Downset – Check Your People

l6skb5atgenre: hardcore fusion              ©2000

Anciennement Social Justice, Downset est l’un des tous premiers groupes à avoir mélangé hardcore et hip-hop, précédant de peu Biohazard ou Dog Eat Dog. Peu connu du grand public pour sa faible parution dans les médias, le quintet n’en demeure pas moins marquant pour la qualité de ses albums qui mélangent groove et gros hardcore urbain, le plus populaire étant le premier Downset (1994) avec le fameux « Anger ». Mais en terme de qualité, Check Your People détrône largement le reste de sa discographie, surpassant même à mon humble avis le légendaire Urban Discipline (1992) de Biohazard grâce à la puissance et à la diversité dont il fait preuve.

L’entrée chez Epitaph (le label de Brett Gurewitz, frontman de Bad Religion) offre moins d’impératifs à la clique de Rey Oropeza (chant) qui prend le temps de composer un vrai album studio, avec des morceaux aux structures plus complexes et moins machinalement destinés à la scène. En résulte Check Your People, une vraie tuerie où aucun titre n’est à mettre de côté. La photo en guise de pochette a été prise spontanément, illustrant certes avec violence mais parfaitement le coup de gueule d’Oropeza sur l’insouciance des gouvernements vis-à-vis de leurs peuples dans les pays pauvres (« check your people » signifie « intéressez-vous à votre peuple »). Beaucoup mieux produit que ces prédécesseurs, ce troisième rejeton ne laisse aucun instrument en arrière-plan, portant à son apogée le talent des californiens avec une entrée en matière violente (« Fallen Off » suivi du pesant « Coming Back »). Rogelio Lozano (guitare) n’a jamais été aussi inspiré pour les riffs, en témoigne « Together », et d’une manière générale, la plupart des titres possèdent un refrain fédérateur (mention spéciale à « Coming Back », « No Home (Steady!) » et « Chemical Strangle ») sans jamais laisser place à la facilité.

L’inspiration est plus réfléchie, n’en déplaise aux aficionados du hardcore « old-school » et taillé pour la scène, appuyée le travail de Randy Staub qui présente un Downset moins brouillon et plus ouvert aux sonorités metal. L’énergie propre au groupe n’a rien perdu de sa saveur, le son est moins épais, plus froid, en totale symbiose avec le contexte des paroles. Downset et Do We Speak A Dead Language? sont de bons albums de hxc, mais Check Your People sort des sentiers battus , se frayant un chemin à travers la vague nü-metal prédominante. Toujours d’actualité, un album dont l’aura mystérieuse surpasse le succès éphémère de bien d’autres. Une pépite.

Laurent.

 

 

Smashing Pumpkins – Mellon Collie And The Infinite Sadness

MellonColliegenre: genre, il y a un genre?          ©1995

Un des doubles-albums les plus vendus dans l’histoire du rock a été composé et interprété par les Smashing Pumpkins, ces mêmes jeunots de Chicago qui deux ans avant la sortie de leur oeuvre majeure en 1995 ont marqué les 90’s avec un autre bijou, Siamese Dream, confirmant le talent de l’infernal Billy Corgan pour pondre des morceaux emplis de classe et d’énergie. Le grand changement entre ces deux monolithes s’effectue lors de la composition, car là où la mégalomanie de Corgan le poussa à composer seul Siamese Dream dans sa quasi-intégralité, l’ambiance entre les membres correspond davantage à l’idée de « groupe » pour Mellon Collie And The Infinite Sadness, chaque musicien contribuant à l’écriture ou à des idées par-ci par-là, notamment la bassiste D’Arcy Wretzky et James Iha qui a enfin la possibilité de laisser exprimer sa guitare sur les solos. Et bien sûr au-delà de la qualité, il y a la quantité: deux albums basés sur le concept du Crépuscule (Dawn To Dusk) et sur celui de la Nuit (Twilight To Starlight).

Dawn To Dusk

Le plus accessible. Clairement, le premier skeud contient la plupart des plus gros hits de toute la discographie des SP, à savoir l’enchanteresse « Tonight, Tonight », « Zero » et son riff mythique ainsi que « Bullet With A Butterfly Wings », un des rares morceaux rock à avoir toujours la cote après avoir inondé les fréquences radio pendant des années. Outre les singles, Dawn To Dusk propose une belle palette de titres axés sur la mélodie comme « Here Is No Why » ou « Muzzle », sans parler de la pièce « Porcelina Of The Vast Oceans » qui de ces neuf minutes et vingt-deux secondes laisse sans voix à chaque écoute. En parallèle, les SP révèlent un penchant metal, pas des moindres quand on subit la puissance dégagée par « Jellybelly » et « An Ode To No One » sur lesquels Jimmy Chamberlin s’éclate à fond sur sa batterie et s’impose en tant qu’élément fondamental de la réussite de ce double-album, tandis que « Love » démarre l’ère de l’électro-rock pour le groupe qui prédominera sur le prochain opus Adore (1998).

