Rammstein – Reise, Reise

 

reise reisegenre: metal DEÜTSCH!               ©2004

« Voyage, voyage! Plus loin que la nuit et le jour! » Pardon… Il serait calomnieux de croire que la célèbre chanson de Desireless ait inspiré le thème du quatrième album de Rammstein, car en vrai, Reise, Reise fait référence au crash du Boeing 747 de la Japan Airlines le 12 mars 1985, le plus meurtrier de l’histoire de l’aviation concernant un appareil. C’est tout de suite beaucoup moins drôle mais ça ne surprend guère quand on sait que Till Lindermann (chant) et sa clique adorent titiller l’opinion publique avec des sujets qui fâchent. Après un foetus mort, c’est une boite noire (visuellement orange) qui a l’honneur d’illustrer ce nouveau brûlot de onze pistes, un album révélant des sonorités fraîches, avec toujours plus de mélodies mais encore moins d’éléments indus que sur Mutter (2001). Une nouvelle fois arrangé par Jacob Hellner, le son est plus puissant que jamais, spécialement conçu pour des morceaux au rythme lent.

De la nouveauté? oui. De la puissance? oui. Du chant allemand sensuel? oui. De l’efficacité? ça dépend. Ah… Das ist ein Problem! On parle bien de Rammstein, groupe de metal hyper-populaire père de trois premiers albums qui ont cartonné dans les quatre coins du monde, pourtant? Oui mais que voulez-vous, tous les choix ne font pas l’unanimité. Plus de jolies mélodies pour un nombre réduit de tubes, le pari était risqué, c’est donc sans vraiment se casser la tronche que les six allemands accouchent d’un disque en-dessous des espérances et qui nécessitera plusieurs écoutes afin de pouvoir être sagement digéré. Peu destiné à faire remuer les popotins, Reise, Reise s’écoute volontiers depuis son canapé, à l’heure de la sieste un après-midi de RTT entre un épisode de Derrick et l’émission « Des Chiffres et des Lettres ». Rien d’insultant là-dedans, il n’y a pas de mal à ce qu’un album de metal détende plus qu’il excite, mais en dépit d’une ouverture enchanteresse (« Reise, Reise »), de morceaux aux riffs assassins (« Mein Teil », « Keine Lust ») et du quasi-insupportable tube « Amerika » au sujet plus vrai que nature, peu de détails parviennent à nous tirer de l’ennui, pas même la douce présence de la russe Viktoria Fersh (et non des deux coquines de t.A.T.u, navré de vous décevoir) sur « Moskau ». « Los » se dessine en un blues-indus pompeux, « Stein um Stein » tente de rivaliser en vain avec « Mutter » en matière de semi-ballade épique alors qu' »Ohne Dich » et « Amour » achèvent le tout sur une note mièvre, deux titres non dénués de bonnes intentions romantiques mais qui tiennent plus du remplissage que du message honnête et prenant.

Bilan toujours mitigé dix ans après sa sortie. Les quelques bons moments qu’offre Reise, Reise ne suffisent pas à en faire un album indispensable pour autant. Si la production est parfaite, le bon goût y est moins présent bien qu’on accepte de croire à la sincérité des six musiciens. Rien à ajouter si ce n’est de vous souhaiter une bonne sieste!

Laurent.

Rammstein – Mutter

rammstein-mutterGenre: metal DEÜTSCH!!                ©2001

Rammstein fait partie des groupes les plus adulés par les amateurs de metal en Europe et tout particulièrement en France. Nos cousins Germains (haha…) doivent ce franc succès aussi bien à des prestations scéniques époustouflantes qu’à un don pour composer des titres phares. Une vérité qui a perduré une dizaine d’années suivant la formation avant une légère dégradation de la cote de popularité en raison d’une succession d’albums manquants de tubes et de concerts moins spectaculaires. Qu’en est-il tout compte fait du mythe Rammstein dans nos coeurs dix ans après la sortie de Reise Reise? La réponse récurrente est la suivante: Herzeleid, Sehnsucht et Mutter, soit trois premiers albums indémodables cités dans n’importe quelle discussion chez les moins de 30 ans concernant les premiers disques de metal écoutés en boucle.

