Buffalo Killers – Heavy Reverie

Printgenre: rock                            ©2014

À quand remonte la dernière fois où un disque de rock pur, ni punk ni metal ni electro, inspiré sans quelconque prétention des 70’s nous a procuré un immense plaisir d’écoute? Peut-être InnerSpeaker des Australiens de Tame Impala en 2010 avec ses mélodies pop envoûtantes mélangées à une gratte ultra-saturée façon 70’s, bien plus intéressant que la tournure rock dansant des Black Keys sur El Camino (2011). Il faudra attendre quatre longues années avant de tomber par hasard sur une pépite d’un groupe dont l’existence nous a été quelque peu dissimulée, Buffalo Killers, formation originaire de l’Ohio active depuis 2006 dont le nouvel album Heavy Reverie a été produit par la tête pensante des Black Keys, Dan Auerbach.

Après une série d’oeuvres très encrées dans le blues-rock à la Grateful Dead sous la forme d’un trio, Andrew Gabbard (chant, guitare), Zachary Gabbard (basse, chant), Joseph Sebaali (batterie) et le nouveau venu Sven Kahns (guitare, lap steel) décident d’agrémenter leur style avec des mélodies inspirées des 90’s, ou tout simplement en s’éloignant du psychédélisme parfois pompeux de ses premiers travaux. Sans oublier d’où il vient, le groupe ne tombe jamais dans la facilité, se contentant de pondre des tubes sortis des tripes avec deux guitares, une basse et une batterie. La contribution d’Auerbach derrière les manettes ne les a jamais poussé à suivre les traces des Black Keys, même sur Let It Ride (2008) d’où l’intérêt de ne pas céder à la comparaison facile. Si la relative accessibilité des titres qui n’atteignent jamais quatre minutes peut rebuter les fans du gros son du très bon Ohio Grass sorti en 2013, il est certain que les amateurs de bon rock mélodique en terme général trouveront leur bonheur aussi bien avec des tubes presque grunge  (« Poison Berry Tide », « Sandbox »), parfois aussi doux que R.E.M (« Cousin Todd », « Shake »), qu’avec des titres plus bluesy (« Dig On In », « Who You Are? »).

Comme tout album de dix titres qui se respecte, Heavy Reverie ne cède jamais au remplissage du haut de sa courte demi-heure. Une écoute incroyablement fluide qui fait tourner cet album dix fois de suite sans jamais provoquer la moindre lassitude. Une putain de galette facile d’accès, sans réelle prise de tête qui nous apporte une lueur d’espoir quant à l’avenir du rock dans sa forme pure.

Laurent.

Oasis – Dig Out Your Soul

oasisgenre: britrock                       ©2008

Proclamé « meilleur artiste britannique des années 90 » à plusieurs reprises par les médias et autoproclamé « meilleur groupe du monde », le quatuor de Manchester Oasis, mené par les insupportables frères Gallagher, met un terme à une aventure longue de quinze ans le 28 août 2009 au moment où il s’apprête à monter sur scène pour la sixième édition du festival Rock en Seine. Triste nouvelle alors que le groupe sortait un an plus tôt son meilleur album depuis (What The Story) Morning Glory (1996), ce disque devenu incontournable grâce à ses tubes « Some Might Say » et surtout la ballade « Wonderwall » jouée par tous les débutants de la six cordes.

