Opeth – Heritage

Genre: prog 70’s        ®2011

Est-il encore nécessaire de présenter Opeth, l’un des groupes les plus fascinants de ces vingt dernières années ? Imprévisible, et longtemps porte-parole de cette mixture entre death et rock progressif, la bande de Mickael Akerfeldt surprend son public à chaque sortie, transformant le plomb (…progressif?) en platine entre métal technique et séquences acoustiques de toute beauté. En apprenant quOpeth allait mettre fin à son appartenance au registre death pour se consacrer uniquement à un rock purement 70 sur Heritage, tout laissait croire que ce virage aurait marqué nos esprits une fois de plus car on connaît l’incroyable savoir-faire du groupe quoiqu’il fasse.

Surprise, donc, mais pas la même qu’avait procuré Blackwater Park, Damnation ou Watershed. Cette surprise là fut produite, non pas par l’extase mais par une sensation d’amertume. Pour la première fois, Opeth ne parvient à convaincre qu’il est un groupe génial. La faute à quoi ? On peut comprendre que sir Akerfeldt s’en contrefiche de son passé puisqu’il a prétendu dans une interview «ne plus vouloir faire de death métal depuis dix ans», mais laisser tomber le lyrisme au profit de structures aussi minimalistes exclut toute forme d’accroche à l’ensemble. Beaucoup de longueurs parmi ces morceaux qui font partie des plus courts de leur discographie… Les guitares, branchées ou pas, ne présentent que trop peu de mélodies et les claviers de Per Wiberg, parti après l’enregistrement de l’album, sont loin d’être aussi envoûtants qu’auparavant. Ennuyeux le mot est juste avec un titre aussi pesant que «Nepenthe». Bien que «The Devil’s Orchard», «Slither» et «The Lines In My Hand» apportent un peu de pep’s de leurs éléments parfois métalliques, la magie n’opère pas systématiquement Le manque de puissance est évident, pas forcément dans le son mais plutôt dans l’inspiration.

A première vue, cet album semble mauvais. En fait, pas vraiment, car Opeth a le chic en ce qui concerne les ambiances. Heritage n’en est pas dénuée grâce à quelques changements de rythmes incongrus ici et là, avec une bonne dose d’émotions comme sur «I Feel The Dark» ou la captivante «Folklore». On reconnaît des sonorités de claviers familières sur «Haxprocess» et la flûte de «Famine» représente bien l’accroche qu’on n’attendait plus.

En ce qui concerne la production, aucun bémol. Chaque instrument est parfaitement perceptible, le son est volontairement rétro mais loin d’être hors-sujet et Mike Akerfeldt maîtrise toujours ses vocalises. Le mix de Steven Wilson est le fruit d’un travail minutieux et engagé, donc pour ce qui est de la démonstration, tout y est.

Heritage est tout sauf un album bâclé. Le boulot effectué est digne d’un groupe de cette envergure (et quelle pochette!), seulement l’inspiration est bien plus maigre que ce qui a pu être servi sur les autres albums. L’intention est honnête, on ne peut reprocher à Opeth de faire ce qui lui plaît, de s’éloigner des racines qui ont fait son succès, mais en attendant, cet album ne figure pas parmi les favoris de ce second semestre 2011. En attendant de voir la suite…

Laurent.

Madina Lake – World War III

                           Genre: rock alternatif  ®2011

On peut dire que Madina Lake a parcouru un chemin long et périlleux avant d'obtenir une certaine reconnaissance de la part du public. Quel public, d'ailleurs? Il est vrai qu'il n'a jamais été aisé de placer la formation dans quelconque mouvement ou genre musical. Trop intelligent pour être émo, trop juvénile pour être purement crédible, le quatuor Chicagoan avait légèrement fait parler de lui à la sortie de son deuxième album Attics To Eden (2009) pour sa capacité à pondre des tubes redoutables mais aux mélodies parfois faciles. Ceci dit, la patte du groupe était déjà bien présente et ce nouveau World War III apporte encore du neuf, à notre grand bonheur.

