Loaded – The Taking

Genre: heavy rock                   ®2011

L’idéal pour accompagner l’arrivée d’un été qui s’annonce torride, c’est une bonne limonade, un bouquin et pour ceux que ça ne perturbe pas, un album de Duff McKagan’s Loaded en fond sonore. Deux ans après la machine à tubes Sick (2009), c’est au tour de The Taking de débarquer dans les bacs pour le plus grand bonheur des rockers qui aiment la musique sans prise de tête. Excellent bassiste soit-il au sein d’une des plus grandes (et prétentieuses) formations de hard rock de tous les temps, à savoir les Guns’n’Roses, ainsi que chez les Velvet Revolver actuellement en stand-by, McKagan officie en tant que chanteur/guitariste rythmique, épaulé par Jeff Rouse à la basse, Mike Squires à la guitare lead et occasionnellement par Isaac Carpenter à la batterie.

Sans révolutionner quoique ce soit, DuffMcKagan n’est pourtant que rarement à court d’idées pour mettre l’ambiance. De plus en plus électrique, le rock du combo de Seattle flirte désormais entre le groove des Velvet et quelque chose de (post) grunge que l’on peut identifier entre autre chez les Foo Fighters. Et ne cachons pas que The Taking est plutôt bien foutu dans l’ensemble avec un paquet de chansons taillées aussi bien pour la détente que pour les road-trips. En témoigne le riff énervé de l’ouverture «Lords of Abaddon» dont le refrain en choeur risque fort de résonner encore quelques temps dans l’esprit, ainsi que «Dead Skin» formatée pour les ondes mais pas forcément à écarter ou «We Win» et «Indian Summer», morceaux tranquilles que l’on croirait sortis de chez les Foo époque In Your Honnor. Dans la continuité de Sick, c’est toujours un plaisir d’entendre le timbre écorché de McKagan, appuyant efficacement ses propres riffs incisifs ainsi que les mélodies de Squires sur la presque stoner «Executioner’s Song» ou «King of the World».

The Taking laisse néanmoins entrevoir des ratés qui nuisent quelque peu à la fougue de l’album (pas de ballades, mais on se serait passé volontiers de la mollassonne «Easier Lying» et de «She’s An Anchor», où le chant de Duff est en demi-teinte, surtout sur le refrain).

Attendu par les intéressés, cet album prouve une fois de plus que Loaded est bien plus qu’un projet «bouche-trou», et ce n’est pas un certain Terry Date à la production qui nous fera changer d’avis. Toujours aussi bon en somme, une petite oeuvre qui joint habilement la simplicité du punk avec la force du hard rock de la côte Ouest.

Laurent.

Tristwood – Dystopia Et Disturbia

Genre: black/death brutal       ®2010

Mozart a fait vibrer la Terre entière de ses concerto et ses symphonies d’une beauté sans pareil, aujourd’hui certains artistes ont saisi un sens propre au terme «vibration». Parce que lorsqu’on écoute un orchestre tel Tristwood, il n’est nullement question de s’imaginer planté sur sa chaise à contempler un maestro diriger ses musiciens.
Avec un tel patronyme et du fait que le groupe soit autrichien, on pourrait penser à un banal groupe de dark ambient ou de black dépressif, mais c’est dans le brutal black industriel aux relents death qu’il a choisi de baigner. Crée à l’initiative du brailleur Maggo Wenzel, l’entité Tristwood a déjà sorti deux maxis et deux albums qui ont su mettre les barres sur les « T » pour le public avide de sensations extrêmes.

Encore une fois, Dystopia & Disturbia est une auto-production avec un son toujours plus énorme que la précédente, et pour le coup, la formation a décidé d’envoyer le pâté en trente minutes seulement, et en vue de ce qu’elle nous offre, c’est plus que raisonnable. A la croisée des tarés australiens de Berzerker et de Samael, cette offrande de Tristwood a pour unique but de rendre dingue. Ca martèle comme pas possible, des murs de riffs à foison, et des sonorités industrielles renforçant le grain de folie.

