être à tort par moi-même comme étant leur premier véritable album, les deux précédents étant en majorité composés de reprises, excellentes soient-elles.

Au fait, pourquoi ce patronyme, Fozzy? Parce que Jericho a quasiment la même voix que le Prince Des Ténèbres ? En réalité, on s’en moque complètement, car la fusion entre cette voix nasillarde et la puissance de feu made in Stuck Mojo est tout bonnement monstrueuse. Rich Ward reste à ce jour un de mes guitaristes préférés, et ce n’est  pas pour rien : si vous cherchez du riff qui tâche et qui fout des frissons, renseignez-vous sur la carrière du monsieur. Après avoir crée leur propre label, Ash, le combo autoproduit l’album sous celui-ci en se fixant une règle : pas de remplissage, que de la qualité! Ceci peut paraître légèrement grossier mais quand on voit le résultat, on ne peut que se réjouir d’une telle assiduité. Dix titres pour quarante minutes, c’est largement suffisant pour nous laisser le temps de recevoir dix bonnes baffes.

En plus d’être de sacrés musiciens, les Fozzy se sont permis de faire appel à de grosses pointures pour varier un peu les tendances: Myles Kennedy (Alter Bridge) qui pousse des cris sur «Nameless Faceless», Zakk Wylde sur «Wanderlust», Mark Tremonti (Alter Bridge) pour un solo sur «The Way I Am», Marty Friedman (ex-Megadeth) pour un solo sur «Born Of Anger», et le rappeur Bone Crusher qui impose sa voix de baryton sur «It’s A Lie». Rien que ça.

2005 fût l’année de la consécration pour Fozzy. Plus de 100 000 exemplaires écoulés de ce qui représente à mes yeux le summum de leur créativité avec le non moins énorme Chasing The Grail (2010). Un disque à ne surtout pas oublier et à écouter sans modération. En somme, une tuerie.

Laurent.

White Zombie – Astro Creep: 2000

Genre: horror metal indus        ©1995

Arrivé en plein explosion du metal industriel dirigé par Ministry, NIN, Godflesh aux Etats-Unis et par KMFDM et Oomph! en Allemagne, La Sexorcisto: Devil Music Vol.1 (1992), troisième album et premier succès du groupe White Zombie, fait partie de ces disques qui ont contribué à l’évolution du metal en mélangeant habilement thrash et indus avec pointe de groove. Trois ans après, Terry Date (Deftones, Pantera) succède à Andy Wallace pour produire l’album majeur des Zombies (pour ceux qui pensent que ce n’est pas La Sexorcisto), Astro Creep: 2000. En continuant de s’appuyer sur la thématique des films d’horreur et de mettre en avant les effets visuels, White Zombie peaufine un style bien à lui et évolue dans des sphères où personne d’autre n’a jamais osé s’aventurer.

Si la production de La Sexoricisto… reste discutable, il ne fait aucun doute que celle de cet album défie toute concurrence. John Tempesta, qui a pris la place de Ivan de Prume derrière les fûts, apporte en complément de la géniale bassiste Sean Yseult, un groove imparable, comme si Pantera s’était mis au metal industriel. Jay « J » Yuenger s’est accordé en Drop C pour obtenir un son méchamment plus lourd. Rob, quant à lui, se sert de sa voix unique au monde pour s’occuper de l’ambiance torturée et sombre. Les samples, jusque-là utilisés occasionnellement, font office de cinquième instrument sur cet album, quasi-omniprésents. Un ensemble de qualités ayant donné naissance aux tubes grandiloquent que sont « Supercharger Heaven » ou « More Human Than Human » dont le clip a mérité la récompense du meilleur clip hard rock au MTV Video Music Award. Le seul point noir de ce presque-chef d’oeuvre est l’uniformité générale des riffs de guitares en comparaison à La Sexorcisto.. ou à Demanufacture de Fear factory, autre monolithe du metal industriel (et moderne) sorti la même année, ce qui rend les écoutes successives un peu difficiles chez moi. Mais heureusement, Astro Creep ne nécessite pas 50000 écoutes pour être compris, la première écoute a tout de même eut l’effet escompté soit une bonne baffe! On peut tout de même compter sur une « Electric Head pt.2 » pour offrir une bonne dose de fun et de sonorités différentes.

Gros carton aux Etats-Unis, un peu moins en Europe, Astro Creep: 2000 sera influent pour les groupes mi-néo mi-metal indus à venir. En France, le représentant principal du metal industriel, Treponem Pal, injectera un groove similaire sur l’album Higher (1997). Un ultime coup de maître avant une triste séparation qui n’empêchera pas Rob Zombie de poursuivre sa carrière musicale avec le culte Hellbilly Deluxe. Incontournable!

Laurent.