Garbage – Not Your Kind Of People

Genre: rock/pop          ®2012

Sept longues années séparent Not Your Kind Of People de Bleed Like Me. A vrai dire, l’espoir de voir un jour ce groupe nous offrir un nouvel arrivage de tubes rock était pratiquement vain, surtout quand on a jamais été déçu par les orientations prises sur les derniers albums. Garbage tire son épingle du jeu grâce à la prestance de la charmante Shirley Manson, accompagnée depuis le début par les célèbres producteurs moustachus Butch Vig (batterie, et producteur des plus grands albums de grunge des 90’s), Duke Erikson (guitare) et Steve Marker (basse). Alors que Beautifulgarbage (2001) sonnait très pop/rock, Bleed Like Me, enregistré dans des conditions insoutenables (tensions internes), nous a fait rappeler que le quatuor du Wisconsin est avant tout un groupe de rock; appréhension donc pour ce nouvel opus avant d’avoir (re)découvert un Garbage éclectique, non pas dans plusieurs mais dans un album! En effet, Not Your Kind Of People n’est pas révolutionnaire dans sa forme mais concentre en onze titres la carrière du combo, un medley qui évite à l’album de sombrer dans la linéarité.

Maintenant reste à savoir si l’écoute vaut le coup… oui! Car non seulement a fait preuve de diversité mais les tubes s’enchaînent à une allure folle, entre rock alternatif (« Brick Bright World », « Man On A Wire »), pop époque Version 2.0 (« Blood For Poppies », « Sugar », shoegazing (« Felt » rappelant la bonne époque de Lush ou Curve) et électro (« Automatic System Habit », « I Hate Love »). Au fur et à mesure des écoutes, les morceaux qui paraissaient au départ anodins (le titre éponyme et « Battle in me ») ont fini par avoir un sens par leur côté underground qui contraste avec l’efficacité plus évidente des autres morceaux; en revanche, ces titres pris à part n’ont finalement pas l’allure du reste de l’album, ce qui représente les seuls petits bémols avec un artwork assez sobre, mais étant donné qu’on parle de Garbage…

Une réelle satisfaction que ce Not Your Kind Of People qui procure à chaque écoute toujours plus de plaisir, un opus qui fait plus plaisir aux fans qu’il ne révèle une nouvelle facette du groupe. Quoiqu’il arrive, Garbage est de retour, et bien que la magie des deux premiers albums n’ait toujours pas refait surface, on se plaît à écouter les meilleurs titres de l’album en boucle. Du rock, une femme et des jambières, nom de Dieu!

Laurent.

Queen – Innuendo

Genre: opéra-rock                ®1991

Comment aborder Innuendo sans un instant penser qu’il s’agit du testament d’un des plus grands groupes de rock que la Terre ait connu. Réalisé dans des conditions qui ne laissent personne connaissant le triste sort qui était réservé à Freddy Mercury à cette époque de marbre, cet ultime assaut réunit tout ce que le groupe n’a pu (ou pas voulu) donner depuis l’excellence de Jazz (1978), que même le culte A Kind Of Magic (1986) ne saurait faire oublier à quel point les années 70 étaient bel et bien l’âge d’Or des Britanniques.

Le problème avec de tels albums, c’est qu’on peut difficilement prendre les morceaux au cas-par-cas. Innuendo est, à l’instar de A Night At The Opera (1975) et News Of The World (1977), une entité à part entière, cette fois-ci imbibée d’une mélancolie dont on en connaît tristement le secret. Que dire si ce n’est que le groupe y a mis toutes ses forces pour renouer au mieux avec l’aspect théâtral qui nous en a rendu amoureux. Du début à la fin, l’inoubliable Freddy Mercury nous enchante de sa voix merveilleuse mais qui n’aurait pas tant d’ampleur (quoique) sans les solis aussi simples qu’irrésistibles de May. Pour faire simple, jugez vous-même avec « Innuendo » ou « The Show Must Go On », respectivement premier et dernier morceaux qui résument parfaitement ce à quoi on s’attend à l’écoute de ce chef-d’oeuvre, mais ce serait rater des ballades à tomber comme « Don’t Try So Hard » ou le gros hard de « Headlong » ou « The Hitman ».