C’est beau, n’est-ce pas, un groupe qui fait trembler votre habitacle même avec le volume à 2. Seulement que se passe-t-il quand l’inspiration est quasi-inexistante, et bien on apprécie deux ou trois morceaux tout au plus avant qu’une certaine lassitude ne fasse son apparition. Alors oui, D & D est un peu plus peaufiné que The Delphic Doctrine (2006), notamment sur l’approche mélodique de certains riffs, mais les guitares sont un peu trop sous-mixées, balayées même parfois par les blast-beats qui ont le maître-mot chez Tristwood. Paraît-il aussi qu’il y a une basse… Ce n’était pas nécessaire de signaler sa présence dans le livret (plutôt intéressant, on y apprend qu’en plus de se consacrer à la mythologie égyptienne, Wenzel est passionné par la science-fiction, d’où ce thème de la dystopie) puisqu’elle est clairement absente.
Il y a tout de même du très bon dans cet album comme par exemple « Irreversible » et « The New Acid Bath » qui possèdent quelques parties mémorables, mais la majorité de l’oeuvre s’appuie hélas sur l’inaudibilité et la linéarité.

C’est un peu dommage d’être obligé de tendre autant l’oreille pour cerner les subtilités, donc au final nous nous contenterons de headbanguer sans trop réfléchir. En trente minutes, Tristwood a fait son petit effet, tant pis pour le message qu’il aura voulu faire passer et pour l’approche avant-gardiste pas suffisamment etoffée,les nerfs sont à vif et nous pouvons passer tranquillement à autre chose. On encourage tout de même une telle foi, dans l’espoir que pour le prochain round, la touche personnelle sera encore plus en avant et que les riffs de guitare nous couperons le sifflet.

Laurent.

No One Is Innocent – No One Is Innocent

Genre: fusion                        ®1994

Essayez de discuter «rock français» avec vos parents, vous en apprendrez plus que vous ne vous y attendiez. Pour eux, Indochine, Téléphone et Johnny sont des valeurs ultimes, ainsi que Dick Rivers, Niagara, Axel Bauer ou Calogero, pour un peu qu’ils se soient intéressés à Trust et Noir Désir. Mais jamais les noms de Silmarils ou de No One Is Innocent ne sont évoqués, car il s’agit des premiers pas de notre pays dans le monde de la fusion, cette musique qui a atterri sur les ondes plus vite qu’une braguette qui se ferme et qui sera systématiquement qualifiée de musique de «sauvage» (on l’aura entendu celle-là, n’est-ce pas) par les fans de Mylène Farmer et compagnie et par nos propres aïeux aussi.

En 1992, RATM révolutionne le rock avec son premier album, événement qui ne passera pas inaperçu en France puisque deux ans plus tard, un groupe parisien mené par un frontman arménien débarque dans les bacs avec un album éponyme rapidement considéré comme étant la réponse française à la bande de Morello. En effet l’influence est flagrante, seulement le groupe ne s’est pas limité à reprendre les mêmes jeux de basse et de batterie, les paroles enflammées de Kemar rappellent celles de La Rocha comme celles de Bertrand Cantat aussi bien dans le fond que dans la forme. Rappelons que le nom du groupe est tiré d’un morceau des Sex Pistols, comme quoi la volonté de choquer est primordiale pour ces parisiens.

Sorti chez le label Island Records aujourd’hui détenu par Universal, ce premier album éponyme ne passe pas inaperçu à sa sortie grâce au single «La Peau» et son intro métallique, diffusé en boucle sur M6 durant des mois et qui est son plus gros tube à ce jour. Bien que l’anglais du leader soit très moyen, les morceaux sont plutôt saisissants grâce à une rage jamais exploitée par une formation française, même sur l’excellent Tostaky de Noir Désir qui se révèle être la seconde influence majeure de No One Is Innocent. Kemar évoque souvent les tragédies qui ont détruit les valeurs de son pays d’origine («Génocide», «Another Land», l’étrange morceau «Ne Reste-t-il Que La Guerre Pour Tuer Le Silence») d’où la prédominance anglophone sur cet opus, qui laisse place tout de même à la langue de Molière sur les morceaux évocateurs que sont «Epargne-Moi» et «Le Feu» qui ne laissent aucun répit aux politiciens.

Premier d’une longue série de groupes cherchant (en vain…) à s’exprimer de la sorte, NOII s’impose comme le porte-drapeau d’une jeunesse qui a pas dit son dernier mot. Encore plus revendicative que le rap du Suprême et de Iam, cette fusion nerveuse prouve que ces gaillards en ont dans le froc, et c’est clairement ce qu’on aime dans le rock. Une référence que nous serons contents, nous futurs parents, de faire connaître à nos progénitures. Intemporel.

Laurent.