Lenny Kravitz – Mama Said

Genre: néo-soul/funk       ®1991

Bien avant d’officier dans un rock basique plus que plombant, Lenny Kravitz était aussi populaire pour ses belles dreadlocks que pour sens inné à pondre des tubes entre funk, rock et soul, premièrement en tant que compositeur pour Madonna puis pour son propre chef avec le tonitruant et indétrônable Mama Said, son deuxième disque, qu’il a entièrement composé et produit. L’écriture de cet opus s’est déroulée dans une période noire (sans jeu de mots insalubre) pour l’artiste, récemment séparé de sa bien-aimée l’actrice Lisa Bonnet d’où les fortes émotions qui s’en dégagent.

Multi-instrumentiste et compositeur hors-pair, Lenny s’est tout de même bien entouré pour l’écriture de quelques titres phares de Mama Said à savoir Sean Lennon (le fils de…) pour « All I Ever Wanted » et l’ancien guitariste des Guns’N’Roses, Slash, pour le morceau d’ouverture « Fields of Joy », qui commence folk et finit par des gros riffs bien hard et le morceau qui suit, la plus rythmée « Always On the Run » qui n’est pas sans rappeler Marvin Gaye, une des plus grosses influences de Kravitz. C’est pourtant seul qu’il concocte son plus grand succès de tous les temps, la mythique « It Ain’t Over Till It’s Over », diffusée encore en boucle aujourd’hui sur bien des fréquences radio, et pourtant on ne peut s’en lasser! Toujours parmi les incontournables, les slows « Stand By My Woman » et « The Difference Is Why », très touchants de par les mélodies et surtout les thèmes qu’ils abordent, et le final « What The Fuck Are We Saying », le plus long morceau de l’album mais classe du début à la fin avant la petite minute blues de « Butterfly » qui clôt définitivement le chef- d’oeuvre.

Aucun morceau n’est à jeter, pas même les « More Than Anything In This World », « Stop Draggin’ Around » et « Flowers For Zoe », plus conventionnels il est vrai mais pour ma part indispensables à ce disque qui fait la part belle à la diversité. Succédant au grand Let Love Rule (1989), Mama Said constitue avec son prédécesseur la période la plus représentative du talent de l’artiste à mon goût. Lenny parvient tout comme Jamiroquai, à redonner un souffle aussi bien à la funk qu’à la soul, baignées dans un contexte beaucoup plus pop les dix années précédentes. Un des multiples grands albums sortis en 1991 auquel il serait diffamatoire de laisser la moindre trace de poussière s’asseoir dessus.

Laurent.

The Offspring – Ixnay On The Hombre

Genre: skate-punk        ®1997

L’incorrigible punk à roulettes apparu à la fin des 80’s, popularisé par les Californiens de Bad Religion, Pennywise et NOFX, a participé tout comme le grunge à l’éducation de notre génération mais dans un état d’esprit bien plus festif que son confrère.

Malgré l’apparition un peu tardive des Offspring au regard des groupes cités plus haut, la bande menée par Dexter Holland (chant, guitare rythmique) et Kevin « Noodles » Wasserman (guitare lead, choeurs) fût l’un des plus influents de l’histoire du « revival-punk ». Leur troisième album, Smash (1994), reste à ce jour l’album le plus vendu sur un label indépendant avec environ seize millions de copies écoulées, et la notoriété du combo ne cesse d’augmenter avec des albums de très bonne facture dont ce Ixnay On The Hombre, situé entre le politico-punk Smash et le résolument commercial mais ultra-culte Americana.

Marquant l’union nouvelle avec Columbia, ce quatrième studio est exempt des influences grungy qu’on pouvait percevoir sur les précédentes productions pour laisser place à un ska/skate-punk dans lequel NOFX ou Millencolin excellaient. Plus varié, IOTH se révèle plus grand public avec une production plus clean signée Dave Jerden et des morceaux phares comme « Gone Away », « I Choose », la heavy « Me & My Old Lady » et « All I Want » tout en préservant ce côté underground du punk (« Mota », « Amazed »), et malgré son succès moindre -« seulement » cinq millions de copies écoulées- il reste un des albums préférés du fanclub du quatuor.

Relativement court et faisant preuve d’un spontanéité respectable, Ixnay On The Hombre a, pour ma part, autant sa place que les deux monolithes qui l’entourent. Rien de mieux que l’éternelle jeunesse pour rester sain d’esprit.

Laurent.

Slayer – God Hates Us All

Genre: Thrash moderne         ®2001

Ce n’est un secret pour personne: depuis Seasons in the Abyss, la voie entreprise par l’un des plus violents et réputés groupes de thrash metal, Slayer, ne fait guère l’unanimité. Bien que Divine Intervention tenta de continuer dans cette brutalité tout en y incorporant un son plus heavy et moderne de manière exemplaire, c’est à partir de Diabolus in Musica que les choses se gâtent: le monde du Métal est surpris, de la mauvaise comme de la bonne manière, par le choix de Slayer de sonner « néo ». Sans Lombardo, exit les rythmes effrénés qui font saliver, et place à une rage (molle…) plus imprégnée du Hardcore. On aime ou on déteste.

Trois ans plus tard paraît l’album qui annonce un retour à la brutalité d’antan tout en suivant la voie tracée par Diabolus in Musica, God Hates Us All. Ce dernier marque la fin d’une collaboration de plus de quinze ans avec le producteur Rick Rubin, qui cède la place au moins connu Matt Hyde (Hatebreed, Sum 41) afin de laisser libre cours au guitariste fou Kerry King de composer la quasi-totalité de cet opus, et sera le dernier en compagnie de Paul Bostaph (ex-Forbidden, Testament) derrière les fûts.

A première vue, on pourrait reprocher à God Hates Us All de sonner comme son prédécesseur: des riffs parfois très heavy (« Exile », « Bloodline »), un arrière-goût de hardcore (« New Faith », « Payback ») et une approche presque néo-métallique parfois (« Threshold », « Deviance »). Slayer s’osbtine en effet à s’éloigner de ce qui a fait son succès, néanmoins il y a tout de même ce plus qui fait de God Hates Us All un vrai album de Slayer: la brutalité, beaucoup moins palpable sur Diabolus in Musica. Non seulement la production envoie du bois, mais les musiciens également, qui assènent l’auditeur de riffs de guitares droppés en B pour un son toujours plus lourd avec ce chant parfois pénible mais si typique de Tom Araya, dont la basse ne cessera quant à elle d’être autant en retrait. On se plaît à en prendre autant dans les oreilles avec des titres aussi rageurs que « War Zone » ou le fameux « Disciple », nommé aux Grammy Awards en 2002 même si bien entendu, rien ne nous exalte autant que ce que Slayer a pu faire jusque Seasons in the Abyss.

Décidément, le Big Four of Thrash n’aura cessé d’en surprendre plus d’un durant cette décennie des 90’s, que l’on peut étirer jusqu’en 2001-2002. Sans sonner aussi néo qu’il n’y paraît au bout de plusieurs écoutes, God Hates Us All est un concentré de violence qui n’a d’autre but que de faire headbanguer. Le succès ne répondra pas en revanche dans l’immédiat, car l’album sortit un certain 11 septembre 2001, le monde étant alors plongé dans d’autres préoccupations bien plus dévastatrices que ce huitième album studio. Il constitue néanmoins le cru le plus intéressant de cette période post-Seasons, non loin devant un Christ Illusion très classique mais peut-être pas aussi inspiré.
Bref, God Hates Us All est un bon album de Slayer.

Laurent.