Intronaut – Valley of Smoke

Genre: Sludge                        ® 2010

Les Etats-Unis sont forts d’un style de métal des plus underground qui soient, issu du doom, du hardcore et du progressif: le sludge. Depuis le début du Nouveau Millénaire,  quelques groupes comme Black Label Society, Neurosis, Mastodon ou Kylesa ont été incroyablement représentatifs de cette scène, chacun apportant sa graine afin de mener le sludge au rang de « métal complet », car en effet tout y est: son énorme, hurlements, chant clair digne de ce nom, morceaux violents agrémentés de passages atmosphériques, bien que les solis de fassent rares (except Sir Zakk Wylde).

Pour Intronaut, soyons bref mais tâchons d’être précis: ces jeunes Californiens ont fortement été éduqués par Neurosis pour les nombreux passages expérimentaux et ce chant profond, un peu lointain. C’est en signant chez le gros poids lourd Century Media que le groupe va en 2008 se frayer un petit chemin de notoriété avec la sortie du percutant Prehistoricims, un poil plus long que Valley of Smoke mais non dénué d’un exercice de style flamboyant. Habitué à ne pondre que huit titres sur ses rejetons, Intronaut s’est lui-même donné la permission d’en profiter pour déballer toute son inspiration.

Valley of Smoke: ne vous détrompez pas, car comme le montre le superbe livret entièrement dessiné, il s’agit bien d’un rapport avec ce dont vous pensez, qui a surement insufflé une touche psychédélique à la musique du quatuor. C’est dans la brutalité que débute ce nouvel album, avec trois titres remarquables, « Elegy », « Above » et « Miasma » qui a eux seuls suffisent à régaler l’auditeur avide de perfectionnisme, car avec un tel jeu (et mix) de batterie, une basse aussi grasse et groovy qu’elle soit et un chant jamais trop en avant (qui rappelle le rocailleux de Jaz Coleman de Killing Joke par moment)  mais que l’on pourrait presque considérer comme un instrument d’ambiance, il est clair que le groupe à fait fort.

Après avoir dégusté ce trio magique, le reste du repas laissera en revanche un léger goût amer au fond de la gorge. Alors non pas que l’on dénote une baisse de régime dans l’instrumentation, mais le groupe a peut-être manqué d’une certaine inspiration dans les passages atmosphériques. Outre « Sunderance » proche de Mastodon mais tout de même efficace, les froncements de sourcils commencent vraiment à l’écoute de « Core Revelations », qui en dépit de quelques notes accrocheuses, fait perdre le groupe en crédibilité, parce qu’on est pas très loin des derniers Neurosis; un petit dérapage confirmé par « Below » où seul le batteur Danny Walker empêchera l’auditeur de grogner en écoutant ce morceau certes mélodique mais trop brouillon pour être relaxant. L’instrumental éponyme est par contre enchanteur de ses huit minutes trente, expérimental à tous les niveaux, particulièrement dans les percussions -apparition de tam-tam, exploration du kit de batterie- qui ajoute un côté déjanté à une ambiance sombre assez marquée. Mais ce n’est hélas pas sur un très bon point que se termine Valley of Smoke, car il est évident qu’après ses sept morceaux hétérogènes, on aurait pu se passer de « Past Tense » qui n’apporte rien de plus à l’auditeur à l’estomac déjà bien empli de toutes ces sonorités.

Pour résumer, Valley of Smoke enferme des titres d’une qualité irréprochable, seulement le groupe aurait pu reprendre les choses là où son successeur a marqué des points, c’est-à-dire un peu plus de folie dans les riffs et dans le chant, souvent trop en contraste avec un batteur complètement dingue et un Joe Lester qui impose une lourdeur certaine de sa basse saturée. Et si seulement Neurosis n’avait jamais vu le jour… on aurait pu lui épargner cette vilaine étiquette de plagiat, mais le groupe doit à présent assumer ses actes. Un bon moment tout de même.

Laurent.

Blood Red Shoes – Fire Like This

Genre: Grunge/garage-punk                       ® 2010

Les duos homme-femme prennent une tournure importante depuis la sortie du Elephant des White Stripes en 2003. Il y’a eu ensuite The Kills emmené par la furie Alison Mosshart, puis un groupe tout jeune issu cette fois du Royaume-Uni, Blood Red Shoes, remarqué en 2008 avec son premier album, Box of Secrets. Le duo a enchaîné les tournées pendant deux ans par la suite, pour en arriver à leur deuxième bébé, Fire Like This.

