Metallica – Ride The Lightning

Genre: thrash                            ®1984

Quelques mois après la sortie de l’intrépide Kill ‘Em All (1981), les Mets s’envolent pour Copenhague afin de mettre en boite des titres enregistrés dans la foulée de leur premier album aux Sweet Silence Studios de Flemming Rasmussen. Epaulés par ce dernier, les « Four Horsemen » produisent eux-même leur deuxième progéniture et bouclent ainsi neuf titres qui n’ont pas grand chose à voir avec la fougue habituelle du heavy, marquant alors le début d’une histoire d’amour entre le thrash et des éléments progressifs qui vont faire passer Metallica pour des intellos à la différence de leurs comparses de Slayer ou du thrash new-yorkais. Plus proche de Rush et de la NWOBHM que du punk hardcore, Ride The Lightning est moins direct que son prédécesseur néanmoins le thrash y est exploité de façon à donner un son plus lourd sans perte d’agressivité.

Terrifiante, cette chaise électrique perdue dans un chaos total. James Hetfield a toujours défendu la peine de mort et le chanteur a décidé d’en faire le thème principal de ce disque d’où son intitulé. Rassurez-vous, en écoutant tranquillement RTL (pas la station de radio, enfin!) dans votre fauteuil, il ne court aucun risque d’électrocution, en revanche le coup de foudre au sens figuré est instantané avec l’intro acoustique de « Fight Fire With Fire » et la puissance de feu (c’est le cas de le dire!) de sa rythmique. Le coup de fusil est donné, nous voilà donc parti pour cinquante minutes d’extase d’un métal à la fois sincère et peaufiné au millimètre où se croisent pour la première fois gros thrash saignant (« Fight Fire With Fire », « Trapped Under Ice ») et passages acoustiques, notamment la première semi-ballade des Mets et cultissime « Fade To Black ». Le quatuor a certes ralentit le tempo mais il n’est pas question de passer à côté du solo de « Escape », de l’écrasante « Creeping Death » au thème inspiré du film « Les Dix Commandements » (et deuxième morceau le plus joué par le groupe en live), de la complexe « For Whom The Bell Tolls » et encore moins à côté de l’instrumental « The Call Of Ktulu » dont la magnifitude n’a d’égale que les autres instrumentaux des Mets.

Point d’ancrage d’une série d’albums qui va porter Metallica sur les devants de la scène metal en général, Ride The Lightning est tout comme ses deux successeurs, un des albums les plus appréciés de leur discographie.  Il n’est pas celui que je préfère en revanche la qualité qui s’en dégage force mon admiration et le place aux côtés de Bonded By Blood (1984, Exodus) parmi les premiers albums de thrash les plus marquants.

Laurent.

Metallica – Kill ‘Em All

Genre: speed/thrash             ®1983

La véritable histoire de l’épopée du thrash metal commence ici. Né d’une fusion entre le punk hardcore (ex: Discharge) et la New Wave Of British Heavy Metal -elle même issue de Black Sab’ et Judas Priest- toute fraîche, le genre le plus « battant » du métal a fait ses premiers pas avec Metal Church, Overkill et Slayer mais c’est le premier album de Metallica, Kill ‘Em All, qui le popularise.

Aaaah, Metallica… Si vous saviez à quel point j’en ai ma claque d’entendre ce groupe cité partout et d’entendre toujours les même morceaux tourner dans les réunions métalliques. Il aurait facile de cracher sur le groupe de métal le plus célèbre justement parce qu’il est le plus célèbre, mais le fait est qu’en dehors de cette sur-notoriété, ce groupe a fait de bons disques. Des putains de disques, même. Pour l’instant, nous en sommes au stade où James Hetfield (chant/guitare rythmique), Lars Ulrich (batterie) et Kirk Hammet (guitare lead), alors en compagnie de Cliff Burton (basse) et dont la moyenne d’âge ne dépassait pas les 20 ans, excellaient dans le thrash, celui que le public acclame le plus en concert et redemande pour les rappels. Enregistré en seulement dix-sept jours au Music America Studio de Rochester et produit par Paul Curcio, Kill ‘Em All est de loin l’album le plus spontané de Metallica mais l’heure n’est pas encore à la personnalité prononcée, car tel le groupe l’a affirmé au cours de plusieurs interviews, l’influence des british de Diamond Head a été cruciale pour la carrière des Mets qui leur doivent tous ces titres ultra-rapides et bien rythmés.