Twilight To Starlight

De nature plus expérimentale, le disque number two contient des titres beaucoup moins connus du grand public hormis la ballade « 1979 », surement en raison de sa grande concentration de ballades qui laisse moins de place à l’énergie comme sur le premier, bien que le bal soit ouvert avec deux titres métalliques, la sombre « Where Boys Fear To Tread » et la très sombre « Bodies » qui installent une angoisse inhabituelle contrastant avec le passif plus jovial du combo. N’en suit qu’une question de goût, mais les titres calmes « In The Arms Of Sleep », « Stumbleine » et la brochette finale de quatre titres m’ont toujours paru lourds à côté du missile atomique « Tales Of A Scorched Earth » et des autres titres heavy. Seules « 1979 » et « Thru The Eyes of Ruby » représentent bien l’esprit de l’ensemble du double-album à mes yeux, et c’est pourquoi malgré l’aura qui plane autour de lui, Siamese Dream reste à la première place du podium.

Une réalisation majeure qui a marqué l’histoire du rock alternatif, rejoignant ainsi London Calling (1979) ou The Wall (1979) au rang des double-albums d’anthologie. Une production parfaite , une diversité rarement exploitée avec autant de brio, dégageant la formation de cette étiquette grunge un peu réductrice (mais encore approuvée par les fans têtus comme moi) et donnant naissance à une nouvelle ère après la mort de Kobain en 1994. Je conseille vivement une entrée en matière avec Dawn To Dusk pour celles et ceux qui n’auraient jamais eu l’occasion de se pencher sur le groupe, encore plus qu’avec Siamese Dream, plus centré sur le shoegazing et tout simplement moins fédérateur. Et pour un peu que vous soyez tristes, vous trouverez en Mellon Collie And The Infinite Sadness le repère idéal qui vous aidera, je l’espère, à trouver du réconfort.

Laurent.

Smashing Pumpkins – Siamese Dream

SmashingPumpkins-SiameseDreamgenre: grunge                      ©1993

Les Smashing Pumpkins, menés par l’exécrable Billy Corgan, ont longtemps été considéré comme la réponse illinoise à la vague grunge de Seattle. Un son légèrement crado avec une puissance de feu qui oscille entre rock alternatif et riffs métalliques comme l’avait si bien mis en oeuvre Gish (1991). Mais s’il fallait citer l’album qui lança la carrière des « citrouilles-qui-tabassent », ce serait indéniablement Siamese Dream, sur lequel apparaît les premiers tubes du quatuor, même si pour d’autres la magie n’a opéré qu’à partir de la sortie du clip de « Bullet With Butterfly Wings » issu Mellon Collie…And The Infinite Sadness en 1995. 

La tête qu’a du tirer Billy Corgan quand Nicole Fiorentino, l’actuelle bassiste, lui a appris en 2011 qu’elle est la fillette de gauche sur la pochette. À l’époque, c’était la sexy D’Arcy Wretzky qui occupe ce poste, entourée des talentueux James Iha (guitare) et Jimmy Chamberlin (batterie) qui n’ont hélas pas leur mot à dire pendant les sessions d’enregistrement, subissant la mégalomanie d’un Corgan qui se permet d’enregistrer pratiquement toutes les pistes de guitare et de basse sans le consentement de ses compères. Néanmoins le résultat a donné naissance à une perle du rock dont la production assurée par Butch Vig (Nirvana, Sonic Youth) est toujours autant d’actualité. Inspiré par le shoegaze de My Bloody Valentine, Corgan multiplie les couches de guitares pour pondre des titres percutants comme « Cherub Rock », « Today » ou « Geek U.S.A ». En pleine dépression, le tyran compose également seul dans son coin avec sa guitare les titres « Spaceboy » et « Sweet Sweet » ainsi que « Disarm » sur lequel il ajoute un tas d’orchestration qui en font un des titres les plus épiques de l’album. « Soma » et « Mayonaise », coécrites avec James Iha, font quand à eux partie des plus beaux morceaux jamais enregistrés par les SP aussi bien dans leur construction que pour ces mélodies inventives et sincères.

S’il faut attendre Mellon Collie…And The Infinite Sadness pour parler de magie, Siamese Dream n’en reste pas moins un chef-d’oeuvre qui a su convaincre par sa dose d’émotions et sa légèreté. La machine est lancée, rien n’arrête sir Corgan qui, même s’il a tout pour être détesté, reste l’un des musiciens les plus prolifiques et ingénieux de cette magnifique décennie que sont les 90’s.

Laurent.