Pour la majorité, Herzeleid (1996) et Sehnsucht (1997) restent les références ultimes en raison de ce metal indus simple, incisif et viril. En ce qui me concerne, c’est Mutter qui mérite la première place du podium pour sa richesse et sa prétention d’être authentique, là où les deux premières productions ne différaient pas vraiment de celles de Oomph! ou de Megaherz -toujours les mêmes comparaisons emmerdantes, et ouais!- à quelques détails près. Alors que les States nous inondent avec ses groupes mélangeant metal indus et néo, Rammstein prend tout le monde de court avec un album orchestral, écopant d’un son juste énorme et dévoilant entre autres des performances vocales insoupçonnées chez Till Lindermann. « Mein Herz Brennt » inaugure le voyage avec un metal symphonique qui casse littéralement avec le passé des six. Toutefois, l’ère du riff répété n’est pas révolue, en témoigne « Links 2-3-4 » et son riff pompé au « Just One Fix » de Ministry (allez vérifier, c’est assez drôle quand on s’en aperçoit), « Spieluhr » ou « Rein Aus » qui ne font cependant pas partie des titres les plus marquants malgré des refrains travaillés. La véritable force de Mutter se situe dans les titres moins indus (mais non-dénués d’éléments indus) comme les ultra-tubesques « Ich Will » et « Feuer Frei » -B.O de « XXX », encore une superbe musique dans un film de merde, une vieille manie américaine- ou les sensuelles « Sonne », « Adios », « Nebel » et bien sûr « Mutter », DAS ballade allemande natürlich.

Dernier opus à faire -pratiquement- l’unanimité chez les fans de Rammstein, Mutter est le fruit de six hommes au sommet de leur art, avec une réelle ambition de créer leur aura et non d’aller se servir dans la music business. Produit une nouvelle fois par Jacob Hellner, connu également pour son travail remarquable sur les disques de Clawfinger, cette troisième offrande n’a pas fini d’être écoutée lorsque rien de neuf ne se présente à nos oreilles. Un bouche-trou? Non, « l’album au foetus mort » est bien plus que ça, il est tout simplement exceptionnel mais notre intégrité nous pousse à ne pas trop l’admettre en public de peur de passer pour un novice. Qu’est-ce qu’on peut être naze, par moments… nein?

Laurent.

Defeat The Earth – Beyond Creation

defeat-the-earth-beyond-creationgenre: brutal death                 ©2014

Dans la vie, il n’est pas toujours bon de péter plus haut que son derrière, et les Defeat The Earth l’ont bien compris. Modestes, les cinq nivernais ne se contentent pas de reproduire les mimiques de ce qui fonctionne le plus en ce moment et préfèrent mettre tout leur coeur dans une mixture réunissant différents genres de metal extreme à savoir le black, le grind, le brutal death et le death tout court dans un premier album Beyond Creation qui, à défaut de surprendre, parvient à tenir ses promesses: délivrer un message sincère sur le comportement humain -désolé pour toi, ô admirateur de Satan- tout en écrasant l’auditeur sous une pluie de riffs lourds, de double-pédale et de growls bien crasseux.

Contrairement à la plupart des groupes de death actuels, Defeat The Earth se prend au sérieux, pas trop non plus mais suffisamment pour que sa musique soit plus agréable que marrante à écouter. Si les breakdowns au sein de morceaux extrêmes sont de moins en moins excitants, ceux de Beyond Creation s’intègrent comme papa dans maman à des morceaux qu’on se plait à foutre au volume maximum (« Day To Day », « Sexual headcase ») et ne font guère pâle figure à côté de titres plus orientés death classique (« Nocturnal Revenge », « Utopist », « Defeat The Earth ») sonnant telle une jolie partouze entre Behemoth, Entombed, Deicide et Morbid Angel, franchement, qu’est-ce que demande le peuple? Le mixage n’est pas des plus propres mais apporte plus de charmes qu’il transforme un album fini en brouillon, les riffs ont le dessus sur les powerchords de mauvais goût -même les breakdowns ont ici des notes, c’est ce qui fait la différence- et la prestance de Gaët est telle qu’on a envie de retourner sa piaule à la moindre de ses interventions.

Issus de différentes formations, il n’y a pas besoin d’avoir été en fac de philo pour comprendre que les cinq musiciens se sont enfin trouvés et que ce savoureux premier rejet n’est qu’un prélude des raz-de-marée sonores qui vont nous arriver dans la tronche. Faîtes fi des préjugés, libérez votre esprit et vous parviendrez sans trop de problèmes à appréhender le brutal death(core) sincère de Defeat The Earth.

Laurent.

Line-up: Gaët (chant), Rémi (chant/gratte), Élise (gratte), Louise (basse) et Alexander (batterie)