A l'ombre de ce "trop d'artistes" qui pensent n'avoir rien à prouver en s'appropriant le son d'un mythe survivent des petites montures comme Madina Lake à qui il serait de mauvaise foi de reprocher une absence d'évolution, car de l'imagination, ces garçons n'en manquent pas! Et puisque l'heure est au formatage radio, autant s'y atteler mais en subtilité. Moins nerveux que l'était son prédécesseur, World War III y gagne au change en proposant un son plus propre (quel plaisir d'entendre une basse gronder ainsi), des morceaux courts aux refrains entêtants, plein d'accroches et une plus grande diversité au fil de l'album. Pour sûr, les deux titres qui ouvrent l'album, "Howdy Neighbor!" et "Imagineer" -morceau produit par Billy Corgan (Smashing Pumpknis)- annoncent la couleur et sonnent comme de futures références de leurs mélodies imparables, portées par un Nathan Leone dont les cordes vocales ne cessent de nous surprendre. Encore une fois, le combo a misé énormément sur les refrains, en témoigne celui de "They'Re Coming For Me", titre lent qui aurait bien sa place dans un stade et surtout "Hey Superstar", l'un des meilleurs crus de cet album avec son riff monstrueux.

Et comme il est coutume de faire en notre ère, ces rockeurs n'ont pas hésité à incorporer de l'électro à certaines de leurs compositions. Oui mais attention, on est quand même loin de patauger dans la pop mièvre et de mauvais goût. Ceci n'a que pour unique but de faire évoluer un son et l'affaire est parfaitement maîtrisée. De ce mariage sont issues les perles dansantes "Fireworks" et "Heroine" qu'on se plaît à repasser au moins trois fois d'affilée. Et enfin, "Blood Red Flags" redonne un coup de bourre de sa rythmique agressive avant de finir en toute sérénité sur les planantes "Take Me Or Leave" et "The Great Devide", si on exclue la piste instrumentale cachée.

Que d'éloges pour le coup, parce que trouver des albums de cette trempe de nos jours s'avère être un exercice difficile que même Internet a du mal à réguler. Les ricains de Madina Lake sont un peu mes "chouchous" du moment et j'invite les amateurs de rock alternatif à foncer tête baissée sur cette Troisième Guerre Mondiale menée par les frères Leone. Difficile d'en décrocher...

Laurent.


Muse – The Resistance

Genre: Muse                           ®2009

S’il y a bien une chose qu’il faut retenir de Muse, c’est cette détermination à faire fi des attentes du public. En dix ans de carrière, personne n’aura osé demander au trio de prendre des risques, pas même le gros label Warner qui les suit depuis le début, et d’habitude avec eux, soit on adore, soit on déteste. Si cette règle s’est tenue avec Black Holes & Revelations, force est de reconnaître que pour la première fois, The Resistance provoque un sentiment flou, et nous laisse mariner dans un jugement binaire qu’il faut néanmoins tenter d’éclaircir un maximum, car c’est bien de Muse que l’on parle ici.

Premier réflexe avant de découvrir un album, ne pas s’attarder sur les critiques promotionnelles, qu’elles soient péjoratives ou dithyrambiques. Les puristes et les fanatiques assidus s’affrontent dans des débats interminables et dénués de subjectivité, comme si les choses étaient ainsi et non autrement. Malheureusement pour les deux camps, l’émotion à aussi sa place dans l’approche d’un album, et il s’agit au critique d’évoquer son ressenti tout en argumentant sur la qualité intrinsèque de celui-ci. Voilà pour le rappel, revenons tout de suite à notre affaire. On ne rappellera jamais assez que Muse est une formation qui évolue comme elle l’entend, ainsi quoiqu’il arrive, la production et le mix sont toujours plus impressionnants à chaque sortie. Le formatage tape-à-l’oeil n’a jamais vraiment fait partie du lexique de Matthew Bellamy, Dominic Howard et Chris Wolstenholme, ce n’est qu’une question de recherche d’un son spécifique, jamais ou très rarement proposé par d’autres groupes de musique, tous genres confondus (« l’influence » ne rime forcément pas avec le clin d’oeil ou plus fortement, le plagiat).