Les porteurs des « chaussures sanglantes »  sont Laura-Mary Carter (guitare, chant) et Steve Ansell (batterie, chant). Armée de sa Fender Telecaster, L-M Carter, avec des accords relativement simples, donne un bol d’air frais à une tendance rock contemporaine qui confond bien trop souvent efficacité avec complexité. Le jeu de batterie est tout simplement génial, tant il est propre et rarement pesant, d’autant plus que Steve chante en parallèle de ses roulements.

Il n’y a qu’à écouter FLT pour se rendre compte du résultat: pas de prise de tête, les morceaux s’enchaînent à une allure fulgurante, de « Don’t Ask » à « Sulphites » la rage et la douceur se marient de manière étonnante. Le son de guitare est si lourd sur certains titres qu’il est impossible de ne pas repenser au grunge époque Nirvana (« Light It Up » et son refrain très « cobainien »), et l’alternance entre les deux membres du chant et des choeurs rend le tout d’autant plus plaisant.

Une guitare, deux chants, une batterie, point. Ici pas d’effets ni d’arrangements poussifs, nous avons affaire à un son brut de décoffrage, entièrement encré dans la tradition rock, une sorte d’hommage aux décennies passées. Fire Like This ne fait qu’augmenter la côte des britanniques, qui n’a plus besoin de faire ses preuves sur scène plus de ça.  Rock’N’Roll rules.

8/10

Laurent.

Viva Death – Curse The Darkness

Genre: Rock alternatif                ® 2010

Viva Death fait partie de ces groupes difficiles à classer tant les influences sont nombreuses. Composé de membres des groupes Foo Fighters, Face to Face et The Vandals, ce projet qui existe depuis 2002 a toujours officié dans un rock des plus underground avec l’utilisation de guitares dites « de baryton », qui donne une texture particulière. Bien que la plupart des titres du groupe ont tendance à partir dans tous les sens, on sent tout de même une réelle maîtrise de l’ambiance.

Curse the Darkness est un album-concept où les VD présentent leur vision d’un futur proche, un futur où le chaos est maître, où une poignée de survivants de notre espèce tente désespérément d’affronter des hordes de monstruosités sanguinaires. Au fur et à mesure de l’écoute, l’auditeur (en l’occurence moi) traverse les différentes étapes de ce qu’on appelle un monde post-apocalyptique, comme par exemple le titre d’ouverture « The Life You Save (May Be Your own) » qui fait référence au mode « chacun-pour-soi »dans une telle situation sur un fond musical volontairement bancal, car très punk californien, un peu hors contexte il faut dire mais pourtant nullement inintéressant.

L’album se poursuit dans des contrées garage (« Impact » est le meilleur exemple avec sa ligne de basse assassine et son chant saturé), new-wave (« Bullet Under Mind Control ») et dans des expérimentations sonores inqualifiables (« Love Lust Trust » avec ses tambours aussi mystiques que l’arpège répétitif, « Talking Backwards » et ses voix féminines suscite un énervement profond avec son rythme saccadé) qui entrecoupent l’énergie dégagée par l’ensemble de l’album. « Everything’s Tic-Toc » met les pieds dans un hard-rock mélodique  qui en fait l’un des titres les plus efficaces et accessibles de l’album, avec également « Freeze » et ses riffs qui surgissent de partout et nulle part en même temps, où un solo frissonnant vient s’interposer au bout de deux minutes. Même le titre pop de l’album « Out of Reach » est accueillit chaleureusement par mes écoutilles, comment résister à une telle mélodie.

On pourrait presque parler de shoegaze avec « It’s Like This » avec sa voix profonde, ses nappes de claviers et une reverb poussé au maximum sur les guitares.  Puis virage à 180 degrés avec le noisy « Wisdom » où Keith Trever n’hésite pas à dénoncer l’intégrisme dans certaines religions. En conclusion, nous avons le droit à une ballade acoustique sobrement intitulée « Crutch », atmosphérique, peu prétentieuse, juste délicieuse.

Véritable surprise qu’est cet album! Il est d’autant plus surprenant que le thème abordé par les textes de Keith contraste avec l’idéologie « sex, drug and rock’n’roll »  reflétée dans les instrumentations. Toujours accrocheuse, jamais trop accessible, la musique de Viva Death est une espèce rare, dont Curse the Darkness est en voie de devenir le flambeau des cinq californiens. Je me demande juste comment un tel album peut être reproduit sur scène, en espérant justement qu’ils en fassent la promo, au risque de passer vite aux oubliettes. Bref nous ne sommes là que pour penser du bien de cet album si atypique mais diaboliquement redoutable.

8/10

Laurent.