Metallica – Kill ‘Em All

Genre: speed/thrash             ®1983

La véritable histoire de l’épopée du thrash metal commence ici. Né d’une fusion entre le punk hardcore (ex: Discharge) et la New Wave Of British Heavy Metal -elle même issue de Black Sab’ et Judas Priest- toute fraîche, le genre le plus « battant » du métal a fait ses premiers pas avec Metal Church, Overkill et Slayer mais c’est le premier album de Metallica, Kill ‘Em All, qui le popularise.

Aaaah, Metallica… Si vous saviez à quel point j’en ai ma claque d’entendre ce groupe cité partout et d’entendre toujours les même morceaux tourner dans les réunions métalliques. Il aurait facile de cracher sur le groupe de métal le plus célèbre justement parce qu’il est le plus célèbre, mais le fait est qu’en dehors de cette sur-notoriété, ce groupe a fait de bons disques. Des putains de disques, même. Pour l’instant, nous en sommes au stade où James Hetfield (chant/guitare rythmique), Lars Ulrich (batterie) et Kirk Hammet (guitare lead), alors en compagnie de Cliff Burton (basse) et dont la moyenne d’âge ne dépassait pas les 20 ans, excellaient dans le thrash, celui que le public acclame le plus en concert et redemande pour les rappels. Enregistré en seulement dix-sept jours au Music America Studio de Rochester et produit par Paul Curcio, Kill ‘Em All est de loin l’album le plus spontané de Metallica mais l’heure n’est pas encore à la personnalité prononcée, car tel le groupe l’a affirmé au cours de plusieurs interviews, l’influence des british de Diamond Head a été cruciale pour la carrière des Mets qui leur doivent tous ces titres ultra-rapides et bien rythmés.

Bien entendu, au-delà de la comparaison se cache un talent fou bien démarqué pour un premier album. Non seulement la prod’ est loin d’être aussi pourrie que celle des premiers Venom ou de Show No Mercy de Slayer sorti trois mois plus tard mais nos quatre zicos’ font preuve d’une technicité rarement entendue jusque là. Paraît-il que Dave Mustaine, parti fonder Megadeth après s’être pris quelques baffes par Hetfield, a co-écrit la moitié des chansons de Kill ‘Em All. Laissez-moi vous dire ceci: on-s’en-tape! Après tout,  Hammet et Hetfield ont remis les choses au goût du jour et c’est très bien comme ça. « The Four Horsemen », futur patronyme du quatuor, est la preuve qu’il n’y a rien a regretter de tout ça avec ce gros break central mené par Burton et Hammet, tout comme « Whiplash » et la légendaire « Seek’N’Destroy » rentrent dans le tas avec un enchaînement de riffs nerveux et mémorables au même titre d’ailleurs que le morceau écrit en hommage à Motörhead, « Motorbreath ». Et je ne vous cacherais pour rien au monde ma préférence pour les morceaux instrumentaux de Metallica ici sous la forme d’un « Pulling Teenth » (Anesthesia) improvisé par le définitivement regretté Cliff Burton rejoint par le définitivement mauvais -mais à la frappe authentique- Lars Ulrich.

Première étape réussie pour l’un des pionniers du thrash metal dont le prochain album marquant le début d’une évolution vers un style plus progressif fera de lui le modèle des générations à venir. En attendant, si vous aimez les discours allant droit au but, il y a le choix entre Kill ‘Em All et/ou… St. Anger!

Laurent.

Tygers Of Pan Tang – Spellbound

Genre: NWOBHM                        ®1981

Pour tout vous dire, Tygers of Pan Tang est Spellbound. Succédant à un Wild Cat (1980) inégal mais au final suffisamment honnête pour être considéré comme un des piliers de la NWOBHM, la bombe Spellbound  mérite amplement de siéger entre un Killers (Iron Maiden) et un Hysteria (Def Leppard). Ayant fait le choix judicieux de signer chez MCA, les félins britanniques ont non seulement pu créer une oeuvre de meilleure qualité sonore que la précédente mais c’est surtout dans la promotion qu’ils ont été vernis.