On arrive finalement à dire deux ou trois choses sans vraiment réussir à entrer dans le concret, car le groupe Queen ne faisait pas du rock, il contrôlait
le rock pour lui faire dire tout et n’importe quoi, ce qui n’a certes pas toujours été fructuant avec les désastreux Flash Gordon (1980) et Hot Space (1982) mais ce ne sont que de minces histoires comparé à la splendeur de la discographie. Le 23 novembre 1991, Freddy Mercury succombe à ce fléau qu’est le SIDA, âgé seulement de 45 ans pour presque vingt années de carrière. Plus rien ne sera jamais pareil pour le groupe, même l’honorable duo avec Paul Rodgers n’est parvenu à faire oublier ô combien Mercury incarnait le pilier de Queen, mais grâce à des albums comme Innuendo, ce n’est pas demain la veille que notre amour pour eux s’éteindra. Allez, ne lésinez pas sur les mouchoirs, et prenez-vous en plein la tronche. Magique.

Laurent.

Red Hot Chili Peppers – Blood, Sugar, Sex, Magic

Genre: fusion                    ®1991

Comment quatre Californiens jouant la b… à l’air ont-ils réussi à réaliser un des meilleurs albums de fusion de tous les temps? Difficile de ne pas répondre objectivement à cette problématique quand on connaît le talent propre à chaque musicien. Pionniers du style fusion avec les moins célèbres Fishbone, les RHCP maîtrisent leur sujet jusqu’au plus pop mais tout aussi bon Californication (1999), avec la formation la plus solide (malgré les engueulades) qu’est connu le groupe: Michael « Flea » Balzary en bassiste virtuose, John Frusciante en funkyman accompli, Chad Smith en marteleur assassin et Anthony Kiedis en frontman aussi bien déjanté que romantique à ses heures.

Succédant à l’impitoyable Mother’s Milk (1989), premier représentant de la fusion punk/metal/rap en parallèle avec The Real Thing de Faith No More et Vivid de Living Colour, Blood, Sugar, Sex, Magic est l’album qui fit des Red Hot ce qu’ils sont aujourd’hui: des stars internationales du rock en son sens le plus large, adulés par pratiquement tous les horizons musicaux. Premier disque à sortir en contrat avec la Warner , BSSM signe également la rencontre improbable avec le producteur Rick Rubin, aussi bien responsable des premières tueries de Public Enemy que des plus grands albums de Slayer, et avec le réalisateur Gus Van Sant, responsable de la photographie anarchique du livret. Pas de détours, le son plaque l’auditeur sur son fauteuil, asséné par ce royal couple basse/batterie, responsable direct du groove irrésistible émanant des 70 minutes de ce disque.

« Give it Away, Give it Away, Give it away now! »… Inoubliable. Légèrement plus mature que ces prédécesseurs mais encore trop farfelu pour se retrouver entre Prince et George Michael au rayon « pop » du supermarché local, ce cinquième album studio est le premier incluant autant de singles et de tubes potentiels. Le clip en noir et blanc de « Give It Away » donna encore plus d’ampleur à ce rap « blanc » instauré par les Beastie Boys, joué systématiquement sur scène. A cette époque, Kiedis s’en fout plein les narines et ça se ressent sur la schizophrénique « Suck My Kiss », énervée et renouant la jonction entre funk et métal de Mother’s Milk, tout comme « Blood, Sugar, Sex, Magic » aux influences heavy indéniables. Essentiellement tourné vers la funk avec un Flea qui n’a jamais été aussi démonstratif (« Funky Monks », « The Greeting Song »), BSSM révèle les premières instances popisantes, qui marquent un cran d’arrêt pas négligeable du tout à travers cette frénésie funk; ainsi « Breaking The Girl » ouvre le bal des ballades, suivie de près par « I Could Have Lied » avant que n’arrive le superbe de cet album, probablement un des plus beaux morceaux jamais écrits par nos quatre briscards, « Under The Bridge ».

Pierre angulaire du rock des 90’s, sortie en cette fameuse année 1991 où la musique ne cesse d’être remise en question par des albums qui nous ont marqués au fer rouge, Blood, Sugar, Sex, Magic est le plus marquant de toute la discographie du groupe, le plus dévastateur, le plus diversifié, le plus tout court. Incontournable.

Laurent.