En toute honnêteté, la première écoute de The Resistance a tendance à laisser un goût amer conséquent. Pourquoi? Tout simplement parce qu’on aura fait l’erreur de chercher le rock là où il n’était pas prévu à l’origine. Le matraquage radiophonique n’aide pas non plus à essayer de prendre suffisamment de recul pour être le plus lucide possible, si bien que durant des semaines, l’album traîne dans un coin de l’étagère aux côtés de ses confrères qui eux, tournent en boucle pour tenter de maintenir le mythe en vie. Les mois passent, notre conception des choses ne cesse d’évoluer et c’est alors qu’on se demande comment se porte le cinquième album du trio. Enrhumé de part l’épaisse couche de poussière, une écoute suffira à renouer des liens solides entre le groupe et l’auditeur.

Ca alors, c’est qu’il s’y passe des choses intéressantes, là-dedans! Même si l’approche R’n’B d' »Undisclosed Desires » nous laisse toujours aussi perplexe, dévoilant un titre porté seulement par de gros roulements de batterie et un chant des plus basiques de la part de Matthew, le lourd riff de basse d' »Uprising » passe déjà un peu mieux, lui donnant des airs de futur hymne, si ce n’en est pas déjà un. « Resistance » n’est pas loin de ce qu’à l’habitude de nous offrir Muse, à savoir un titre complet avec une intro au clavier suivit d’un couplet relativement calme qui déboule sur un refrain aux envolées rythmiques qui font ce pourquoi nous aimons tant ce groupe. Le duo « United States of Eurasia/Guiding Light » est le plus favorable à la polémique, car là où la majorité pointe du doigt un « clin d’oeil » trop évident à Queen notamment sur l’introduction du premier, ce serait plutôt comme un hommage à ce groupe qui a rallié des nations entières lors de ses concerts qu’il faudrait l’interpréter. Niveau qualité, « Guilding Light » a tendance à se perdre parfois dans sa mélancolie, et ce à cause de l’absence d’un fil conducteur qui aurait pu rendre un joli morceau plus fourni, plus accrocheur. Retour aux guitares avec « Unnatural Selection » au refrain entêtant mais qui s’éparpille un peu sur la fin, et « Mk Ultra » qui est là pour rappeler qu’on n’a nullement affaire à une bande de « pisseuses », pardonnez le terme. « I Belong to You » (+Mon coeur s’ouvre à ta voix) offre un dernier morceau sympathique au clavier, à la fois extrêmement humble et expressif avec un passage en français bon enfant et non-négligeable.

Ne reste que les trois derniers titres dits « symphoniques », ceux qui ont définitivement monté Matthew Bellamy sur les compositeurs de musique classique contemporaine (comprenez celle qui n’intéresse pas que les accrocs à Schubert ou Verdi). Sans trop nous attarder, ils forment un morceau de quinze minutes, « Exogenesis » où le groupe à fait appel à l’orchestre symphonique de Milan composé de 40 instrumentistes pour une brève épopée qui fait son effet malgré un « Exogenesis II » un peu trop mou par rapport à son entourage et dénué de belles notes pour remonter le niveau.

Sans frapper au mauvais endroit ni flirter avec nos sens les plus sensibles, The Resistance a le mérite, à défaut d’être aussi saisissant que ses ainés, de nous emmener dans un univers d’incertitude où finalement seule la lassitude va nous faire passer à autre chose. Pas mauvais, mais pas mémorable non plus, il ne reste qu’à continuer à faire tourner cette discographie jusque l’usure, et surtout jusqu’au prochain opus prévu en 2012.

Laurent.