Blood Red Shoes – Fire Like This

Genre: Grunge/garage-punk                       ® 2010

Les duos homme-femme prennent une tournure importante depuis la sortie du Elephant des White Stripes en 2003. Il y’a eu ensuite The Kills emmené par la furie Alison Mosshart, puis un groupe tout jeune issu cette fois du Royaume-Uni, Blood Red Shoes, remarqué en 2008 avec son premier album, Box of Secrets. Le duo a enchaîné les tournées pendant deux ans par la suite, pour en arriver à leur deuxième bébé, Fire Like This.

Les porteurs des « chaussures sanglantes »  sont Laura-Mary Carter (guitare, chant) et Steve Ansell (batterie, chant). Armée de sa Fender Telecaster, L-M Carter, avec des accords relativement simples, donne un bol d’air frais à une tendance rock contemporaine qui confond bien trop souvent efficacité avec complexité. Le jeu de batterie est tout simplement génial, tant il est propre et rarement pesant, d’autant plus que Steve chante en parallèle de ses roulements.

Il n’y a qu’à écouter FLT pour se rendre compte du résultat: pas de prise de tête, les morceaux s’enchaînent à une allure fulgurante, de « Don’t Ask » à « Sulphites » la rage et la douceur se marient de manière étonnante. Le son de guitare est si lourd sur certains titres qu’il est impossible de ne pas repenser au grunge époque Nirvana (« Light It Up » et son refrain très « cobainien »), et l’alternance entre les deux membres du chant et des choeurs rend le tout d’autant plus plaisant.

Une guitare, deux chants, une batterie, point. Ici pas d’effets ni d’arrangements poussifs, nous avons affaire à un son brut de décoffrage, entièrement encré dans la tradition rock, une sorte d’hommage aux décennies passées. Fire Like This ne fait qu’augmenter la côte des britanniques, qui n’a plus besoin de faire ses preuves sur scène plus de ça.  Rock’N’Roll rules.

8/10

Laurent.

Viva Death – Curse The Darkness

Genre: Rock alternatif                ® 2010

Viva Death fait partie de ces groupes difficiles à classer tant les influences sont nombreuses. Composé de membres des groupes Foo Fighters, Face to Face et The Vandals, ce projet qui existe depuis 2002 a toujours officié dans un rock des plus underground avec l’utilisation de guitares dites « de baryton », qui donne une texture particulière. Bien que la plupart des titres du groupe ont tendance à partir dans tous les sens, on sent tout de même une réelle maîtrise de l’ambiance.

Curse the Darkness est un album-concept où les VD présentent leur vision d’un futur proche, un futur où le chaos est maître, où une poignée de survivants de notre espèce tente désespérément d’affronter des hordes de monstruosités sanguinaires. Au fur et à mesure de l’écoute, l’auditeur (en l’occurence moi) traverse les différentes étapes de ce qu’on appelle un monde post-apocalyptique, comme par exemple le titre d’ouverture « The Life You Save (May Be Your own) » qui fait référence au mode « chacun-pour-soi »dans une telle situation sur un fond musical volontairement bancal, car très punk californien, un peu hors contexte il faut dire mais pourtant nullement inintéressant.

L’album se poursuit dans des contrées garage (« Impact » est le meilleur exemple avec sa ligne de basse assassine et son chant saturé), new-wave (« Bullet Under Mind Control ») et dans des expérimentations sonores inqualifiables (« Love Lust Trust » avec ses tambours aussi mystiques que l’arpège répétitif, « Talking Backwards » et ses voix féminines suscite un énervement profond avec son rythme saccadé) qui entrecoupent l’énergie dégagée par l’ensemble de l’album. « Everything’s Tic-Toc » met les pieds dans un hard-rock mélodique  qui en fait l’un des titres les plus efficaces et accessibles de l’album, avec également « Freeze » et ses riffs qui surgissent de partout et nulle part en même temps, où un solo frissonnant vient s’interposer au bout de deux minutes. Même le titre pop de l’album « Out of Reach » est accueillit chaleureusement par mes écoutilles, comment résister à une telle mélodie.

On pourrait presque parler de shoegaze avec « It’s Like This » avec sa voix profonde, ses nappes de claviers et une reverb poussé au maximum sur les guitares.  Puis virage à 180 degrés avec le noisy « Wisdom » où Keith Trever n’hésite pas à dénoncer l’intégrisme dans certaines religions. En conclusion, nous avons le droit à une ballade acoustique sobrement intitulée « Crutch », atmosphérique, peu prétentieuse, juste délicieuse.

Véritable surprise qu’est cet album! Il est d’autant plus surprenant que le thème abordé par les textes de Keith contraste avec l’idéologie « sex, drug and rock’n’roll »  reflétée dans les instrumentations. Toujours accrocheuse, jamais trop accessible, la musique de Viva Death est une espèce rare, dont Curse the Darkness est en voie de devenir le flambeau des cinq californiens. Je me demande juste comment un tel album peut être reproduit sur scène, en espérant justement qu’ils en fassent la promo, au risque de passer vite aux oubliettes. Bref nous ne sommes là que pour penser du bien de cet album si atypique mais diaboliquement redoutable.

8/10

Laurent.

The Fresh and Onlys – Play It Strange

Genre: Garage-psyché                              ® 2010

Tim Cohen, ce patronyme vous dit-il quelque chose? Cet hyperactif qui ne vit que pour sa musique, si bien qu’il sort un album tous les trois mois, tant sous la houlette de son projet solo (Tim Cohen) que de The Fresh and Onlys, dont Play It Strange est le troisième. En l’espace de deux ans, le groupe à donné un souffle nouveau à un mouvement garage jugé ringard pour le XXIè siècle.

On pense beaucoup à des groupes comme Jefferson Airplane, Love ou même les Doors (le titre d’ouverture « Summer of Love »)  ici. La prod’ est bien plus souple, et les mélodies sont d’une élégance rare.

Difficile de ne pas comparer le tout avec ses homologues de The Coral, malgré une inspiration bien plus prépondérante que ces derniers. Des titres entraînants et énervés, à l’image de « Waterfall » et  « Tropical Island Suite », des pop-psyché songs accrocheuses comme « I’m All Shook Up », « Be My Hooker », « Fascinated », on pourrait citer tous les morceaux de Play It Strange comme étant majestueux.

Aucun bémol sur cet album, les titres courts et  le chant légèrement en retrait ne rentrent jamais dans le cliché, l’instrumentation est typée garage sans être vraiment brouillon. La bande à Cohen à privilégié la mélodie au bordel crado et puéril mais jouissif de leur premier album Peacock & Wing. Un groupe qui monte, et qu’on serait ravi de voir l’énergie sur scène.

8/10

Laurent.