Sepultura – Roots

Genre: world metal             ®1996

L’histoire qui va suivre est purement fictive. Toute association avec un fait réel est totalement fortuite.

« -Dis tonton Noisy, peux-tu me raconter l’histoire de cet album avec un aborigène sur la pochette?

-Bien sûr. Avec cinq albums ayant chacun marqué l’histoire du métal à sa manière, Sepultura devient une légende vivante en se démarquant définitivement des pionniers du thrash peu après la sortie du aussi respecté que décrié Chaos A.D (1993, ndlr). Le quatuor ne cesse d’évoluer dans l’air du temps avec aisance telle qu’en bon fan transi, il est toujours difficile de se demander si en vérité, l’option « métal moderne » n’est pas qu’une couverture pour cacher une baisse de régime.

-Drôle de réflexion de la part d’un « fan transi! »

-N’est-ce pas… Bref, ce dont on est sûr, c’est que Roots a semé la pagaille parmi les fans, entre ceux qui acclament l’arrivée du néo métal et ceux pour lesquels Sepultura ne doit rimer qu’avec thrash metal.

-Euh, une petite seconde, tonton. As-tu bien évoqué à l’instant le terme « néo »?!

-Absolument, et de manière totalement assumée, car si Roots n’est pas directement lié au genre, les modalités d’enregistrement s’en rapprochent. Devine qui se trouve derrière les manettes à l’Indigo Ranch de Malibu?

-Rick Rubin?

-Haha non. il s’agit de Mr. Ross Robinson, le producteur du premier Korn, qui sans l’approbation totale de Jonathan Davis, offre à Roots un son de guitare similaire à celui des cinq Californiens. De plus, c’en est terminé du thrash tel qu’on en a la conception, car celui-ci a laissé la place à un métal alternatif groovy.

-D’accord et sinon question de la violence, est-elle présente?

-Tu sais, ce n’est pas parce qu’un groupe réduit sa vitesse d’exécution qu’il oublie ce pourquoi il est aimé. La violence sur Roots se trouve essentiellement dans le chant de Max Cavalera et dans la lourdeur des riffs. Je vais te faire écouter « Roots Bloody Roots ».

-Wouaaah, quelle puissance! Ce morceau sonne comme un hymne! Bon, ça sent un peu la surproduction car le son est tellement écrasant qu’il en devient presque brouillon, mais ça donne envie de secouer la tête!

-Ce n’est pas tout, mon petit. Ecoute « Attitude » et « Ratamahatta » qui sont parmi les plus abordables. Le groupe donne l’impression d’avoir enregistré en pleine jungle! Avec également du didgeridoo et diverses percussions un peu partout, il s’est inspiré de tribus des quatre coins du monde.

-J’ai l’impression de connaître ces voix aditionnelles sur « Lookaway »…

-Oui certainement, il ne s’agit ni plus ni moins que de Davis et de Mike Patton qui, il faut avouer, n’apportent pas grand chose à ce titre déjà peu efficace.

-Après « Lookaway », les morceaux m’ennuient à chaque fois. Est-ce une erreur?

-On ne parle jamais d’erreur dans un point de vue subjectif, en revanche je partage ton ressenti car ces morceaux se démarquent assez peu les uns des autres et ne possèdent pas selon moi une carrure suffisante pour marquer les esprits.

-Du coup tonton, tu en penses quoi de ce disque?

-Je ne sais pas trop. Autant j’adore les premiers Soulfly, autant ce Sepultura qui s’en rapproche me laisse un goût amer. Premièrement parce qu’il ne me prend pas autant aux tripes que ses cinq aînés et deuxièmement parce que même pris à part, je me perd sur la seconde moitié et de ce fait, il est l’album de la période avec Max avec lequel j’ai le moins d’affinités. A contrario, c’est toujours un plaisir d’écouter ces rythmes tribaux et ce son à faire passer un troupeau de rhinocéros pour un banc de sardines.

-Haha! Et ils deviennent quoi aujourd’hui?

-Après Roots, Max a démissionné et le groupe a embauché Derrick Green. Tu connais mon ouverture d »esprit mais il m’est encore difficile d’apprécier la tournure 100% groove depuis Against (1998, ndlr). Green n’est pas mauvais mais par amour pour le grain de Max, j’ai préféré suivre Soulfly. Voilà pour la petite histoire, mon garçon.

-D’accord. Mais si ça ne t’embête pas, on va quand même se recasser le cou sur « Roots Bloody Roots! »

Laurent.

Sepultura – Chaos A.D

Genre: thrash groovy      ®1993

Sepultura, un des groupes de métal les plus engagés contre l’injustice qui règne dans son pays natal, s’est reconverti depuis Arise (1991) dans un pur thrash ambitieux et foncièrement agressif. Le succès est au rendez-vous et la notoriété du groupe ne fait que se renforcer lors des tournées avec des grands noms comme Ozzy Osbourne ou Ministry. Courant 1993, les quatre gus s’enferment dans un studio en compagnie d’Andy Wallace en tant que producteur pour enregistrer ce qui sera un des albums les plus controversés de l’histoire du métal, Chaos A.D -(attention, il n’est pas question ici de prendre parti mais bien de juxtaposer des propos cohérents pour donner un avis personnel-) soit l’apogée d’un groupe en pleine crise de conscience. Coup de génie pour les uns, trahison suprême pour les autres, Chaos A.D a secoué plusieurs générations de metalheads. Pour ma part, il fût l’un des premiers disques de métal à avoir tourné en boucle et c’est en partie une forte affection pour lui qui me pousserait aujourd’hui à vous en faire des éloges, mais ça n’expliquerait en rien ce en quoi il est intéressant.