L’intégration d’un second six-cordistes, John Syes, et d’un nouveau frontman, John Deverill, en remplacement d’un Jess Cox viré comme une vieille chaussette (…un mal pour un bien?) change considérablement la donne. Le talent des deux protagonistes vont faire de Spellbound un Number Of The Beast de série B puisque la production, déjà meilleure que celle de Wild Cat, a néanmoins du mal à traverser les années mais en ce qui concerne les compositions, c’est du spontané qui fait foutrement du bien! A l’instar du vénérable Lightning To The Nations de Diamond Head, cette deuxième offrande respire la mélodie aussi bien dans ces riffs rapides que dans ces soli souvent courts mais justement plus mémorables de Sykes. Et puis que dire du chant du nouveau venu… un coffre époustouflant qui rehausse toujours le niveau des titres quand ceux-ci se révèlent être rébarbatifs -réutilisation d’un même plan sur plusieurs chansons- mais ce ne sont pas les trente-cinq minutes d’écoutes qui vont rendre l’expérience insurmontable, bien au contraire. Des titres comme «Blackjack» et «Hellbound» sont des grands classiques pour les connaisseurs, rapides et incisifs soit tout ce qu’on peut attendre de mieux de la part d’un groupe de heavy traditionnel.

Et aussi surprenant que cela puisse paraître, les deux moments forts de l’album sont les ballades «Mirror», portée par la puissance de Derevill, faisant frissonner de sa voix chaleureuse et tout simplement unique, et «The Story So Far», électrique et rythmée mais enthousiaste à la manière d’un Thin Lizzy, ce qui contraste avec le «speed» prédominant. Sykes suit le frontman dans ses harmoniques pour pousser les mélodies à leur plus haut niveau.

L’album au tigre sur la falaise aurait du apporter au groupe une reconnaissance émérite, seulement ce dernier a choisi une tout autre voie pour les albums suivant et s’est perdu dans les méandres d’un rock franchement indigeste et totalement hors-du-coup. Ceci dit, Spellbound reste gravé dans nos coeurs, et rien au monde ne nous ferait oublier ce petit bijou de la NWOBHM.

Laurent.

Nickelback – Silver Side Up

Genre: métal alternatif                ®2001

 N’ayons pas peur d’en parler: alors que les premières années du XXIè siècle annoncent l’arrivée d’une multitude de groupes issus de la scène néo-métal, l’écurie Roadrunner met en avant un groupe canadien ayant déjà deux albums a son actif au succès plus ou moins notable. Si les débuts sont très inspirés par Nirvana, Silver Side Up dévoile une facette plus hard rock et encore plus accessible.

Une chose est sûre: on se souvient tous de ce matraquage médiatique qui a subsisté pendant tant d’années, celui qui nous a un temps écoeuré des canadiens, mais dont la longévité sur les ondes a finit par en faire un classique du rock ricain, la pseudo-ballade « How You Remind Me » et son clip à l’eau de rose. Mais avec du recul et un peu plus de sagesse, on se rend bien compte que Silver Side Up n’est pas l’album d’un tube qu’on osera volontiers zapper histoire d’oublier un peu la rude sentence qui nous a été infligée ces dix derniers printemps.

Si nous parlions de hard rock un peu plus haut, c’est parce que contrairement à ce que l’on pourrait croire, le gros son, la sature et le chant nerveux ne manquent pas à l’appel. Sans grosses prétentions, ni trop d’artifices, les neuf titres sont tous plus entraînant les uns que les autres, notamment redevables au talent incroyable de Chad Kroeger pour ce qui est de pondre des mélodies qui s’incrustent dans la cervelle. En témoigne « Too Bad », deuxième single un peu plus digeste grâce à son solo sympatoche, au refrain pas trop difficile à retenir plus de ça, mais des titres comme « Money Bought », « Never Again » et « Just For » font la véritable force de cet opus qui est à mille lieux de quelconque prise de tête. Et puis il y a ces quelques approches stoner qui plaisent tant aux aficionados de guitares sous-accordées: « Hollywood » et son rythme répétitif auquel vient s’accrocher plusieurs éléments comme une voix trafiquée et un solo crade et dissonant façon Kyuss ou « Where Do I Hide » qui montre que le combo a réussi son permis poids lourd, qu’il n’utilisera pourtant qu’à l’occasion.

Pari réussi pour le label hollandais qui se frottera les mains avec les plus de quinze millions d’exemplaires écoulés de Silver Side Up, deuxième gros succès de la formation après le pourtant plus hétérogène All the Right Reasons (2005), très porté sur les ballades mielleuses à la limite de l’indigestion sonore. Décidément… Mais en dépit de ces lourds témoignages, le groupe a quelque part contribué à étendre la notoriété de la tendance post-grunge, et rien que pour ça, cette troisième offrande mérite le statut de référence.

Il est si tard… Kroeger, les riffs de la nuit?… bigre!

Laurent.