Bien entendu, au-delà de la comparaison se cache un talent fou bien démarqué pour un premier album. Non seulement la prod’ est loin d’être aussi pourrie que celle des premiers Venom ou de Show No Mercy de Slayer sorti trois mois plus tard mais nos quatre zicos’ font preuve d’une technicité rarement entendue jusque là. Paraît-il que Dave Mustaine, parti fonder Megadeth après s’être pris quelques baffes par Hetfield, a co-écrit la moitié des chansons de Kill ‘Em All. Laissez-moi vous dire ceci: on-s’en-tape! Après tout,  Hammet et Hetfield ont remis les choses au goût du jour et c’est très bien comme ça. « The Four Horsemen », futur patronyme du quatuor, est la preuve qu’il n’y a rien a regretter de tout ça avec ce gros break central mené par Burton et Hammet, tout comme « Whiplash » et la légendaire « Seek’N’Destroy » rentrent dans le tas avec un enchaînement de riffs nerveux et mémorables au même titre d’ailleurs que le morceau écrit en hommage à Motörhead, « Motorbreath ». Et je ne vous cacherais pour rien au monde ma préférence pour les morceaux instrumentaux de Metallica ici sous la forme d’un « Pulling Teenth » (Anesthesia) improvisé par le définitivement regretté Cliff Burton rejoint par le définitivement mauvais -mais à la frappe authentique- Lars Ulrich.

Première étape réussie pour l’un des pionniers du thrash metal dont le prochain album marquant le début d’une évolution vers un style plus progressif fera de lui le modèle des générations à venir. En attendant, si vous aimez les discours allant droit au but, il y a le choix entre Kill ‘Em All et/ou… St. Anger!

Laurent.

Sepultura – Chaos A.D

Genre: thrash groovy      ®1993

Sepultura, un des groupes de métal les plus engagés contre l’injustice qui règne dans son pays natal, s’est reconverti depuis Arise (1991) dans un pur thrash ambitieux et foncièrement agressif. Le succès est au rendez-vous et la notoriété du groupe ne fait que se renforcer lors des tournées avec des grands noms comme Ozzy Osbourne ou Ministry. Courant 1993, les quatre gus s’enferment dans un studio en compagnie d’Andy Wallace en tant que producteur pour enregistrer ce qui sera un des albums les plus controversés de l’histoire du métal, Chaos A.D -(attention, il n’est pas question ici de prendre parti mais bien de juxtaposer des propos cohérents pour donner un avis personnel-) soit l’apogée d’un groupe en pleine crise de conscience. Coup de génie pour les uns, trahison suprême pour les autres, Chaos A.D a secoué plusieurs générations de metalheads. Pour ma part, il fût l’un des premiers disques de métal à avoir tourné en boucle et c’est en partie une forte affection pour lui qui me pousserait aujourd’hui à vous en faire des éloges, mais ça n’expliquerait en rien ce en quoi il est intéressant.

Distribué par Roadrunner, Chaos A.D frappe de plein fouet là où les choses commencent à se gâter pour le thrash, alors étouffé à petit feu par le grunge , le métal industriel et d’autres genres aux statuts embryonnaires. Intéressés par ces nouvelles vibrations (et peut-être par l’argent mais on préfère éviter ce genre d’inepties faciles), les frères Cavalera développent un jeu mécanique à la manière de Godflesh ou Fear Factory tandis que Kisser (guitare lead) et Paulo Jr. apporte un groove élaboré quelques années plus tôt par Pantera afin de s’éloigner encore plus de leurs origines schizophréniques. La voix de Max, déjà très violente sur Arise, s’apparente désormais plus au hardcore qu’à un « Tom Araya-like » et les thèmes abordés sont directement rattachés aux problèmes que subit une majorité de la population du Brésil.

Pour ceux qui apprécient ce disque, cette évolution est un plus dans la carrière de Sepultura. La lourdeur des intrépides « Refuse/Resist », dont l’intro est en fait le battement de coeur du fils de Max né quelques semaines avant le début de l’enregistrement, et « Territory » prend aux tripes tandis que « Amen », premières confessions d’un amour jusque là inexprimé pour les religions pacifistes, ou l’instrumental « Kaiowas » dévoilent un groupe plus intelligent qu’il en a l’air. La reprise des punk-rockeurs New Model Army, « The Hunt », ou « Slave New World » avec Evan Seinfield de Biohazard en guest exploitent au mieux les nouveaux horizons hardcore qui se lient  d’amitié avec l’industriel sur « Manifest ». « Biotech Is Godzilla » quant à lui nous rappelle que Sepultura maîtrise toujours avec talent le thrash qui casse la baraque.

Faisant partie des admirateurs, je comprend également la réaction des réfractaires du Sepultura post-Arise: la vitesse fulgurante d’exécution et les ambiances sombres ne font presque plus partie de son registre et c’est vrai que pour connaître parfaitement les albums d’avant, et surtout en bon métalleux (pas) intègre, ces détails font un peu défaut. Or en prenant Chaos A.D dans un contexte tout autre, il s’en  dégage une énergie à la fois positive et troublante grâce à un son parfait, un exercice certes moins spontané que par le passé mais dont le résultat impressionne par sa richesse. Un nouveau coup de maître avant que Roots ne signe la fin d’une aventure extraordinaire aux côtés du « Bob Marley du Métal ».

Laurent.