Distribué par Roadrunner, Chaos A.D frappe de plein fouet là où les choses commencent à se gâter pour le thrash, alors étouffé à petit feu par le grunge , le métal industriel et d’autres genres aux statuts embryonnaires. Intéressés par ces nouvelles vibrations (et peut-être par l’argent mais on préfère éviter ce genre d’inepties faciles), les frères Cavalera développent un jeu mécanique à la manière de Godflesh ou Fear Factory tandis que Kisser (guitare lead) et Paulo Jr. apporte un groove élaboré quelques années plus tôt par Pantera afin de s’éloigner encore plus de leurs origines schizophréniques. La voix de Max, déjà très violente sur Arise, s’apparente désormais plus au hardcore qu’à un « Tom Araya-like » et les thèmes abordés sont directement rattachés aux problèmes que subit une majorité de la population du Brésil.

Pour ceux qui apprécient ce disque, cette évolution est un plus dans la carrière de Sepultura. La lourdeur des intrépides « Refuse/Resist », dont l’intro est en fait le battement de coeur du fils de Max né quelques semaines avant le début de l’enregistrement, et « Territory » prend aux tripes tandis que « Amen », premières confessions d’un amour jusque là inexprimé pour les religions pacifistes, ou l’instrumental « Kaiowas » dévoilent un groupe plus intelligent qu’il en a l’air. La reprise des punk-rockeurs New Model Army, « The Hunt », ou « Slave New World » avec Evan Seinfield de Biohazard en guest exploitent au mieux les nouveaux horizons hardcore qui se lient  d’amitié avec l’industriel sur « Manifest ». « Biotech Is Godzilla » quant à lui nous rappelle que Sepultura maîtrise toujours avec talent le thrash qui casse la baraque.

Faisant partie des admirateurs, je comprend également la réaction des réfractaires du Sepultura post-Arise: la vitesse fulgurante d’exécution et les ambiances sombres ne font presque plus partie de son registre et c’est vrai que pour connaître parfaitement les albums d’avant, et surtout en bon métalleux (pas) intègre, ces détails font un peu défaut. Or en prenant Chaos A.D dans un contexte tout autre, il s’en  dégage une énergie à la fois positive et troublante grâce à un son parfait, un exercice certes moins spontané que par le passé mais dont le résultat impressionne par sa richesse. Un nouveau coup de maître avant que Roots ne signe la fin d’une aventure extraordinaire aux côtés du « Bob Marley du Métal ».

Laurent.

Sepultura – Arise

Genre: thrash metal                 ®1991

Deux ans après le splendide Beneath The Remains, qui marquait un nouveau départ vers un thrash inspiré par Slayer et Metallica tout en ayant sa patte, les Brésiliens rejoignent leur ami Scott Burns aux Morrisound Studios pour enregistrer leur nouvel album sur place, dans des conditions bien plus confortables qu’au Nas Nuvens à Rio. Dans la continuité du virage emprunté sur BTR, ce quatrième opus est encore plus rapide et maîtrisé néanmoins le death ne fait plus du tout partie du langage du groupe, ainsi Arise marque une nouvelle ère entièrement consacrée au thrash. A vrai dire, il n’y a que la pochette, une nouvelle fois réalisée par Michael Whelan, qui raccroche Sepultura à ses racines. La ressemblance avec les pères du thrash est encore plus évidente ceci dit le groove, tout juste intégré dans le métal, est palpable et permet à Arise de ne pas trop souffrir de comparaisons empoisonnantes.

En grands dénonciateurs de la cruauté des gouvernements sud-américains, Max, Igor, Andreas et Paulo Jr. ne se focalisent presque plus sur les thèmes occultes et déversent une rage limite hardcore brisant avec la musique sombre qui faisaient le charme des précédentes réalisations, mais cette nouvelle étape inspire à prendre les armes et à se joindre à la lutte contre l’inhumanité. La dextérité d’Igor est impressionnante tout comme le sont les hurlements de Max, complètement impliqué dans ses histoires. Du mixage d’Andy Wallace, connu pour son travail sur les albums mythiques de Slayer, en ressort un son encore moins brouillon -déjà pas si brouillon sur BTR– où aucun instrument n’est plus en avant qu’un autre. Les guitares sont légèrement plus sur la réserve à l’instar d’un certain Seasons In The Abyss mais la patte Sepultura est bien présente et assènent l’auditeur de riffs inoubliables comme celui de l’ouverture « Arise » ou ceux de l’infernal « Dead Embryonic Cells » mis en valeur par une introduction type industriel qui laisse entrevoir la direction du futur projet de Max, Nailbomb, des contre-rythmes fous et une vitesse d’exécution inédite pour le quatuor.. Le croisement des arpèges inquiétants de Kisser et des grosses rythmiques de Cavalera est toujours aussi bien exploité (« Desperate Cry », « Under Siege »), et pour la première fois, le groupe laisse transparaître ses origines tribales avec les intros de « Substraction » et surtout de « Altered State » que l’on croirait enregistrée en pleine forêt amazonienne.

Moins charismatique que Beneath The Remains mais excellent dans le registre thrash couillu et « à thème », Arise est un missile dont les morceaux d’une grande qualité ont permis à Max & cie de se ranger aux côtés des valeurs sûres du métal. Une baffe dans son genre avant que Chaos A.D, l’album de Sepultura avec lequel j’ai grandi et dont l’affinité qui lui est due est sans précédent pour un disque de thrash, ne démontre un groupe plus déterminé que jamais à laisser son coeur s’exprimer et ainsi se donner une cure de jouvence plus qui force le respect.

Laurent.