A l’origine de ce qu’on appelle la «French Touch» se trouve un duo hors-du-commun, les inséparables Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, plus connus sous le patronyme de Daft Punk, que les rares apparitions à visage découvert eurent empressé de susciter la curiosité du monde entier.
Sans aucun autre but de faire avancer les choses, si ce n’est que pour nous faire savourer encore et encore les tubes que sont «Da Funk» et «Around the World», Homework débarque en 1997 sur notre belle planète prêt à redonner du plomb à une scène électro française qui peine vraiment à se faire entendre (Laurent Garnier). En alliant techno, house, disco et rock, le groupe parvient même à bouleverser les codes de la musique en général. Faisant preuve d’une avant-garde dont l’influence s’étend de la France au Japon en passant par l’Angleterre, Homework regorge d’effets dissonants, souvent répétitifs et parfois bourratifs («Rollin’ & Scratchin’») ou incompréhensibles («Phoenix») mais qui ne cesseront de traverser l’ère du temps tant que cette magie opèrera.
Un must de la techno qu’il ne faut éviter en aucun cas, car si la prod’, elle, peut paraître quelque peu désuète, rien ne laisse entendre que la poussière à sa place sur notre étagère.
La véritable classe du hard rock est de privilégier la simplicité et l’émotion à toute trace d’aggressivité, que seule une inspiration débordante est en mesure de tirer vers le haut. Nikki Sixx, célèbre bassiste d’un des plus grands groupes de l’histoire du rock, Mötley Crüe, décide en 2006 à l’instar des autres membres de son groupe originel de monter un projet parallèle qui fait sensation dès son premier opus The Heroin Diaries, rempli de riffs entêtants et porté par la voix suave de James Michael.
C’est donc quatre longues années qu’il fallut attendre avant l’apparition de This is Gonna Hurt, qui démontre de son accessibilité déconcertante que le groupe n’a pas du tout chômé. Dans la continuité du premier, nous avons encore le droit à un paquet de tubes radiophoniques qui devrait ravir tous les publics (celui de Justin Bieber en l’occurence, c’est tout le mal qu’on souhaite à la formation).
Le premier point positif de This is Gonna Hurt est la diversité qui s’en dégage. Incroyable, ce flux d’inspiration qui traverse chaque titre de cet album! Et avant de présenter la qualité musicale, c’est tout d’abord le livret que nous allons mettre en relief: couverture attirante, suivie de nombreuses photos prises par l’ami Nikki qui dévoilent différents aspects de l’être humain comme les sans-abris , les handicapés -physiques et mentaux- ou notre faible capacité à être en accord avec nous-même, soit des thèmes assez touchants qui se reflètent dans la musique de Sixx:AM.
Résolument moderne, le son de la formation représente le rock à sa plus juste valeur: on patauge dans l’industriel avec un premier titre, «This is Gonna Hurt», qui annonce rapidement la couleur.
Le rock alternatif répond aussi à l’appel avec «Lies of The Beautiful People», véritable tube qui sent bon les séquoias de la Californie, épaulé par «Deadlihood», plus classique dans la forme mais tout aussi efficace dans le fond.
Mais Sixx AM ne se cantonne pas qu’à sa terre natale puisque les influences britanniques sont également très perceptibles: pourquoi faire mine de ne pas penser à Muse (époque Absolution) en écoutant «Live Forever» et surtout «Goodbye My Friends», bien que l’électricité ait une place prépondérante ici. Et puis «Sure Feels Fight» rappelle tellement les ballades de Stereophonics… même façon de chanter que Kelly Jones, même utilisation des cordes en arrière-plan, mais pourtant il n’est nullement question de plagiat puisque les idées sont là pour confirmer que Sixx AM incarne tout ce qui se fait de mieux dans le rock contemporain.
Une petite douceur avec «Smile» qui écrase n’importe quel Elton John et autre James Blunt, et ce grâce encore au talent de James Michael qui excelle en tant que lover. Confirmation de se penchant sur le final «Skin» avec un duo piano/Michael tellement cliché qu’on se prend à l’adorer puisqu’au final, l’émotion est le maître mot de cette formation qui semble avoir tout préparé à la lettre pour plaire à l’audimat.
Bluffant? Le mot est juste, car pour ce qui est de plaire avec un minimum de détails, Nikki & Cie frappe un grand coup. On en demande bien plus des comme ça, ras-le-bol des prod’ molles du genou, mais en attendant, This is Gonna Hurt tourne en boucle et tournera jusqu’à ce que la concurrence daigne proposer quelque chose au moins d’aussi délicieux, parce qu’en attendant, on dirait que pour Nikki, l’art sonne…
Chaque branche du rock, y compris les sous-branches du hard-rock et du métal, possède son lot d’albums porte-paroles, à la fois cultes pour une génération et classiques pour le genre concerné. Cette règle concerne également l’univers tordu du stoner et son psychédélisme qui le démarque des autres courants. A l’instar de Kyuss avec Welcome to Sky Valley (ou Blues for the Red Sun pour certains), Monster Magnet a atteint l’apogée de sa créativité en 1995 avec Dopes to Infinity.
Si Black Sabbath est l’ancêtre commun du stoner, la tête pensante du Magnet, Dave Wyndorf, en grand admirateur du hard-blues de Grand Funk Railroad, s’est inspiré de ce dernier contrairement à la plupart de ses congénères plus tournés vers le doom de Trouble.
Mais l’élément qui a surement le plus marqué ce courant est la drogue. Oui bien sûr, à votre avis, comment le Magnet aurait-il pu nous pondre des titres aussi hypnotiques sans consommation de trips? Car bien que Wyndorf a failli y laisser la vie, ce type fut doué à une époque pour pondre à la chaîne des hymnes qui ont marqués à jamais l’histoire du rock. Ultra-saturation, chant toujours en symbiose avec le style, inspirations diverses, Dopes to Infinity possède tout ce qu’on attend d’un album de stoner.
Le rock boursoufflé de «Negasonic Teenage Warhead» offre le premier résultat époustouflant de ce voyage au coeur de la vie en rose, que «Look To Your Orb For The Warning» agrémente au centuple de son riff de guitare inoubliable. Un zeste d’influences orientales avec «All Friends and Kingdom Comes», guitare sèche sur «Blow ‘Em Off» et tambours sur «Dead Christmas» qui renvoient directement aux années hippies, chaque titre à sa particularité pour un rendu qui a toujours autant de classe presque vingt ans plus tard.
Délires, esprit de débauche, Monster Magnet aura incarné pratiquement tous les vices de l’être humain avec trois premiers albums monstrueux. Mais le groupe franchit les limites qu’il s’était lui-même imposé avec Dopes to Infinity en proposant des arrangements à couper le sifflet que n’importe quel autre groupe n’aura jamais eu l’idée de proposer. Le succès ne répondra pas vraiment à l’appel, camouflé par un Queen of the Stone Age au premier plan qui fera pour le coup ressurgir l’ancien groupe de Josh Homme de son désert natal, de plus que la nouvelle orientation moins spectaculaire que prend la bande de Wyndorf à partir de Powertrip ne permet pas au public de se faire une idée concise de ce que cachait l’indétrônable Dopes to Infinity à l’époque. Cependant, bon nombre de formations vont s’en inspirer plus tard dans les années 2000, notamment les excellents Spiritual Beggars qui se sont frayer un joli chemin vers la notoriété.
Bref, un groupe culte pour un album qui l’est tout autant.