Sans aller jusqu’à dire que les deux premiers albums d’Oasis sont surestimés, qu’il n ‘y a pas à crier au génie en raison de cette influence Beatles trop évidente, il faut bien reconnaître que les frères Noël (guitare, chant et principal compositeur) et Liam (chant) avaient le chic pour nous transporter avec seulement quatre accords et une voix nonchalante. « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer » demeurait la devise du groupe jusqu’au rock psychédélique de Standing On The Shoulder of Giants (2000), cinquième opus injustement détruit à mon humble avis par la critique qui espérait un retour à la spontanéité. Clairement, si Oasis n’a jamais réussi à réitérer ses exploits du début, même avec un faux-semblant de retour aux sources avec le sympatoche Don’t Believe The Truth (2005), on ne peut lui reprocher de nous avoir laissé un dernier album aussi audacieux que passionnant. Dig Out Your Soul est le genre d’album qui vous étreint par son efficacité de la première à la dernière seconde, non pas parce qu’il contient un « Wonderwall#2 » dans sa tracklist mais plutôt en raison de la maturité dont font preuve des musiciens envieux de ne plus se reposer sur leurs lauriers. Toujours pas de gros single radiophonique en proie mais quelques titres comme « The Shock Of The Lightning » ou les deux titres composé par Liam, la belle ballade « I’m Outta Time » et « Soldier On », parviennent à vendre l’album sans grosse difficulté. La basse d’Andy Bell prend de l’importance grâce à la superbe « The Turning » ou à l’hypnotique « To Be Where There’s Life », par ailleurs le gus est à l’origine de l’étrange « The Nature Of Reality », titre qui demande un certain nombre d’écoutes avant de faire son petit effet.

Grosse production une nouvelle fois signée Dave Sardy, efficace et mature, loin de toute rivalité enfantine avec Blur et d’une mégalomanie indigeste, Dig Out Your Soul perfectionne la nouvelle sauce Oasis lancée avec Don’t Believe The Truth et achève avec brio une carrière gâchée à plusieurs reprises par la mésentente entre deux frères ennemis. À écouter d’office si vous êtes encore bloqués sur les quatre accords de « Wonderwall »!

Laurent.

Oasis line-up 2008:

Noël Gallagher (chant, guitare lead, batterie sur quelques morceaux), Liam Gallagher (chant), Gem Archer (guitare) et Andy Bell (basse).

Coldplay – Parachutes

Coldplayparachutesalbumcovergenre: rock alternatif                   ©2000

Elle est loin, la belle époque du Coldplay vivant de la dualité entre la tristesse et l’optimisme, si crédible, si prenant grâce à la voix particulière de Chris Martin et à cette simplicité dans la composition, dénuée de la tonne d’artifices qui caractérise les derniers albums. Nous sommes en 2000, la Britpop, emmenée par Oasis, Blur, The Verve ou Suede arrive à sa date de péremption, et les UK sont à la recherche d’un nouveau porte-flambeau. Muse colle trop aux fesses de Radiohead pour assurer la relève, ces derniers sortant de leur côté l’incompris Kid A, il ne reste alors qu’un espoir: quatre petits protégés du label Parlophone (le chanteur mégalo Chris Martin, le guitariste Jon Buckland, le bassiste Guy Berryman et le batteur Will Champion) qui répondent au doux nom de Coldplay et qui s’apprêtent à sortir leur premier album intitulé Parachutes. Juin 2000, le single « Yellow » déboule et ne tarde pas à se placer en haut des charts anglais; le train est lancé et plus rien ne peut le stopper.

Soigneusement produit par Ken Nelson et par le groupe lui-même, Parachutes captive dès les premiers accords de « Don’t Panic », un peu comme si Chris Martin et ses acolytes donnait un concert dans votre salon avec pour intention de transmettre une pluie d’émotions emmagasinée au plus profond de leurs êtres depuis des lustres. Le style de Coldplay n’innove pas spécialement, marchant sur les traces pas encore souillées de Jeff Buckley, l’addiction à l’héroïne en moins, mais la beauté est telle qu’on ne peut se refuser à vibrer sur des « Yellow », « High Speed » ou la très cotée « Trouble », perfection même de ce que proposer un groupe de pop aux petits moyens.

Les mélodies entêtantes pleuvent sur cet album, l’énergie ne s’essouffle guère, pas de duo mercantile avec Rihanna. Le quatuor, respecté du grand public, l’est beaucoup moins par ceux qui aimaient tant cette sincérité. Le temps d’un autre album magistral, A Rush Of Blood To the Head (2002) puis d’un X&Y sympatoche et Coldplay aura perdu toute mon attention, portée aujourd’hui sur d’autres formations britanniques comme Archive ou Snow Patrol. Un disque majeur du 3è millénaire, une institution.

Laurent.